Fusion ANPE-Unedic: de la poudre aux yeux?

Mid july 08 (10) Adoptée par le Parlement le 31 janvier dernier, la fusion ANPE-Unedic doit déboucher sur l’inauguration, d’ici la fin de l’année, de France Emploi, nouvel organisme chargé de 5 missions (accueil, orientation, placement, indemnisation et accompagnement du demandeur d’emploi) auparavant partagées par les deux agences citées précédemment.

Au moment de la présentation de cette réforme, la ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi, Christine Lagarde, assurait de l’efficacité d’une telle mesure: « Cette fusion doit nous permettre de ramener le taux de chômage à 5% avant la fin du quinquennat et nous rapprocher d’un taux d’emploi de 70% » (1).

Et le Danemark de faire son apparition (surprise!) dans le débat, à travers les mots de Jean-Luc Bérard, Directeur Général de l’Unedic: « En France, il faut neuf mois, en moyenne, aux chômeurs indemnisés pour revenir sur le marché du travail. Au Danemark ou au Royaume-Uni, cette durée a été ramenée à près de 3 mois grâce à la réforme des services de l’emploi. La fusion de l’ANPE et des Assedic doit nous permettre de parvenir, à terme, à cette performance » (2).

Quoi de plus normal que de prétendre s’inspirer d’un modèle de flexicurité qui, malgré certaines limites, n’a jamais aussi bien fonctionné qu’aujourd’hui? Encore faut-il savoir de quoi on parle…

En termes de services de l’emploi, les récents changements intervenus au Danemark dans le cadre de la réforme des collectivités territoriales, entrée en vigueur au 1er janvier 2007, sont bien basés sur un principe d’accès unique mais uniquement en ce qui concerne l’aide à l’emploi. Auparavant, selon qu’un chômeur était assuré contre le chômage ou non, il devait s’adresser soit à l’organisme d’Etat (AF), soit à sa commune de résidence. Aujourd’hui, les centres emploi issus de la réforme regroupent les employés d’Etat et des communes en un même lieu.

Mais ce regroupement ne concerne que l’aide à l’emploi. Autrement dit, le principe de séparation avec le volet indemnisation a été maintenu. Voici d’ailleurs ce que disaient les autorités danoises à propos de cette séparation peu avant le lancement de la réforme: « Afin de s’assurer que les centres emploi mettent l’accent sur l’essentiel – aider les chômeurs à trouver un emploi – une séparation entre l’effort à fournir en termes d’emploi et l’indemnisation sera appliquée. Cette séparation est au coeur de la création des centres emploi. Elle met en lumière où l’accent doit être mis au quotidien: au sein d’un centre emploi, chacun doit travailler de manière professionnelle dans les domaines de l’emploi et du marché du travail. Les employés n’ont pas et ne doivent pas avoir des compétences particulières en ce qui concerne les questions pécunières, d’allocations et de versements » (3).

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’au Danemark, la reconduction de la séparation claire entre aide à l’emploi et indemnisation du chômage n’est en rien contre-productive: le nombre de demandeurs d’emploi a ainsi baissé de 24% entre 2006 et 2007, année de mise en oeuvre de la réforme (de 67% entre fin 2003 et fin 2007!) (4).

Pour autant, loin d’attribuer les résultats précédents à ce principe, le gouvernement danois met davantage en avant les mesures prises en termes d’activation des chômeurs. Dans la même logique, quoiqu’inversée, il est donc improbable que la fusion ANPE-Unedic ait un impact aussi bénéfique que celui avancé au moment de sa présentation, l’évolution du taux de chômage ne dépendant pas d’un seul paramètre.

Que peut-on donc tirer de la référence, pour le moins maladroite, faite à nos amis danois en ce qui concerne la fusion ANPE-Unedic? Que quelle que soit la stratégie suivie en termes d’aide à l’emploi et d’indemnisation, les évolutions constatées en termes de services à l’emploi au Danemark ont gagné en cohérence en s’inscrivant dans le cadre d’une réforme majeure des collectivités territoriales aujourd’hui toujours exclue dans notre pays. Quand bien même notre gouvernement s’engage à prendre en compte, dans le cadre de France Emploi, les bénéficiaires du RMI, aujourd’hui dépendants des politiques d’insertion menées par les départements, on est encore loin du principe d’égalité totale de traitement en vigueur ici…

(1) “La fusion ANPE-Unedic effective dans six mois ou un an”, La Tribune, 2 octobre 2007: http://www.latribune.fr/info/La-fusion-ANPE-Unedic–effective-dans-six-mois-ou-un-an—selon-Christine-Lagarde-~-ID7DFE03B60E1CE0CBC125736800307C76-$RSS=1

(2) “Ramener la durée moyenne du chômage à trois mois” Les Echos, 6 décembre 2007: http://archives.lesechos.fr/archives/2007/lesechos.fr/12/06/300224330.htm

(3) Direction du marché du travail (en danois): http://www.ams.dk/sw901.asp

(4) Danmarks Statistik (en danois): http://dst.dk/nytudg/9983

Bookmark and Share

5 réponses à “Fusion ANPE-Unedic: de la poudre aux yeux?

  1. Il ne vous aura pas échappé, outre la référence danoise, celle à la Grande-Bretagne, qui a poussé jusqu’à l’ignoble le flicage du chômeur – avec détecteur de mensonge !

    Ces libéraux français sont à vomir.

  2. Tout à fait d’accord pour dire que l’idée du détecteur de mensonge est excessive.
    L’approche danoise est également stricte, encore plus dans le contexte actuel de manque de main-d’oeuvre (les demandeurs d’emploi assurés contre le chômage sont ainsi tenus, depuis la publication en février 2008 d’une directive du Ministère de l’Emploi, d’envoyer quatre candidatures par semaine!), mais tout de même plus équilibrée entre les droits et les devoirs des chômeurs.
    A mon sens, aucune chance que le détecteur de mensonge passe ici…

  3. Peut-être que si le Danemark avait adopté l’euro, il n’en serait pas là.

    A quand leur entrée dans la monnaie unique ?

  4. Je suppose que ton commentaire, Guillaume, vaut pour l’entrée intitulée « La récession pointe son nez ». Disons que le non irlandais au Traité de Lisbonne repousse la tenue d’un référendum sur la question, que tous prédisaient pour la fin 2008.
    L’entrée du Danemark dans la zone euro n’est pas motivée par des raisons économiques. Il s’agit plutôt, grâce à la suppression des quatres exemptions actuelles (défense, justice, euro et citoyenneté européenne) d’accroître l’influence politique du pays au sein de l’UE.
    Au niveau économique, il est probable que l’argument selon lequel l’adoption de l’euro pourrait déboucher sur une hausse des prix ait un certain poids, surtout dans le contexte général actuel…

  5. J’ai fait référence à cet article dans mon blog, face à l’utilisation tendancieuse de la référence au Danemark
    http://www.alternatives-economiques.fr/blogs/abherve

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s