Crise financière: la prudence danoise

IMG_024146900. C’est le nombre de demandeurs d’emploi supplémentaires dans notre pays suite à un mois d’octobre catastrophique. C’est aussi à peu de choses près le nombre total de demandeurs d’emploi au Danemark, dont le taux de chômage, bien qu’également reparti à la hausse (1,7% contre 1,6%), constitue un atout certain dans le contexte économique actuel (1).

Il serait bien sûr faux d’affirmer que le Danemark traverse la crise financière sans encombres. L’OCDE prévoit ainsi une baisse du PIB de 0,5% en 2009, le Conseil des Sages une récession à la fois en 2009 et en 2010 (2). Le marché de l’immobilier est déprimé et le restera sans doute au moins jusqu’à 2011 (le prix des appartements a ainsi baissé de plus de 20% depuis la mi-2006). La défense de la couronne danoise, aujourd’hui stabilisée, s’est traduite par des taux d’intérêts plus élevés que dans la zone euro (5% contre 3,25%). La solidité du secteur bancaire a quant à elle été dégradée par l’agence de notation Standard & Poor’s il y a une quinzaine de jours.

Pourtant, il est un penchant (pour ne pas dire un piège) auquel le Danemark se refuse depuis le début de la crise à “succomber”: la distribution de milliards d’€ afin de venir en aide au secteur bancaire ou afin de relancer l’économie. Une politique certes dictée par des impératifs domestiques, mais aussi par une certaine de dose de prudence (de méfiance?) devant le déferlement de chiffres chaque jour plus élevés et surtout par la conviction que les engagements macroéconomiques de moyen-long terme (plan économie 2015 et critères du Pacte de Stabilité et de Croissance) n’ont pas été pris pour être piétinés dès qu’une crise, aussi importante soit elle, éclate, permettant à certains dirigeants de masquer le vide de leur vision par un prétendu activisme qui consiste, par manque de courage, à ouvrir les robinets.

Les suites du“plan de sauvetage sauce danoise” du 10 octobre

Les difficultés rencontrées  aujourd’hui par le secteur bancaire danois sont d’autant moins surprenantes que le plan de sauvetage adopté par le Folketing le 10 octobre dernier repose sur le principe du donnant-donnant: en échange de la garantie d’Etat  sur les prêts interbancaires et sur les dépôts des épargnants jusqu’au 30 septembre 2010, les banques danoises sont tenues d’alimenter, proportionnellement à leur taille, un fonds d’aide aux établissements en difficulté pouvant aller jusqu’à 4,7 milliards d’€.

Au manque de liquidités a aujourd’hui succédé le manque de capital, ce qui risque bien de se traduire par une réduction des prêts accordés par les banques danoises et donc par un ralentissement encore plus marqué de l’économie. Plusieurs petits et moyens établissements se rapprochent ainsi du seuil minimum de solvabilité (ratio de 8%) en-dessous duquel ils ne peuvent poursuivre leur activité. D’où la dégradation de la solidité du secteur par Standard & Poor’s et les appels de certains, sur le modèle de ce qui s’est fait dans les autres pays, à une intervention plus marquée de l’Etat qui prendrait la forme d’une injection de capital à travers l’achat d’actions (nationalisation partielle) dont le niveau n’a jamais été aussi bas depuis le déclenchement de la crise. Une intervention qui se traduirait pour la première fois par l’implication directe du contribuable danois.

Le gouvernement danois n’entend pourtant pas présenter de deuxième plan de sauvetage, insistant notamment sur l’importance des profits réalisés par le secteur au cours des dernières années. Un tel plan devrait de plus composer avec les situations très hétérogènes dans lesquelles se trouvent les différents établissements bancaires (Danske Bank, première banque du pays, annonce ainsi un ratio de solvabilité pour le moins solide de 14%). La crise est enfin un moyen de restructurer un secteur bancaire danois atomisé (150 petits établissements, résultat d’une culture financière locale très développée), le gouvernement privilégiant un processus de fusion/acquisition. Dernier argument de poids: l’injection de capital tel qu’il a eu lieu dans les autres pays n’a visiblement pas empêché la contraction du crédit aux entreprises et aux particuliers.

Les distances du Danemark vis-à-vis du plan de relance européen

La non-adhésion du Danemark au plan de relance budgétaire européen peut sembler paradoxale. Malgré la perspective d’un léger déficit budgétaire (pour la première fois depuis 11 ans!) en 2009, le pays dispose en effet de davantage de marges de manoeuvre que la plupart de ses partenaires européens. Mais le Danemark a des objectifs clairs de réduction de la dette publique dans le cadre du plan économie 2015. Il n’est donc pas étonnant que le gouvernement considère qu’à partir du moment où l’inflation est maîtrisée, c’est à la Banque Centrale Européenne de relancer la croissance en abaissant ses taux, peut-être dès le début du mois de décembre. Et le pays, à partir du moment où il respecte les critères de Maastricht, de demander vainement que ses partenaires en fassent de même…(3).

Il est vrai que le contexte économique danois ne se prête de toute manière pas à un plan de relance tel que celui préparé par l’UE: le taux de chômage est toujours trop bas (1,7%) et les taux d’intérêts toujours trop élevés (5%).

Vers une réforme de la fiscalité danoise

C’est donc en réformant sa fiscalité que le Danemark compte relancer son économie. A l’occasion du congrès du parti libéral, le Premier Ministre danois, Anders Fogh Rasmussen, a en effet annoncé son intention d’alléger l’imposition sur les revenus du travail moyennant une hausse de la fiscalité environnementale (les taxes vertes ne représentent que 4,3% du PIB en 2008 contre 4,6% en 2001, preuve que le Danemark a des progrès à faire…) (4).

Avec des objectifs clairs: inciter les danois à travailler plus, attirer de la main-d’oeuvre étrangère qualifiée et faire à terme passer le Danemark dans une ère de “croissance verte” marqué par l’abandon aux énergies fossiles (charbon, gaz et pétrole).

Il est bien sûr trop tôt pour dire si la prudence danoise sera payante face à la “souplesse” dont font preuve les autres gouvernements (le Royaume-Uni table ainsi sur un déficit de 8% en 2009…) (5). Mais une chose est désormais certaine: le paquet fiscal du gouvernement Fillon a constitué une erreur magistrale, empêchant la France de préparer ses finances publiques aux difficultés actuelles. Le retour à l’équilibre, initialement promis en 2010, avait été repoussé une première fois à 2012 à l’occasion du début de la présidence française de l’UE. Avec le plan de relance budgétaire qui va être annoncé cette semaine, qui peut dire à quelle date ce dernier interviendra?

(1) Le nombre de demandeurs d’emploi était très exactement de 47700 personnes au mois d’octobre 2008. Danmarks Statistik www.dst.dk

(2) Pour plus d’informations, consulter le dernier rapport du Conseil des Sages (Det Økonomiske Råd) du 27 novembre 2008 (résumé en anglais): http://www.dors.dk/sw6188.asp

(3) “Bruxelles sacrifie Maastricht à la relance” Le Figaro, 26 novembre 2008. http://www.lefigaro.fr/economie/2008/11/26/04001-20081126ARTFIG00299-bruxelles-sacrifie-maastricht-a-la-relance-.php

(4) Données du Ministère des Impôts. http://www.skm.dk/tal_statistik/skatter_og_afgifter/675.html

(5) “Le plan britannique creusera un déficit public de 8% du PIB” Le Monde, 25 novembre 2008. http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/11/25/le-plan-britannique-creusera-un-deficit-public-de-8-du-pib_1122856_1101386.html

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Une réponse à “Crise financière: la prudence danoise

  1. La Banque d’Angleterre vient en effet d’annoncer la mise en place de nouvelles mesures économiques, afin d’investir 75 milliards de livres sterling dans des achats d’obligations d’État. Elle justifie sa décision par le fait que son précédent programme d’achat d’obligation avait permis une baisse des taux d’intérêt de 1,5% et provoqué une hausse du produit intérieur brut de l’ordre de 1,5 à 2%.
    Dans le même temps, la BCE décide d’agir sur les établissements financiers européens ; elle mettra ainsi en place un programme de refinancement illimité aux mois d’octobre et de décembre 2011. Banque Centrale Européenne

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