La fusion des postes suédoises et danoises confirmée

(R)SP_A0389Programmée une première fois pour la fin de l’année 2008, la fusion des postes suédoises et danoises a bien failli être annulée. La faute à  de complexes négociations ayant impliqué, outre les Etats suédois et danois, un fonds de capital britannique (CVC), détenteur depuis 2005 de 22% des actions de Post Danmark. L’Etat suédois, propriétaire à 100% de Posten AB, exigeait en effet la mise à l’écart de tout investisseur privé dans l’opération, autrement dit la remise en cause de la privatisation partielle de la poste danoise. L’Etat danois a donc été contraint de racheter les parts de CVC et détient désormais 97% de Post Danmark, les 3% restants étant aux mains de la direction et des salariés de l’entreprise publique (1).

La fusion effective devrait donc intervenir au cours de l’été 2009, une fois reçue l’approbation de la Commission Européenne. Elle s’explique par la volonté des deux Etats concernés de créer une entité capable de faire face à l’ouverture totale du marché postal à la concurrence telle que souhaitée par la Commission avant 2011. Sans oublier la nécessité de répondre au défi posé par la baisse du volume de lettres distribuées provenant de l’irrésistible développement du courrier électronique…

Le groupe issu de cette fusion, dont le nom n’a pas encore été rendu public, sera détenu à 60% par l’Etat suédois et à 40% par l’Etat danois. L’égalité parfaite sera toutefois de mise concernant la répartition des postes au sein de la direction (le siège sera à Stockholm) et des droits de vote. Le chiffre d’affaires du groupe pourrait approcher les 5 milliards d’euros tandis que le nombre d’employés dépasserait les 50 000 (32 400 en Suède et 21 000 au Danemark).

Concrètement, cette fusion ne déboucherait que sur des changements limités pour les citoyens suédois et danois. Chaque pays conserverait en effet son propre logo ainsi que ses propres règles de distribution du courrier: cinq jours sur sept en Suède, six jours sur sept au Danemark (le sixième jour étant une contrepartie du monopole de Post Danmark sur les lettres de moins de 50 grammes, qui représentent 75% du total des envois).

La confirmation du processus de fusion amène les remarques suivantes:

1) Posten AB et Post Danmark se marient dans un contexte économique particulièrement délicat, mais leur situation financière est saine. Les bénéfices de Posten AB atteignaient 175 millions d’euros en 2008, soit plus ou moins le même montant qu’en 2007, ceux de Post Danmark 130 millions d’euros, soit une progression de 35% par rapport à 2007. Les deux postes bénéficient de plus d’une solide réputation en termes de qualité du service et d’efficacité.

2) La fusion bénéficie de l’accord des syndicats. Du côté danois, 3F, qui représente 16 000 salariés, et HK, qui en représente 4000, approuvent la fusion même si des suppressions d’emploi limitées ne sont pas à exclure. Le plus important pour les organisations syndicales était en effet d’obtenir des assurances en termes de niveau de salaire et de conditions de travail. Les économies attendues de cette fusion (environ 100 millions d’euros) concerneraient avant tout les secteurs IT, achats et administration.

3) Citymail, aux mains de la Poste norvégienne et direct concurrent de Posten AB en suède, se félicite d’une fusion contribuant à libéraliser le marché danois, caractérisé par le monopole de Post Danmark (sauf sur les lettres de plus de 50 grammes, segment sur lequel Citymail est présent). Suite à la confirmation de la fusion des deux postes, les autorités danoises comptent en effet libéraliser le marché dans le courant de l’année 2010 avec l’objectif de trouver un modèle conciliant ouverture à la concurrence et distribution du courrier dans les zones les moins habitées, y compris celles considérées comme non-rentables. Il est toutefois intéressant de noter que la libéralisation du service postal en Suède, intervenue en 1994, n’a pas remis en cause la prédominance de Posten AB.

4) La baisse des prix pour les consommateurs danois et suédois ne semble pas être une priorité, la fusion étant censée avant tout profiter aux deux entités concernées. Si l’on en croit les dernières déclarations du ministre danois des Transports, Lars Barfoed, les prix pourraient même augmenter: “Je suis très attentif aux conséquences en termes de prix pour les consommateurs, mais personne ne peut dire que les prix seront les mêmes d’ici cinq ans” (2). Sans compter le contexte de crise actuel, qui n’incite pas vraiment à faire des efforts dans ce domaine. A long terme, il est en revanche permis d’espérer. Après une quinzaine d’années de libéralisation du secteur postal en Suède, les prix des affranchissements de lettres sont inférieurs de 10% à ceux pratiqués au Danemark, bien que la densité par habitant soit six fois moindre…

5) Mise entre parenthèses du fait de la crise financière, l’ouverture de capital de La Poste risque de redevenir d’actualité. La fusion des postes suédoises et danoises montre que l’abandon obligatoire du statut d’établissement public en vue de l’ouverture totale du marché postal à la concurrence n’est pas incompatible avec le fait que les Etats conservent 100% des entreprises en question. Du moins temporairement… L’Etat suédois a bien indiqué son intention de conserver la plus large part possible du groupe né de la fusion et dont l’introduction en bourse est programmée d’ici trois à cinq ans. En revanche, pas de déclarations similaires de la part de l’Etat danois, qui sans l’intransigeance de son voisin aurait même consenti à vendre davantage de parts à CVC…

(1) En échange de l’acquisition des parts de CVC dans Post Danmark pour 240 millions d’euros, l’Etat danois cède à CVC ses parts de De Post-La Poste (Poste belge) pour un montant de 375 millions d’euros. CVC et Post Danmark en avaient conjointement pris le contrôle en 2005. CVC réalise une très bonne affaire puisque le groupe privé avait acquis 22% des parts de Post Danmark en 2005 pour seulement 175 millions d’euros.

(2) “Regeringen lover fri post om et år” Jyllands-Posten, 2 mars 2009. http://jp.dk/morgenavisen/erhverv/article1618542.ece


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Une réponse à “La fusion des postes suédoises et danoises confirmée

  1. Très intéressant, et la poste danoise-suédoise, comment compte-elle diversifier pour maintenir son CA voir l’augmenter?

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