Archives mensuelles : janvier 2009

Le Danemark bientôt dans la zone euro?

CPH Xmas 08 (3)

Un référendum en 2010. C’est aujourd’hui l’hypothèse la plus probable suite au lancement, le 22 janvier, des consultations entourant une éventuelle adoption de l’euro par le Danemark. Des consultations précédées d’une conférence au Folketing à laquelle a pris part notre ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi, Christine Lagarde.

S’exprimant dans un anglais impeccable (si seulement tous nos dirigeants en percevaient l’utilité…), Christine Lagarde invitait les Danois a adopter la monnaie unique, s’associant ainsi au souhait du Premier Ministre, Anders Fogh Rasmussen, de la plupart des formations politiques, du Directeur de la Banque Centrale, Nils Bernstein, des représentants du monde des affaires et, si l’on en croit les derniers sondages, d’une majorité de la population, d’inverser les résultats du référendum de septembre 2000 (53% des Danois avaient alors voté contre le passage à l’euro).

Deux arguments de poids sont aujourd’hui avancés pour justifier l’abandon de la couronne danoise. En premier lieu, l’arrimage de cette dernière à l’euro (bande de +/- 2,25%) a un coût indéniable en période de turbulence: la Banque Centrale danoise a en effet été contrainte d’augmenter ses taux jusqu’à 5,5% à l’automne dernier face aux attaques spéculatives dont a fait l’objet la monnaie danoise. 5,5% soit un spread de 175 de base avec le taux pratiqué par la BCE au même moment. Certes, cet écart n’est aujourd’hui plus que de 100 pts de base (3% contre 2), mais il n’empêche que les taux d’intérêts sont toujours trop élevés au vu du contexte actuel, pénalisant ainsi des ménages d’ores et déjà bien endettés…Deuxième argument, le fait que le Danemark se prive d’une certaine influence politique en restant exclu de l’Eurogroupe, organe au sein duquel sont prises de plus en plus d’orientations importantes.

Pourquoi donc attendre 2010 pour proposer un tel référendum? Parce que le Premier Ministre danois entend tenir compte des erreurs du passé, souhaitant le soutien le plus large possible de la classe politique. S’il n’a rien à espérer du parti nationaliste (DF) de Pia Kjærsgaard, farouchement opposé à tout débat sur la question, des signes d’ouverture ont été récemment donnés par le leader du parti socialiste, Villy Søvndal (SF).

Il s’agit donc pour le Premier Ministre de débattre et de convaincre afin d’éviter une alliance entre les deux personnalités les plus influentes de la vie politique danoise de ces dernières années. Or, le parti socialiste n’entend pas relier crise économique et débat sur l’euro: sous-entendu, pas de référendum avant la fin de la crise actuelle et surtout pas de prise de position en faveur de l’euro à moins que ne soient remplies trois conditions: que la monnaie unique devienne un rempart de lutte contre la spéculation, qu’elle permette de mener une politique davantage orientée vers l’emploi et que les décisions prises dans la zone euro tendent vers des investissements significatifs dans le domaine de l’environnement et des technologies vertes.

A ce débat d’ores et déjà bien balisé vont toutefois inévitablement venir s’ajouter d’autres considérations économiques: crainte d’une hausse des prix alors que ces derniers sont déjà supérieurs à la moyenne UE (une hausse des prix officiellement inexistante en France et effectivement inexistante en Slovaquie, dernier venu dans la zone euro), crainte d’un alignement vers le bas d’un l’Etat-Providence danois déjà sous pression…Sans compter les considérations irrationnelles/émotionnelles. Car on l’oublie trop souvent mais les citoyens européens ne sont pas tous des économistes, loin de là…Partierne

Le débat sur l’euro sera bien évidemment l’occasion de parler d’Europe. Une occasion que le Mouvement Démocrate Danemark ne manquera pas de saisir à quelques mois des élections européennes. Parce qu’on prend l’Europe pour donnée alors qu’elle reste largement à construire. Parce que la véritable “politique de civilisation”, c’est l’approfondissement de cette construction. Pas une Union Méditérranéenne superflue dont le seul objectif est d’exclure la Turquie de l’UE alors qu’elle doit y trouver sa place le moment venu (1). Pas un alignement absurde sur un soi-disant “modèle” britannique dont la crise actuelle illustre pourtant plus que jamais le non-sens…Plutôt une commaunauté au sein de laquelle on échange les recettes qui marchent, où on ne se contente pas d’avoir comme seul objectif suprême la stabilité des prix (bref, une Europe sociale et humaniste), où les priorités sont la protection de l’environnement, l’éducation, le défi posé par le vieillissement de la population, l’approfondissement des échanges culturels…(2)

Faute d’une véritable vision, nos dirigeants en sont contraints à l’exercice, toujours aléatoire, de la prévision. A la question de savoir quel modèle s’imposerait après la crise, Henri Guaino, conseiller spécial du Président, répondait la semaine dernière de la manière suivante:

Il y a, comme toujours, plusieurs avenirs possibles. Je crois que le modèle de demain sera moins patrimonial, moins fondé sur la rente, sur l’endettement et davantage sur le travail. Il sera sans doute un peu plus proche du modèle des Trente Glorieuses que celui des deux dernières décennies. Il sera aussi plus orienté vers la croissance intérieure que vers la croissance extérieure. Dans le meilleur des cas, la croissance sera plus durable et il y aura moins de déséquilibres dans la mondialisation, moins d’excédents pour les uns, moins de déficit pour les autres. À condition d’arriver à créer les conditions pour que chacun paye le vrai prix du risque et le vrai prix de la rareté. Mais on peut aussi avoir le pire si le chacun pour soi l’emporte, si le protectionnisme triomphe. On peut se réveiller avec des nationalismes économiques agressifs, des guerres commerciales, monétaires, avec, derrière, la montée du populisme. Conjurer ce risque, c’est le grand défi auquel va se trouver confrontée la politique dans les mois et les années à venir” (3).

D’accord pour les risques de protectionnisme, pour le reste, c’est le vide sidéral. Difficile de faire plus langue de bois. ”Moins fondé sur l’endettement”: pas de doute, on en prend le chemin (prévisions de dette publique à 76% du PIB en 2010 pour la France selon la Commission Européenne). “Sans doute un peu plus proche du modèle des Trente Glorieuses”: si l’on sous-entend par là la recherche à tout prix d’une croissance annuelle du PIB de 5%, peut-être n’a t-on pas tiré toutes les enseignements de la crise actuelle…

(1) Voir mon commentaire à l’article “Michel Rocard: oui à l’entrée de la Turquie dans Europe!” Agoravox, 6 novembre 2008 http://www.agoravox.fr/commentaire_static.php3?id_article=46775&id_forum=1892399

(2) Voir l’article édifiant suivant: “La présence culturelle française à l’étranger étranglée par la baisse des crédits”, Le Monde, 23 janvier 2009 http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/01/23/la-presence-culturelle-francaise-a-l-etranger-etranglee-par-la-baisse-des-credits_1145607_3246.html

(3) “Henri Guaino: pourquoi il faut refonder le capitalisme”, Le Figaro, 23 janvier 2009 http://www.lefigaro.fr/politique/2009/01/23/01002-20090123ARTFIG00638-henri-guaino-pourquoi-il-faut-refonder-le-capitalisme-.php

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Crise financière: 2ème plan d’aide “sauce danoise” au secteur bancaire

CPH Xmas 08 (11)

Après quasiment un mois et demi d’intenses négociations, le gouvernement danois a présenté, dimanche 18 janvier, son deuxième plan d’aide au secteur bancaire danois, suite à l’accord intervenu avec l’ensemble des formations politiques.

Ce dernier succède à celui adopté au mois d’octobre 2008, qui avait vu l’Etat danois apporter sa garantie illimitée sur les dépôts des épargnants et sur les prêts interbancaires en échange de la constitution d’un fonds d’aide au secteur, alimenté à hauteur de 4,7 milliards d’€ par les banques proportionnellement à leur taille.

Le premier plan a bien atteint son objectif principal, à savoir relancer les prêts interbancaires. Mais dès le mois de décembre, Anders Fogh Rasmussen annonçait qu’un “Bankpakke II” était nécessaire afin de s’assurer que les établissements bancaires ne réduisent pas trop fortement les crédits accordés aux particuliers et aux entreprises, et donc afin de limiter l’ampleur du ralentissement économique.

Le plan présenté dimanche est basé sur un prêt d’Etat d’un montant de 13,5 milliards d’€ (soit près de 6% du PIB danois!), ouvert jusqu’au 30 juin 2009 à tous les établissements de crédit respectant les exigences de solvabilité. Les trois quarts de ce montant sont proposés aux banques proprement dites, le quart restant aux établissements de crédit foncier.

L’Etat danois réalise une très fructueuse opération puisque les prêts accordés seront rémunérés à hauteur de 10% en moyenne. Le taux d’intérêt exigé par l’Etat variera au cas par cas en fonction de la situation financière de chaque établissement (de 9% pour ceux dont la gestion est jugée saine à 11,25% pour les plus mal lotis). Une façon de tendre la main aux établissements qui s’en sortent et de « punir » les autres afin de restructurer un secteur sans doute trop atomisé (il existe environ 150 banques dans le pays, la plupart locales et de petite taille).

Les autorités danoises entendent s’assurer que les établissements qui “bénéficient” des prêts poursuivent leur politique de crédit en exigeant qu’ils publient, une fois par semestre, un rapport détaillant leur politique, ce dernier étant mis à la disposition du public. Par souci de transparence, tous les établissements de crédit du pays, qu’ils acceptent ou non un prêt de la part de l’Etat danois, sont dorénavant tenus de rendre public leur ratio de solvabilité.

Le débat le plus intéressant ayant émaillé les négociations a eu trait à la rémunération des directeurs de banques, dont les salaires atteignent, comme Peter Staarup (Danske Bank), plus de 12 millions de couronnes par an (1,6 million d’€). Les sociaux-démocrates ont ainsi tenté d’imposer un plafond de 2,5 millions de couronnes par an (335 000€), gagnant par là une bonne partie de l’opinion publique, pour finalement convenir de limitations un peu plus modestes (impossibilité désormais pour un établissement de crédit de déduire plus de 50% du salaire de son directeur dans le cadre de son imposition, interdiction des stock-options…).

2,7 milliards d’€ sont également prêtés par l’Etat aux entreprises danoises qui exportent via un organisme sous son contrôle, Export Kredit Fonden (EKF), dont la tâche principale habituelle est d’assurer contre les risques à l’exportation.

La garantie d’Etat sur les prêts interbancaires dont il est question dans le premier plan, initialement accordée jusqu’au 30 septembre 2010, est enfin prolongée jusqu’au 30 septembre 2013. Les dépôts des épargnants seront couverts à hauteur de 100 000€ à partir du 1er octobre 2010.

Le plan adopté dimanche appelle plusieurs remarques:

1) L’accord est pour le moins bénéfique pour les finances publiques: 10% en moyenne sur une somme de 13,5 milliards d’euros pendant 3 ans, je vous laisse faire le calcul…Le contribuable est donc impliqué directement dans le soutien au secteur bancaire (prêt de 18 000 couronnes par habitant!) mais cette implication a une claire contrepartie.

2) Le montant mis à disposition par l’Etat danois s’avère plus important, en proportion, que celui prêté par l’Etat français (deux enveloppes de 10,5 milliards d’€). Le taux d’intérêt est également plus avantageux que chez nous.

3) Ce qui est frappant, autant pour le premier plan que pour le second, c’est l’absence de complaisance (taux d’intérêt, limitations salariales) des autorités danoises vis-à-vis d’établissements bancaires jugés comme responsables de la crise actuelle.

4) L’accord débouche également sur davantage de contrôle et de transparence pour les établissements qui désireront recourir à un prêt d’Etat mais aussi pour tous les autres: l’ensemble des établissements de crédit  sont désormais tenus de rendre public leur ratio de solvabilité.

5) Les prêts accordés par l’Etat n’étant effectivement mis à la disposition des banques intéressées qu’à partir de la mi-2009, il est à parier que la liste des 13 banques ayant disparu en 2008 vienne à s’allonger. Mais doit-on s’en étonner lorsque leur nombre est si élevé au vu de la taille du pays? La culture de confiance vis-à-vis des petites banques locales ne risque toutefois pas de disparaître: les banques dites “éthiques”, dont les activités sont centrées sur l’écologie et l’environnement, ont en effet profité de la crise pour se développer (Merkur, Oikos…).

Andelskassen Oikos                      /

6) L’efficacité de ce plan est pour le moins contestable, rien ne semblant aujourd’hui pouvoir empêcher une contraction du crédit (souhaitable au vu de l’écart constaté entre les prêts et les dépôts des banques et au vu du niveau élevé d’endettement des ménages). Mais cela ne veut pas dire qu’il n’était pas nécessaire: la plupart des banques annoncent qu’elles auront bien recours à ce dispositif de prêt.

7) Malgré “Bankpakke I” et “Bankpakke II”, un plan de relance de l’économie est aujourd’hui plus que jamais indispensable. Les conclusions de la commission fiscalité, attendues pour le 2 février, tomberont à point nommé et seront accompagnées par une accélération du programme d’investissements publics (construction de nouveaux hôpitaux, rénovation d’écoles et de maisons de retraite) programmés initialement sur la période 2009-2018. Sans compter les conclusions de la commission emploi, attendues pour juin.

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Etat-providence danois: une révolution silencieuse?

CPH Xmas 08 (6)

Affirmer que l’avenir de l’Etat-providence constitue le débat central traversant aujourd’hui la société danoise serait une exagération. La crise mobilise en effet toutes les énergies au vu d’évolutions et de prévisions de plus en plus négatives.

Après une année 2008 marquée par une croissance proche de 0%, le PIB devrait ainsi reculer de 0,2% en 2009 si l’on en croit les hypothèses, jugées optimistes, du gouvernement. L’excédent budgétaire de 3% constaté en 2008 devrait également disparaître entièrement en 2009. Dans le meilleur des cas, un doublement du taux de chômage est attendu d’ici la fin 2010 (1,9% en novembre 2008). Plus grave, le chapitre crise financière n’est pas terminé, comme l’illustrent les négociations actuelles entourant un second plan d’aide à un secteur bancaire dont l’ampleur des pertes en 2008 pourraient égaler les profits record réalisés l’année précédente.

Restent heureusement quelques évolutions positives comme celle entourant le pouvoir d’achat: sous l’effet des hausses salariales obtenues lors des négociations entourant le renouvellement des conventions collectives (12,8% en moyenne sur la période 2008-2011) et des baisses de l’impôt sur le revenu de 2008 et 2009, le revenu disponible brut des ménages devrait croître sensiblement et pourrait relancer la consommation à partir de 2010 (sans compter la réforme de la fiscalité en préparation). De même, la couronne danoise est stabilisée, une situation qui contraste fortement avec celle rencontrée en Suède et en Norvège.

Pourtant, la question de l’avenir de l’Etat-providence a bien été relancée au cours de la semaine dans la presse danoise. Une nouvelle preuve de la capacité du Danemark à se projeter dans le futur. Car comme l’a justement fait remarquer Anders Fogh Rasmussen, la crise actuelle doit être combattue par des réformes de long terme, dans la mesure où elle nous force à changer le mode de fonctionnement de nos sociétés. Une résolution bien éloignée de la “vision” associée à la nomination d’un ministre de la relance dénué de tout objectif au-delà de 2010 et dont le seul souhait est de nous en mettre plein la vue en assurant que 428 milliards d’€ ont été injectés dans l’économie…(1).

Mais quels sont donc les éléments qui font douter certains de la pérénnité de l’Etat-providence danois, notamment caractérisé par un secteur public rassemblant 28,5% de la main-d’oeuvre totale? (2)

1) 850 000 Danois (sur une population active de près de 2,9 millions) sont désormais couverts par une assurance santé privée (souvent contractée par l’employeur comme avantage) permettant dans certains cas de passer outre les listes d’attente dans les hôpitaux.

2) 13% des enfants allant à l’école primaire poursuivent leur scolarité dans une école privée.

3) 1,1 million de Danois cotisent à un dispositif de retraite privé en plus de celui de retraite complémentaire professionnelle dont ils bénéficient à travers leur emploi.

4) La deuxième phase de la réforme des collectivités territoriales prévoit une réduction du nombre d’hôpitaux.

5) La réforme de la police, initiée début 2007, n’a visiblement pas les effets escomptés, même si le gouvernement avait prévenu que le nouveau mode d’organisation adopté ne donnerait sa pleine mesure qu’à partir de 2011. En attendant, les cas relayés par la presse où le citoyen danois appelle en vain la police, incapable répondre en raison du manque d’effectifs, se multiplient, contraignant le gouvernement, dans le cadre de la loi de finances 2009, à augmenter en urgence les effectifs…

6) Le niveau des allocations chômage, un des piliers du modèle de flexicurité, est de moins en moins généreux (environ 2040€ par mois imposables, soit entre 50 et 60% du salaire moyen).

7) Malgré la crise et l’inévitable remontée du chômage qui va avec, le secteur public a besoin de bras, notamment dans le secteur de la santé.

Les exemples sont nombreux et tendent effectivement à aboutir à la conclusion que l’Etat-providence danois est en danger, malgré les quelque 6 milliards d’€ supplémentaires de consommation publique constatés depuis l’arrivée du libéral Anders Fogh Rasmussen au pouvoir en 2001. On peut en tous les cas remarquer que le gouvernement danois s’est efforcé au cours des dernières années de promouvoir le concept du libre choix afin de faire face au renforcement des attentes des citoyens, un renforcement des attentes découlant de la hausse du niveau de vie.

Mais l’affaiblissement de l’Etat-providence danois ne s’arrête pas là: pour relancer l’économie, le gouvernement compte en effet poursuivre l’allègement de l’imposition des revenus issus du travail. Un objectif nécessaire au vu record mondial détenu en termes d’imposition marginale (63%!) et au vu du nombre record de Danois se situant dans la tranche d’imposition supérieure (40% de la main-d’oeuvre!), mais qui ne saurait être mené trop loin…

A l’heure où notre secteur hospitalier souffre visiblement de certaines carences (problèmes d’organisation liés à l’introduction des 35 heures, manque de personnel…), que le nombre de pauvres ne cesse d’augmenter (et parmi eux certains ayant pourtant un emploi…), pour ne citer que ces deux exemples, une réflexion sur le niveau d’Etat-providence que nous souhaitons avoir dans notre pays est incontournable. Une réflexion qui s’inscrit pleinement dans le projet de société humaniste souhaité par le Mouvement Démocrate…

(1) “Devedjan avance un total de 428 milliards d’euros injectés dans l’économie” Le Point, 6 janvier 2009 http://www.lepoint.fr/actualites-politique/devedjian-avance-un-total-de-428-milliards-d-euros-injectes-dans/917/0/304565

(2) Certains d’entre eux sont cités dans l’article suivant: “Dansk velfærd under afvikling”, Berlingske Tidende, 9 janvier 2009 http://www.berlingske.dk/article/20090108/danmark/701080114/

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Un cruel manque de pédagogie

CPH Xmas 08 (1)

Parmi les nombreux maux dont souffre aujourd’hui notre pays, le manque de pédagogie entourant les grands enjeux auxquels il est confronté occupe une place de choix. Un manque à la base de “la France qui tombe” depuis une bonne trentaine d’années.

Un manque pour le moins dangereux lorsque le locataire actuel de l’Elysée conduit dans les faits notre pays en monarque “éclairé” alors qu’il n’est au mieux qu’un bon improvisateur. Avec les conséquences que l’on connait: intialement programmé en 2010, le retour à l’équilibre du budget, une première fois repoussé à 2012 au début de la présidence française de l’UE, est désormais annoncé pour 2014 si l’on en croit (!) les récentes déclarations de François Fillon (1). 2014, soit deux ans après les prochaines élections présidentielles: une échéance bien pratique pour éviter de rendre des comptes sur un enjeu aussi crucial et oser prétendre à la place, lors des voeux du Nouvel An, que “nous allons sortir renforcés de cette crise” (2).

Mais rassurons-nous, le gouvernement a pris la mesure du problème: le Conseil pour la diffusion de la culture économique (CODICE), mis en place par le Ministère de l’Economie en septembre 2006, vient de lancer un site internet de pédagogie de l’économie (www.kezeco.fr), avec un objectif précis: “Apporter en toute indépendance des clés à nos compatriotes pour les aider à mieux assumer leur citoyenneté économique” (3). Le tout sur la base de sondages menés en 2006 et montrant “la connaissance limitée que les Français ont des indicateurs économiques se rapportant à leur vie quotidienne” (4).

Soigné dans sa présentation, le site offre ainsi différentes rubriques censées remédier à nos manquements de citoyens: des dossiers clés sur l’histoire économique, des dossiers clés classés par grands thèmes (fiscalité, pouvoir d’achat, chômage…), la possibilité de s’identifier à des personnages fictifs ayant des attentes et des intérêts particuliers (étudiant, retraité, chef d’entreprise…) et les chiffres incontournables de l’économie française (déficits, taux de chômage…). Bref tous les ingrédients pour nous faire accéder à un autre niveau de responsabilité. Une analyse plus poussée de cette initiative appelle toutefois les remarques suivantes:

1) Si “apporter en toute indépendance des clés à nos compatriotes pour les aider à mieux assumer leur citoyenneté économique” constitue une priorité du gouvernement, comment expliquer alors le peu de publicité fait à ce site internet? Combien d’entre vous en ont en effet entendu parler?

2) D’un point de vue méthodologique, le lancement du site repose sur le fait les Français n’ont qu’une “connaissance limitée” des grands indicateurs économiques (taux de chômage, taux de croissance…). Mais a t-on réellement besoin de les connaître sur le bout des doigts pour raisonner et formuler des solutions?

Un exemple: pas besoin de connaître le taux de chômage exact ni l’ampleur de la hausse du nombre de demandeurs d’emploi au mois de novembre (à savoir 64 000!) pour percevoir que quelque chose ne tourne pas rond dans ce domaine. Le vrai exercice de pédagogie consiste plutôt à expliquer pourquoi la dégradation des chiffres de l’emploi est plus marquée en France que chez la plupart de nos partenaires européens et pourquoi le taux de chômage est depuis des années systématiquement plus élevé chez nous que chez eux…

3) En dehors de quelques chiffres et, crise financière oblige, de très succintes références faites à l’étranger, point d’analyses sur la manière dont les choses fonctionnent au-delà de nos frontières…Autrement dit, volonté affichée de poursuivre notre marche en avant en aveugle. Au vu de l’excellente santé de notre “modèle” social, pourquoi en effet prendre la peine de nous comparer aux autres?

Un exemple: lors des négociations relatives à l’assurance chômage qui ont eu lieu pendant les fêtes, on aurait aimé que le gouvernement nous explique, par souci pédagogique, pourquoi moins de 50% des chômeurs touchent effectivement l’allocation chômage…En nous comparant au Danemark, on aurait alors compris que si le système d’assurance chômage qui y prévaut est très éloigné du nôtre (le montant de la cotisation d’adhésion volontaire à une caisse d’assurance chômage peut varier d’une caisse à l’autre mais est le même pour tous au sein d’une même caisse, tout comme le montant de l’allocation chômage) et donc difficile à copier, il repose également sur une plus grande simplicité dont nous aurions intérêt à nous inspirer. Un objectif qui n’a visiblement pas été entièrement atteint lors des négociations mentionnées précédemment puisque les partenaires sociaux avancent des chiffres allant du simple au triple lorsqu’il s’agit d’évaluer les conséquences de l’accord trouvé en termes de nombre de chômeurs supplémentaires pouvant désormais bénéficier d’une allocation chômage…

4) Par “apporter en toute indépendance des clés à nos compatriotes pour les aider à mieux assumer leur citoyenneté économique”, comprendre que nous, citoyens, avons besoin d’être “éduqués”. Mais que nos dirigeants, eux, très bien formés et ayant le sens des responsabilités, n’ont rien à nous expliquer. Poursuivons donc également cette relation infantilisante, elle nous mènera loin…

Un exemple: en tant que citoyens, nous sommes, nous dit-on, tenus de connaître le taux de chômage exact qui prévaut dans notre pays. Également le taux de croissance pour 2009, qui restera, par le plus grand des miracles, positif (peut-être même 0,5%!) grâce au plan de relance de 26 milliards d’€ adopté récemment par notre gouvernement. Or, ce dernier n’a visiblement pas fait l’effort pédagogique de nous expliquer que cette somme ne représente pas 1,3% du PIB comme annoncé officiellement mais en fait 0,65% puisqu’elle sera dépensée en deux ans…Si le Ministère des Finances devient dans les faits une véritable agence de communication, comment peut-on encore croire qu’il nous prépare aux grands défis auxquels notre pays est confronté?

Je formule donc un voeu pour 2009: que nous sortions enfin de cet aveuglement collectif et que nos dirigeants renoncent à une gestion des dossiers marquée par le court-termisme. Un premier exercice de pédagogie serait d’admettre qu’au vu de la gravité de la situation dans laquelle se trouve notre pays, la moindre des choses que notre gouvernement puisse faire est d’appeler à l’unité nationale et à l’implication de toutes les formations politiques à l’élaboration d’une stratégie de sortie de crise. Plutôt que de tenter de débaucher individuellement, pour assouvir ses intérêts propres, au PS et au MoDem…

(1) “Fillon repousse à 2014 l’équilibre des finances”, Le Figaro, 10 décembre 2008 http://www.lefigaro.fr/economie/2008/12/10/04001-20081210ARTFIG00323-fillon-repousse-a-l-equilibre-des-finances-.php

(2) “La crise nous oblige à changer plus vite et plus profondément”, Le Monde, 31 décembre 2008 http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/12/31/nicolas-sarkozy-la-crise-nous-oblige-a-changer-plus-vite-et-plus-profondement_1136827_823448.html#ens_id=1136794

(3) “Réorganisation du Conseil de diffusion de la culture économique”, Site du Premier Ministre, 15 octobre 2008 http://www.premier-ministre.gouv.fr/chantiers/croissance_847/reorganisation_conseil_diffusion_culture_61371.html

(4) “Information: mieux diffuser la culture économique”, Vie Publique, 13 septembre 2006 http://www.vie-publique.fr/actualite/alaune/information-mieux-diffuser-culture-economique.html

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