Les Danois et l’adversité

imageAlors que le Danemark se prépare aux élections générales, programmées le 15 septembre, il peut sembler opportun de faire le point sur ce qui fait l’originalité de son modèle de société.

Courrier Danemark s’est efforcé au cours des trois dernières années de mettre en lumière une série de spécificités dans le domaine économique et social, spécificités ne faisant pas toujours consensus, même auprès d’observateurs déjà bien imprégnés de l’atmosphère ambiante.

Pour ne citer que certaines d’entre elles, la flexicurité, souvent à moitié comprise, la capacité à se spécialiser sur des niches exportatrices (éolien et technologies vertes par exemple), l’introduction de la TVA sociale, les solutions numériques (dernier article en date sur NemID), la gestion des ressources humaines, le lancement régulier de plans de prospective (« plan économie 2020 »)…Tous ces thèmes ont fait l’objet d’une attention particulière dans le cadre de ce blog.

Il serait possible de les compléter par une série d’autres, moins évidents, mais qui constituent néanmoins autant de raisons pouvant expliquer les succès rencontrés par nos amis danois. Une récente étude universitaire faisait ainsi le lien entre prospérité (et vitalité de l’Etat-providence) et la fréquence des voyages effectués à l’étranger…D’autres thèmes, tout aussi méconnus, mériteraient certainement d’être approfondis.

Il y a enfin des découvertes qu’il n’est pas possible de faire en se contentant de lire la presse et les rapports spécialisés. Des découvertes qui n’ont à priori aucun lien avec l’économie. Des découvertes que l’on ne peut faire qu’au contact des autochtones. Des découvertes qui suffisent à elles seules, dans la fulgurance d’un bref instant de vie, à extraire l’ADN d’un peuple.

Le 14 août dernier était un jour d’été qui ne se distinguait pas des précédents. Il était pluvieux (l’été n’a jamais été aussi arrosé que cette année), entrecoupé de quelques rayons de soleil. Au milieu des nuages, imposants et majestueux, qui faisaient penser à d’anciens dieux figés dans l’éternité, un arc-en-ciel est apparu, comme le signe annonciateur d’une révélation. Autour du lac Sankt-Jørgen, la pluie, soudainement battante, a contraint Courrier Danemark à trouver refuge sous un arbre. C’est également sous ce dernier que deux Danoises, équipées, elles, de vêtements de pluie appropriés, se sont installées. C’est qu’en dépit du mauvais temps elles avaient décidé de pique-niquer. Panier en osier, serviettes, pain, rosé…Rien ne manquait. Et c’est finalement là le véritable secret des Danois : la capacité à faire fi de l’adversité. Mieux, de s’en moquer.

La comparaison avec la Serbie, que Courrier Danemark a également eu l’occasion d’observer, est criante : voilà deux Etats dont les territoires ont été réduits par l’Histoire à une peau de chagrin, mais qui ont eu une manière diamétralement opposée de confronter leurs blessures.

Assez sur le Danemark. Ex oriente lux.

SLUT

Danemark: 1er anniversaire réussi pour NemID

P4027392-fifAccéder à son service de banque en ligne, à ses informations personnelles dans ses échanges avec le secteur public (retraite, impôts, déménagements…), procéder à des achats en ligne, commander des médicaments, jouer à la loterie nationale, vendre aux enchères, réserver des livres à la bibliothèque…à l’aide d’une seule solution électronique ? Vous en rêviez, les Danois l’ont fait. Cela s’appelle NemID (1).

S’inscrivant dans la stratégie numérique 2007-2010 proposée par le gouvernement et fruit d’une coopération entre IT-og Telestyrelsen (agence placée sous l’autorité du ministère de la Science, de la Technologie et de l’Innovation) et le secteur bancaire, NemID, mis au point par la société DanID A/S, a été officiellement lancé au 1er juillet 2010. L’objectif ? 30% de la communication entre le citoyen danois et le secteur public (Etat, régions et communes) effectuée de manière électronique d’ici 2012 et 50% d’ici 2015.

3,2 millions de Danois (pour une population totale de 5,5 millions), soit près de 80% de la population d’âge adulte, recouraient à cette solution au 1er juillet 2011. Il faut dire qu’elle a été rendue obligatoire pour ceux disposant au préalable d’un service de banque en ligne et qu’elle a fait l’objet d’une intense campagne publicitaire insistant sur sa facilité d’utilisation. Avec l’accord du citoyen (donné dans 90% des cas), NemID peut être utilisé, outre le service de banque en ligne, dans les cas cités ci-après (2).

image

Concrètement, chaque citoyen a besoin d’un nom d’utilisateur (soit son numéro CPR (sécurité sociale), soit son nom véritable, soit un nom d’emprunt), d’un mot de passe propre et d’une carte d’accès papier (renouvelable à souhait) comportant 148 codes. Un cocktail ordinateur/papier qui peut sembler rudimentaire, mais qui décourage toute attaque internet classique. L’Association des Banques Danoises (Finansrådet) indiquait récemment qu’aucune infraction n’a été enregistrée depuis septembre 2010 (3).

Testé sur Windows, Mac et Linux, NemID fonctionne avec n’importe quel PC ayant une connexion internet à condition d’installer le programme JAVA. A terme, NemID devrait également fonctionner à partir d’un iPhone.

Le succès de NemID met une nouvelle fois en lumière les capacités d’appropriation par la population danoise des nouvelles solutions technologiques…dès lors que l’Etat l’y incite, via une stratégie numérique détaillée. Pas étonnant que le Danemark apparaisse à la deuxième place mondiale en termes d’économie numérique…(4).

(1) www.nemid.nu

(2) https://www.nemid.nu/om_nemid/her_kan_du_bruge_nemid

(3) « NemID holder hackerne væk » Politiken, 21 juin 2011 http://politiken.dk/tjek/digitalt/internet/ECE1313618/nemid-holder-hackerne-vaek

(4) http://www-935.ibm.com/services/us/gbs/bus/pdf/eiu_digital-economy-rankings-2010_final_web.pdf

Bookmark and Share

Courrier Danemark dans la presse

Après trois ans d’existence et la mise en ligne de près d’une centaine d’articles, Courrier Danemark se félicite de contribuer à faire apparaître un peu plus souvent le Danemark dans les publications généralistes et spécialisées de notre pays.

Courrier Danemark est notamment référencé dans le cadre de publications appartenant aux médias et institutions suivantes:

_____________________________________________________________________

IRES (Institut de Recherches Economiques et Sociales)

image

http://www.ires-fr.org/index.php/publications/la-chronique-internationale/351-chronique-internationale-nd125-juillet-2010

____________________________________________________________________

Valeurs Actuelles

image http://www.valeursactuelles.com/public/valeurs-actuelles/html/fr/articles.php?article_id=5341 (10 septembre 2009)

_________________________________________________________________

Agora Vox, le média citoyen

http://www.agoravox.fr/auteur/courrier-danemark (9 articles publiés)

________________________________________________________________

METIS (Correspondances Européennes du Travail)

image

http://www.metiseurope.eu (blog ami apparaissant dans la catégorie “En Europe”)

_________________________________________________________________

Vendredi Info

imagehttp://vendredi.info/?s=Danemark (article sur le Danemark et la Chine)


Bookmark and Share

Le Danemark et le plan économie 2020

P2266896Aux yeux des Français et de beaucoup d’autres, le Danemark reste un pays largement méconnu. Cela n’empêche pas certains observateurs de lui prédire un avenir particulièrement sombre, sur la base des défis nés de la crise. Un avenir qui serait par exemple caractérisé par l’impossibilité, au vu de l’épuisement progressif des recettes issues de l’exploitation du pétrole et du gaz en Mer du Nord, de revenir à la situation d’excédent budgétaire vécue avant la crise. Or, ces mêmes excédents avaient atteint 4,8% en 2007 et 3,3% en 2008, pour des recettes pétrolières et gazières qui n’avaient jamais dépassé 2%…(1). Un avenir également marqué par le retour de la problématique du manque de main-d’œuvre, qui se heurterait aux problèmes d’intégration de la main-d’œuvre étrangère d’origine non-occidentale sur le marché du travail. Quand bien même que le taux d’emploi des personnes concernées a progressé de 10 pts entre 2001 et 2009, s’approchant désormais du taux d’emploi des femmes dans notre pays…(2).

Que n’aurait-il pas alors été dit sur le Danemark en 1993, lorsque le taux de chômage dépassait 12% et que la dette publique franchissait la barre des 80% du PIB, soit des niveaux presque deux fois plus élevés qu’aujourd’hui ?

Sur fond de campagne électorale, on ne parle aujourd’hui au Danemark que du « plan économie 2020 ». Exactement le genre de discussions qui permettent d’expliquer, au moins partiellement, ses facultés reconnues d’adaptation aux impératifs de la mondialisation. Des discussions qui mettent également en lumière, par contraste, la nécessité dans notre pays de relancer de tels exercices.

Afin d’équilibrer recettes et dépenses à l’horizon 2020, il manquerait un peu plus de 6 milliards d’euros au pays. Un montant qui dépend de tant de facteurs qu’il est nécessairement approximatif, mais qui a le mérite de préciser le cadre dans lequel chaque formation politique est censée évoluer et qui contraint l’ensemble des acteurs à chiffrer très précisément leurs propositions, en veillant à financer d’éventuelles nouvelles dépenses par, au minimum, des recettes correspondantes…

C’est dans ce contexte que le Danemark a pris conscience que le dispositif actuel de préretraite était un luxe qu’il ne pouvait plus se payer. L’âge minimum de départ en préretraite sera donc porté, conjointement à la réduction de la durée du dispositif (de 5 à 3 ans), à 62 ans en 2017 et 64 ans en 2023, l’âge de départ en retraite passant quant à lui à 67 ans en 2022.

Cette réforme vient s’ajouter au plan de redressement des finances publiques sur la période 2011-2013 (voir « le Danemark et la rigueur »). Elle est complétée par des mesures d’économies supplémentaires, notamment la réduction de 10% du budget de la défense (à compter de 2015) et de la contribution danoise au budget européen. Par contraste, qui parle aujourd’hui dans notre pays, du prix à payer pour la crise et des efforts à consentir pour équilibrer les finances publiques à moyen terme ? On préfère le bidouillage budgétaire et la mise en œuvre de mesures d’économies de bout de chandelle.

Le simple objectif d’équilibre budgétaire ne saurait toutefois assurer le dynamisme d’une économie et sa capacité à rebondir après une sévère crise. D’où les mesures de renforcement de la croissance présentées la semaine dernière, qui constituent le deuxième volet du « plan économie 2020 ».

Parmi ces mesures, la nomination d’ambassadeurs chargés de promouvoir les exportations danoises vers les pays BRIC, la mise en place d’une commission chargée d’étudier la faisabilité d’une baisse de l’impôt sur les sociétés (de 25 à 20%), la reconduction de certaines mesures de soutien aux entreprises exportatrices, la mise en concurrence des communes (entre autres mesures) dans le but de faire passer le taux d’emploi des étrangers d’origine non-occidentale de 55 à 65% en 2020, la réorganisation de l’effort public consacré à la R&D (le Danemark y consacre déjà plus de 3% de son PIB, un tiers du montant provenant du public)…

En résumé, une fois les défis budgétaires relevés, le « plan économie 2020 » contribue à libérer les énergies et les propositions de réforme, avec un impératif : laisser davantage de place au secteur privé.

En dépit d’un retour momentané en récession (qui doit notamment aux objectifs très ambitieux fixés en termes de la consommation publique et à la reconstitution de l’épargne des ménages, évolution finalement saine au vu de leur niveau d’endettement), qui s’accompagne néanmoins d’une amélioration de la situation de l’emploi depuis maintenant six mois (taux de chômage de l’ordre de 7% selon Eurostat), pas de quoi faire preuve d’un pessimisme démesuré…

(1) Recettes issues de l’exploitation du pétrole et du gaz en Mer du Nord (en % du PIB)

imageSource : ministère des Finances (décembre 2010)

(2) Selon l’Office Danois des Statistiques, le taux d’emploi des étrangers d’origine occidentale était de 54,1% en 2009 (57,3% pour l’ensemble des étrangers). Selon Eurostat, le taux d’emploi des femmes était au même moment de 60% en France.


Bookmark and Share

Det Radikale Venstre (Danemark) et Mouvement Démocrate (France), même combat!

P2196670Il est des évènements qui vous rendent fiers de vos couleurs politiques. Ce qui vient de se passer au Danemark va même plus loin, rappelant à chacun d’entre nous la conception véritable de ce que devrait être l’engagement libéré de tout calcul, de toute nécessité ou de toute hypocrisie.

Quelque mots sur le contexte politique d’abord. Une formation politique peut entrer au Parlement danois (Folketing) dès lors qu’elle a obtenu 2% des suffrages exprimés au niveau national. D’où la nécessité de former, dans la plupart des cas, des coalitions parlementaires rassemblant trois, voire quatre formations afin de disposer d’une majorité (90 sièges). C’est le cas de la coalition actuelle au pouvoir depuis 2001, composée des libéraux, des conservateurs et du parti nationaliste, coalition à laquelle s’est joint un nouveau parti ultra-libéral en 2007.

Toujours donnée gagnante d’élections pouvant désormais être convoquées dans les jours qui viennent (mais au plus tard en novembre 2011), l’opposition est quant à elle composée du parti social-démocrate, du parti socialiste et du parti social-libéral (Det Radikale Venstre), une petite formation d’extrême gauche (liste unité) pouvant la soutenir épisodiquement. La logique est donc celle d’un affrontement bloc contre bloc. Sauf lorsque, comme aujourd’hui, Det Radikale Venstre, qui ne dispose que de 9 sièges sur 179, décide unilatéralement d’en sortir en raison du contenu des discussions entourant un plan sans lequel aucune élection ne pouvait être tenue dans l’intérêt du gouvernement actuel, le “plan économie 2020”.

Première remarque: nos deux systèmes politiques sont radicalement différents, mais cela n’empêche pas certaines formations de partager, au-delà des frontières, des principes d’action sur lesquels elles ne transigent pas. Le Mouvement Démocrate dénonce un affrontement droite/gauche stérile. Comme le rappelait François Bayrou le week-end dernier, “le vrai centre n’est ni la gauche, ni la droite” (1). La leader de Radikale Venstre, Margrethe Vestager, ne se différencie en rien de cette position de principe, elle qui avait récemment les mots suivants dans la presse: “Ils (parti social-démocrate et parti socialiste) ont leur stratégie, nous en avons une autre. Il est clair pour tout le monde que nous sommes opposés à la logique de bloc contre bloc (…)” (2).

Retour sur le “plan économie 2020”. Ce dernier vise à assurer l’équilibre des finances publiques à l’horizon 2020, à travers l’adoption de réformes visant l’expansion du marché du travail. Parmi elles, la suppression progressive du dispositif de préretraite (ou un modèle qui s’en approche), qui figure justement au programme de Radikale Venstre. D’où l’accord conclu le 13 mai avec le gouvernement à ce sujet, au grand dam d’Helle Thorning Schmidt, leader du parti social-démocrate d’opposition, que Radikale Venstre  souhaite pourtant voir occuper le poste de Premier Ministre. Un accord passé quel qu’en soit le prix à partir du moment où il colle aux idées du parti: effritement de l’avance de l’opposition dans les sondages et menaces à peine voilées des partenaires socialistes.

Deuxième remarque: les menaces mentionnées précédemment pourraient déboucher, en cas de victoire de l’opposition, sur l’exclusion de Radikale Venstre d’un éventuel gouvernement composé des sociaux-démocrates et des socialistes. Une perspective à laquelle Margrethe Vestager répondait de cette manière: “Pour nous, le but ultime n’est jamais de participer à un gouvernement. C’est celui de conduire une politique estampillée radikale” (3). Une intransigeance qui ne va pas sans rappeler une autre: dans l’espoir de remporter les présidentielles afin de parvenir à changer des règles institutionnelles désuètes, le Mouvement Démocrate a toujours refusé la compromission. Ceux ayant choisi le chemin inverse, plus facile, en payent le prix (il suffit d’aller faire un tour au-delà de la Manche, chez les LibDems britanniques)…

Radikale

Seule une poignée de formations politiques restent prévisibles dans le sens où elles font preuve d’abnégation en toutes circonstances. C’est paradoxalement cette prévisibilité qui rend, dès le départ, certaines élections incertaines. N’en déplaise à certains observateurs, pour qui le scrutin danois était joué d’avance…

Troisième remarque: Moralité, mieux vaut défendre ses idées avec honnêteté et cohérence, plutôt que de jouer à la girouette (jeu qui consiste dans certains cas à aller à la soupe pour ensuite cracher dedans tout en assurant que c’est la meilleure). Il en va tout simplement du respect de l’électeur.

Un dernier point pour la route, qui nous est donné par Zenia Stampe, vice-présidente du parti social-libéral, et qui illustre bien, pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris (ou qui font semblant de ne pas comprendre), le principe d’action guidant nos deux formations: "La question n’est pas de savoir avec qui on négocie, mais ce à propos de quoi on négocie" (4). Cela s’appelle le pragmatisme, la seule arme qu’il nous reste pour remettre la France sur les rails.

(1) http://politiken.dk/politik/ECE1275779/vestager-og-thorning-er-midt-i-en-magtkamp/

(2) http://www.mouvementdemocrate.fr/medias/bayrou-europe1-080511.html

(3) http://politiken.dk/politik/ECE1273697/kommentator-der-er-kommet-uhoert-dramatik-i-dansk-politik/

(4) http://blog.politiken.dk/stampe/2011/05/12/k%c3%a6re-s-og-sf-lad-os-nu-finde-ud-af-det/

De l’impôt sur le revenu en France et au Danemark

P3127022Certains des chiffres illustrant le progressif délitement de notre pays sont bien connus: une dette publique approchant désormais les 90% du PIB, un déficit commercial de plus de 50 milliards d’euros ou encore un taux de chômage proche de 10% de la population active. D’autres le sont moins et ne sont révélés au grand public que grâce à la poignée d’organismes qui continuent d’accomplir le travail qui est attendu d’eux. Dans le cas présent, la Cour des Comptes, qui publiait récemment un rapport très instructif sur les évolutions comparées des systèmes fiscaux français et allemand au cours de ces dernières années (1). Un rapport qui vient éclairer d’une autre lumière le débat sur la suppression partielle de l’impôt sur la fortune voulu par le locataire actuel de l’Elysée. Une suppression qui, chacun le sait, n’aurait de sens que dans le cadre d’une réforme beaucoup plus large de notre fiscalité.

C’est évidemment l’avis de la Cour des Comptes qui, dans son rapport de synthèse, soulignait récemment que “la baisse de la taxation progressive des revenus (poids relatif de l’IR diminuant de moitié en vingt ans pour ne représenter que 2,59% du PIB en 2008) et la hausse de la taxation proportionnelle (CSG, CRDS) en France invitent à se poser la question d’une refonte d’ensemble de ces prélèvements et du niveau global de progressivité” (2).

Selon ce même rapport, le poids relatif de l’impôt sur le revenu était, au même moment, de 9,6% du PIB en Allemagne, pays vers lequel la France souhaite officiellement une convergence fiscale…La comparaison avec le Danemark est encore plus alarmante: les recettes tirées de l’impôt sur le revenu, principale recette fiscale en dépit d’un taux de TVA quasi uniforme de 25% depuis l’introduction de la TVA sociale en 1987, représentent environ 15% du PIB (3). Soit un rapport de 1 à 6…

Mais plutôt que de remédier cette situation, l’objectif de la politique suivie depuis 2007 par le locataire actuel de l’Elysée est clair comme de l’eau de roche: la fin de toute notion de solidarité, à un moment où la France n’en a pourtant jamais autant eu besoin. Les réductions d’impôt décidées avant l’apparition de la crise en faveur des plus hauts revenus et la TVA réduite sur la restauration en sont deux autres exemples éclatants.

Tout comme ces mesures, la suppression partielle de l’ISF a un coût (1,3 milliard d’euros selon le gouvernement, 2,3 milliards d’euros selon l’économiste Thomas Piketty) qu’il est suicidaire de tolérer à un moment où les économies des Etats membres de l’UE sont renversées l’une après l’autre sans que l’on sache très bien comment cela va finir (en Irlande, le taux d’intérêt associé aux obligations d’Etat à 2 ans est de 11,5%, tout comme au Portugal, tandis qu’en Grèce, il approche désormais 23%!).

La décision de distribuer une prime aux salariés en cas de hausse des dividendes dans les entreprises de plus de 50 personnes (une niche fiscale supplémentaire!) ne vient pas non plus aujourd’hui par hasard: elle n’est qu’une pilule destinée à faire passer les cadeaux qui vont être faits aux copains fortunés avant la fin du quinquennat.

A un an des élections présidentielles, Courrier Danemark ne souhaite qu’une seule chose: que la République nous soit rendue.

(1) Synthèse du rapport public thématique sur les prélèvements fiscaux et sociaux en France et en Allemagne, Cour des Comptes, mars 2011.

(2) Page 25.

(3) Økonomisk Redegørelse, Ministère des Finances, décembre 2010.

Bookmark and Share

Le système éducatif français vu du Danemark

P2196672Et si les maux rencontrés par notre pays découlaient en partie de la logique sous-tendant le fonctionnement de son système éducatif? C’est la question que l’on peut légitimement se poser en parcourant un article récemment publié dans le quotidien danois Politiken (1). Précisons d’entrée qu’il ne s’agit pas ici de comparer les résultats obtenus par les jeunes élèves de nos deux pays respectifs, relativement similaires (et moyens), si l’on en croit les fameuses études PISA, mais d’établir un rapport entre la manière dont se déroule l’enseignement supérieur en France et la gestion des affaires courantes dans le monde politique (qui chacun l’aura déjà remarqué est loin d’être satisaisante).

Que nous dit l’auteur de cet article? Que vu de ses lunettes danoises, le système d’enseignement supérieur français serait avant tout caractérisé par un certain autoritarisme de l’encadrement (ce qui se traduit par exemple, dans le monde politique, par  une reprise en main de la justice, un exercice monarchique du pouvoir, une mise au pas de l’audiovisuel public, une transformation du Parlement en chambre d’enregistrement…) et par une tendance assez marquée pour l’apprentissage par coeur (qui débouche souvent, quelques années plus tard, pour ceux qui ont choisi de faire “carrière” dans la politique, par des discours convenus et/ou des réactions basées sur de “purs” réflexes idéologiques sans réel fondement).

image

There is a lovely land” (civil national anthem of Denmark)

Roald Als

Le comportement autocratique des professeurs d’université français est également souligné dans cet article. C’est qu’ils ne supporteraient pas la contradiction (toute ressemblance avec les débats télévisés organisés en présence du locataire actuel de l’Elysée, au cours desquels les questions de nos concitoyens sont connues à l’avance est purement fortuite).

Ces tendances ne doivent pas être exagérées. Elles tendent néanmoins à former des étudiants soumis manquant d’indépendance d’esprit et réticents à prendre des initiatives (nos concitoyens ont beau être râleurs, leur capacité à avaler des couleuvres et à se satisfaire du degré zéro de la politique est sans limites).

Pour l’auteur de l’article, les étudiants français seraient angoissés face à l’avenir. Une angoisse que l’on retrouve là aussi dans le monde politique: à l’heure où le Danemark se prépare au “plan économie 2020”, de plus en plus conscient des immenses défis qui l’attendent, qui ose encore aborder ce genre de problématique dans notre pays?

Dernière caractéristique regrettable pointée du doigt, le peu d’accent mis sur le travail de groupe. “Tous ceux qui ont essayé de résoudre un problème avec un Français savent que le travail de groupe est à leurs yeux une spécificité scandinave bien étrange” (2). Transposé dans le cadre  administratif français, cela donne un dédale d’organismes ou d’agences qui, au lieu de travailler ensemble, se font de la concurrence.

Tout cela ne constitue bien sûr qu’une vision danoise purement subjective. Sans doute pas de quoi entamer ne serait-ce que le début d’un travail introspectif…

(1) http://politiken.dk/debat/ECE1226473/den-franske-skole-skaber-angste-individer/

(2) Aske Munck, http://politiken.dk/debat/ECE1226473/den-franske-skole-skaber-angste-individer/

Bookmark and Share