Comment on fait face à une récession

DrapeauLa prévision de la récession

La manière dont un pays fait face à une récession dépend pour une part de l’ampleur de l’effet de surprise. A ce propos, on ne peut que constater que la France n’a rien vu venir, la prévision de croissance contenue dans la loi de finances 2008 (2,25%, comme en 2007) pouvant s’avérer au final trois fois supérieure à la croissance réelle. A ce jeu là, nos amis danois ont été plus chanceux (si toutefois c’est bien uniquement de chance dont il s’agit): en raison des élections législatives anticipées de novembre 2007, la loi de finances 2008 n’a été adoptée qu’en avril, ce qui a permis d’y intégrer le recul du PIB constaté au 4ème trimestre 2007 et de faire donc preuve de davantage de prudence (hypothèse de croissance de 1,4%, croissance aujourd’hui attendue de 1%).

La préparation à la récession

La résurgence d’une récession étant inévitable, la meilleure manière d’y faire face est de s’y préparer: dans quel état nos deux pays abordent la période de vaches maigres actuelle? Une comparaison des grands agrégats macroéconomiques s’impose (1):

2008 France Danemark
Taux de chômage 7,2% (1er trimestre) 1,6% (juin)
Solde budgétaire (loi de finances) -2,5% +3,8%
Dette publique (loi de finances) 64% 21,6%
Balance commerciale (1er semestre) – 24,4 milliards € +1,7 milliard €
Inflation (juillet) en glissement annuel 3,6% 4%

Au-delà des chiffres du chômage et du commerce extérieur, une chose saute aux yeux: les finances publiques danoises sont bien mieux armées que les nôtres. La raison? Le consensus existant au Danemark  depuis 2001 selon lequel les périodes fastes doivent être mises à profit pour dégager des excédents budgétaires et réduire ainsi la dette publique (y compris les périodes moins favorables si l’on en croit le plan économie 2015).

La négation de la récession

S’il est un point que partagent nos deux gouvernements, c’est bien celui de nier l’évidence. Du côté danois, Anders Fogh Rasmussen déclarait encore récemment qu’il ne croyait pas à la récession, préférant mettre l’accent sur les réformes à venir en termes d’emploi et de fiscalité, susceptibles selon lui d’assurer à son pays un taux de croissance moyen inchangé lors de la décennie à venir malgré les prévisions très réservées des organismes internationaux (il est vrai qu’après deux trimestres consécutifs à la baisse, le PIB est reparti à la hausse). De l’autre, Francois Fillon, qui affirme qu' »il n’est pas raisonnable de parler de récession » en dépit d’un premier recul du PIB et d’un troisième trimestre qui, selon Christine Lagarde, « ne sera pas bon » (2).

La gestion de la récession

Après deux années passées à craindre une surchauffe de l’économie, la récession est presque bénéfique au Danemark. Cela n’empêche pas l’opposition de jouer son rôle en affirmant que certaines réformes auraient du être mises en oeuvre dès les premiers signes de ralentissement de l’économie. Mais le sentiment qui domine est celui de confiance. Pour preuve, les deux commissions sur la fiscalité et sur l’emploi, instaurées en 2007, rendront comme prévu leurs travaux vers la mi-2009, l’objectif central étant de faire face au manque de main-d’oeuvre.

Autrement dit, pas de réunion théâtrale et maladroite entre un premier ministre et « l’ensemble des ministres en charge de l’économie » qui, sous couvert de rassurer et tenter de donner l’illusion du contrôle, ne fait finalement que confirmer que le gouvernement est pris de court (mais comment pourrait-il en être autrement avec une hypothèse de croissance de 2,25%?) et qui accentue la séparation entre les ministres qui comptent et les autres (désastreuse hiérarchie quand tu nous tiens…Comment expliquer que des secteurs aussi importants que la santé, l’environnement ou encore la prospective soient encore considérés comme hors du champ de l’économie?).

Un point commun tout de même dans la gestion de la crise entre nos deux pays: la volonté  bienvenue de se concentrer sur l’approfondissement des réformes et non sur la mise au point d’un plan de relance. Il n’y a qu’un PS irresponsable et peu inspiré pour en demander un…

La concertation lors de la récession

La récession qui s’annonce dans notre pays met une nouvelle fois en lumière notre rapport schizophrénique avec le monde extérieur, ici l’Union Européenne. Résumons: avant l’annonce des chiffres décevants du deuxième trimestre, on fait comme si la France s’en sortait mieux que ses partenaires européens (ce qui n’empêche pas de « taper » sur la BCE par l’intermédiaire de notre président), pour demander une action concertée une fois les chiffres confirmés…(3) Pourtant, une rapide comparaison des situations des uns et des autres suffit à montrer que les remèdes, à savoir les réformes, ne sauraient être les mêmes pour tous.

Prévisions à l’emporte pièce, laxisme dans la gestion des finances publiques en période de croissance, refus d’admettre la réalité, réflexes élitistes lorsque l’existence d’une crise ne peut plus être réfutée, inconsistance dans nos rapports avec nos partenaires européens…Et si la France manquait tout simplement de culture économique?

(1) Données de l’INSEE pour la France, de Danmarks Statistik et du Ministère des Finances pour le Danemark.

(2) « Fogh: jeg tror ikke på recession » Børsen, 19 août 2008, http://borsen.dk/okonomi/nyhed/138342/newsfeeds_rss/

« Francois Fillon se refuse à parler de récession » La Tribune, 18 août 2008, http://www.latribune.fr/info/Francois-Fillon-se-refuse-a-parler-de-recession-529-~-FRANCE-FILLON-ECONOMIE-20080818TXT-$Db=News/News.nsf-$Channel=Bourse

(3) Interview de Madame Christine Lagarde à Europe 1, 20 mars 2008, http://discours.vie-publique.fr/texte/083000930.html

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4 réponses à “Comment on fait face à une récession

  1. J’aime bien votre article parce qu’il donne quelques chiffres économiques précis.

    Par contre vous employez souvent le mot réforme
    sans que l’on sache ce que c’est (peut-être est-ce
    ces quelques ajustements bien banals sur le code
    du travail et les horaires et autres qui sont montés en épingle).

    Je ne vois pas trop ce qu’est une culture économique ( Les USA et la Grande Bretagne ont-ils eux une culture économique ?).

    En réalité la France n’a pas de plan. ou plutôt on
    attend avec impatience quel MOT va surgir
    après les mots « Rupture », »Réformes », peut-être
    « Tous ensemble » ou « On y va » parce que voyez
    vous chez ces gens là (qui sont à la tête de
    l’état) on ne gouverne pas … On communique ….

  2. Quand je parle du fait que nos gouvernements respectifs préfèrent se concentrer sur les réformes plutôt que de recourir à une politique de relance, le terme n’a évidemment pas la même signification selon que l’on se trouve en France ou au Danemark. Pour la France, je ne fais que relayer les déclarations de notre gouvernement sans évidemment bien connaître concrètement ses intentions…Pour le Danemark, il s’agit bien du terme réforme au premier sens du terme, pas celui de « réformette ». Parmi les pistes sérieuses envisagées aujourd’hui par les commissions emploi et fiscalité: une réduction de 4 à 2 ans et demi de la durée de perception des allocations chômage, une élévation de l’âge à partir duquel on peut bénéficier de la préretraite, une révision du dispositif de pension d’invalidité (qui pourrait n’être désormais octroyée que sur une période limitée), une baisse de l’imposition sur les revenus…Sans compter que depuis 2005, les changements intervenus ont été énormes (accord sur l’Etat-Providence, stratégie mondialisation, réforme des collectivités territoriales…).

    Quant à notre manque de culture économique, j’entends par là notre incapacité à suivre des règles simples: pas de creusement des déficits en période de croissance, pas de plan de relance en cas de déficit, concertation pour toutes les réformes importantes, mises en oeuvre de « réformes » percues par 99% des gens comme incontournables (collectivités locales), prévisions de croissance réalistes (voire plus prudentes que réalistes pour éviter de se retrouver avec un manque de recettes fiscales), attitude plus positive face à la mondialisation…

  3. Je vous remercie de vos précisions.

    Mais je suis toujours étonné qu’en France on parle
    toujours de mesures (pour la France je ne veux
    plus employer le mot complètement râpé de
    réforme) dont on sait qu’elle n’auront pas une
    grosse influence – Par exemple chacun sait que
    les petites tricheries aux allocations ne concernent
    que des sommes relativement peu importantes ou que l’inadéquation des offres d’emploi à la demande est un phénomène qui n’est pas plus marqué en France qu’ailleurs –

    En fait on peut déjà prévoir que le déficit de notre
    commerce extérieur va continuer de battre tous
    ses records, qui sont déjà de trés haut niveau
    si je puis dire, puisque rien d’important n’est
    fait pour qu’il en soit autrement.

    Peut-être vaut-il mieux ne pas en parler et
    dire « c’est la faute de qui » au moment adéquat.

    Pour ma part je crois que l’état français (et européen ?) joue de moins en moins son rôle d’arbitre et d’incitation à des investissements
    porteurs d’avenir et enthousiasmants.

    Merci de vos articles précis et intéressants.

  4. Bonjour et merci pour ses éclaircissements.

    Pour ma part, vivant dans des pays anglophones depuis 3 ans, je constate qu’on y parle chiffres systématiquement et que l’on se concentre sur l’essentiel.

    En France en revanche on ergote logique, on discute beaucoup de petites choses et on ne parle jamais clairement de celles qui sont importantes genre comment réduire le chomage de façon durable.

    Par exemple en rendant l’ANPE, pardon le pole emploi, efficace alors que depuis plusieurs décennies il créé du chomage, mets des batons dans les roues des chomeurs et est considéré donc non pas comme un moyen d’obtenir un emploi ou une requalification mais comme un moyen de toucher les allocations chomage le plus longtemps possible. Il faut dire que vu comment les employeurs traitent les employés y’a peu a espérer de la productivité de ces derniers et encore moins de bonne volonté.

    Bref beaucoup d’égo mal placé par des politiciens issues de formation littéraires et théatrale mais aucune volonté de faire quoi que ce soit pour faire gagner de l’argent et des connaissances (voyez le niveau culturel des programmes TV, ça veut tout dire) a toutes les classes sociales et ainsi éviter que le bateau coule.

    Il n’y a pas par exemple beaucoup de nourriture française disponible dans les autres pays européens, ce qui est inconcevable compte tenu du fait que l’hexagone est le premier pays producteur agricole européen et que notre cuisine est fort appréciée (notement des anglais et irlandais qui viennent séjournés ou passer leur retraite sur la cote sud).

    Les Français contemplent leur nombril et ne comprennent pas qu’ils sont a peine 1% de la population mondiale et qu’en conséquence il serait plus que temps de vendre a l’étranger et d’apprendre des langues étrangéres. Le temps des colonies est finie depuis bien longtemps et il faudrait donc se réveiller pour vendre au lieu de conquérir des pays qui sont bien évidement mieux armée dans la guerre économique.

    Le systéme aristocratique Français a fait son temps et les castes qui utilisent les castes plus basses ne font qu’une chose: assurer une explosion sociale permanente, un déplacement des capitaux a l’étranger en bref assurer le malheur de tous les français.

    Le parc d’attraction pour touristes qu’est la France n’est aucunement suffisant pour assurer le bonheur sur le long terme de la population française, mais de bonnes formations, une éducation au bon sens, de bonnes rémunérations et une culture de l’amélioration et de l’entraide saura surement sauver cet intéressant pays plein de ressources.

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