Archives mensuelles : septembre 2009

Les objectifs du Danemark en termes d’éducation à l’horizon 2015

SPM_A1247Conséquence de la crise économique actuelle, le gouvernement danois n’a pas d’autre choix que de renoncer aux objectifs contenus dans le “plan économie 2015” en termes de finances publiques. En revanche, face au glissement du pays en termes de PIB par habitant (entre 1997 et 2007 le Danemark est passé de la 6ème à la 12ème place au sein de l’OCDE), qui résulte pour une bonne part d’une évolution comparativement défavorable de la productivité du travail, les objectifs en termes d’éducation contenus dans la stratégie mondialisation de 2006 (95% d’une génération est censée atteindre le niveau baccalauréat et 50% obtenir un diplôme d’études supérieures à l’horizon 2015) restent plus que jamais d’actualité (1).

Première étape conditionnant l’atteinte d’une partie de ces ambitieux objectifs, la récente présentation par le gouvernement danois d’un plan de lutte contre le chômage des jeunes (15-24 ans), qui atteignait 11,2% en juillet 2009 selon Eurostat (contre 24,2% en France) (2). Le plan est avant tout basé sur la création, au cours de l’année 2010, de 5000 places de stage d’apprentissage pour les élèves des filières professionnelles, dans un contexte marqué par l’envolée des demandes et la baisse simultanée du nombre de conventions signées en dépit du renforcement des mesures de soutien aux entreprises déjà prises par les autorités danoises (800 euros par convention de trois mois signée, prime de 1300 euros en cas d’embauche) (3). Le plan est également complété par la prise en charge, dès la première semaine d’inscription dans un jobcenter (contre trois mois auparavant), des jeunes de 18-19 ans sans formation (suivi obligatoire d’une formation universitaire, d’un stage ou d’un cursus de recherche d’emploi).

imageSource: Employment Outlook 2009, OCDE

Le plan est salué par les organisations syndicales, qui soulignaient depuis quelques mois déjà le besoin d’enrayer la chute de popularité des filières professionnelles, qui n’a jamais été aussi basse depuis le début de la décennie. Une évolution sans aucun doute accentuée par la multiplication de cas dans lesquels les étudiants, n’obtenant pas de stage, étaient contraints de mettre un terme à leur formation…

Parmi les pistes suivies pour atteindre l’objectif de 95% d’une classe d’âge au niveau baccalauréat (voie générale ou professionnelle):

– Implication croissante des communes (nouvelle législation précisant davantage leurs responsabilités dans le domaine de l’éducation, introduction d’un dispositif récompensant les communes parvenant à augmenter le nombre de jeunes poursuivant des études secondaires ou ayant atteint le niveau baccalauréat et sanctionnant celles qui n’y parviennent pas, publication des résultats obtenus par chaque commune afin de suciter un esprit d’émulation, suivi obligatoire des jeunes ayant abandonné ou n’ayant pas commencé d’études secondaires…).

– Augmentation du nombre de stages proposés dans le secteur public et renforcement du montant des primes versées aux entreprises.

– Réforme du fonctionnement de la 10ème classe (qui serait l’équivalent d’une année entre la 3ème et la seconde en France), qui devra être centrée sur l’aide en direction des élèves les plus faibles afin qu’ils puissent débuter une formation professionnelle.

– Lutte contre l’abandon des études en cours de route: accent mis sur les dispositifs d’orientation, développement du nombre de tuteurs, individualisation plus poussée des formations proposées…

Parmi les pistes suivies pour atteindre l’objectif de 50% d’une classe d’âge obtenant un diplôme d’études supérieures:

– Renforcement du rôle du lycée dans la préparation au suivi  d’une formation supérieure (diminution du nombre de matières obligatoires, introduction de davantage de NTIC dans l’enseignement, mise en place de plusieurs centres destinés à renforcer l’enseignement des sciences de la nature, développement de la formation continue des proviseurs…).

– Renforcement de l’attractivité des formations supérieures (renouvellement constant des formations et des matières proposées, développement des dispositifs d’orientation, obligation faite aux institutions concernées de mener un dialogue avec les étudiants en difficulté…)

– Développement du nombre de formations proposées dans les domaines des sciences de la nature, de la santé et des technologies.

– Réduction du montant de l’allocation étudiante dans le cas où un étudiant attend plus de deux ans après son baccalauréat pour débuter une formation supérieure. De même, durcissement des règles de perception de l’allocation étudiante dans le cas où les étudiants prennent trop de temps pour terminer leur formation. Mise en place d’une date limite de remise de mémoire de fin d’études…

Les dernières données avancées par les autorités danoises indiquent qu’un bout de chemin reste à faire avant de remplir les objectifs fixés en termes d’éducation à l’horizon 2015: 80% d’une classe d’âge est ainsi arrivée au niveau baccalauréat en 2007, tandis qu’un peu plus de 40% obtenait un diplôme d’études supérieures (4). Des niveaux que le Danemark peine à dépasser depuis 2000, comme l’illustrent les données contenues dans une étude de Ærådet, think-tank rattaché à LO, la principale confédération syndicale danoise (5).

Part d’une classe d’âge n’ayant pas suivi d’études secondaires complètes

image Source: Ærådet

Dans ce contexte, les partenaires sociaux réclament davantage d’initiatives, notamment l’adoption par le gouvernement d’une garantie d’éducation pour l’ensemble des jeunes constituée par le droit/devoir de suivre un parcours scolaire minimum de 12 ans. Après tout, rien de mieux que de miser sur la R&D et sur l’éducation pour préparer l’après-crise, en France comme au Danemark…

(1) http://www.globalisering.dk/multimedia/55686_strat.pdf

(2) http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/3-01092009-AP/EN/3-01092009-AP-EN.PDF

(3) http://www.uvm.dk/Uddannelse/Erhvervsuddannelser/Om%20erhvervsuddannelserne/Nyheder/Erhvervsuddannelser/Udd/Erhvervs/2009/Maj/090507%20Ny%20politisk%20aftale%20om%20praktikpladspakke.aspx

(4) http://www.uvm.dk/Uddannelse/Tvaergaaende%20omraader/Temaer/95%20procent%20maalsaetning.aspx

(5) http://ae.dk/publikation/uddannelse-er-noglen-til-fremtidens-velfaerd

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Le rapport final de la commission emploi et le « forum de la croissance » ou les deux boussoles de l’économie danoise

SPM_A0562La stabilisation de la situation économique aidant, l’heure est à la relance des exercices de prospective. La plupart des économistes étant visiblement incapables de prévoir le déclenchement de crises comme celle que nous traversons, il serait facile de remettre en cause la pertinence de la mise au point d’un “plan économie 2015” et encore plus d’une “France 2025” d’autant plus énigmatique que l’échéance est éloignée (1). La vérité est pourtant que de tels exercices, à condition de rester basés sur des projections de moyen terme (une décennie au plus), sont indispensables. En supprimant en 1992 les plans quinquennaux (dans le cadre du Commissariat au Plan), la France s’est privée d’un instrument précieux. Avec les conséquences fâcheuses que nous connaissons tous: une gestion des affaires au jour le jour, qui nous empêche notamment de saisir que la série de déficits budgétaires constatée depuis trente ans ne peut se poursuivre indéfiniment.

En rendant ses conclusions le 20 août dernier, la commission emploi ne rentre pas à proprement parler dans la catégorie des exercices de planning stratégique. Elle offre néanmoins au Danemark les clés de l’expansion de son marché du travail, seule voie possible pour assurer la soutenabilité des finances publiques et donc du niveau d’Etat-providence à moyen terme, dès lors que la piste de l’augmentation des prélèvements obligatoires est écartée (2). Autrement dit, la mise en oeuvre des recommandations de la commission emploi constituent la condition sans laquelle tout exercice de prospective un tant soit peu ambitieux est voué à l’échec. Parmi ces recommandations:

La suppression progressive du dispositif de préretraite. Créé en 1979 pour faire face à la montée du chômage, ce dispositif, ouvert aux personnes ayant entre 60 et 65 ans, est un luxe que le Danemark ne peut plus se payer. En dépit des nombreux durcissement dont il a fait l’objet, un individu en bonne santée (deux tiers des bénéficiaires seraient ainsi capables de poursuivre une activité professionnelle) peut ainsi percevoir 832 000 couronnes danoises (environ 110 000 euros) entre 60 et 65 ans de la part de l’Etat danois sans aucune autre obligation que d’en reverser une partie au titre de l’impôt sur le revenu.

Le raccourcissement de la durée de perception des allocations chômage. Aujourd’hui fixée à 4 ans, elle est une des plus élevées au sein de l’OCDE. La commission emploi préconise ainsi un système flexible ou la durée de perception oscillerait entre 2 et 3 ans en fonction de la conjoncture sur le marché de l’emploi. Afin d’inciter davantage de gens à s’assurer contre le chômage, le montant de la cotisation à une caisse d’assurance-chômage serait de plus divisé par deux.

L’octroi d’un “bonus” de 10 000 couronnes (1350 euros) aux étudiants obtenant leur licence trois ans après le baccalauréat. Une manière d’abaisser l’âge moyen de fin d’études, qui atteint 28 ans au Danemark. Un bonus qui vient donc s’ajouter à l’allocation étudiante (SU), versée en principe pendant jusqu’à 70 mois et  fixée à 2574 couronnes (345 euros) dans le cas où l’étudiant vit chez ses parents, à 5177 couronnes (695 euros) lorsqu’il dispose de son propre logement (revenu imposable) (3).

La mise en place d’une alternative à l’octroi d’une pension d’invalidité permanente. Il est en effet contre-productif de constater qu’une partie des quelques 240 000 bénéficiaires de la pension d’invalidité voient leurs capacités s’améliorer sensiblement, au point parfois de pouvoir reprendre une activité professionnelle.

Le recours accru à la main-d’oeuvre étrangère qualifiée, à travers l’assouplissement des règles entourant la délivrance de permis de travail, est également citée par la commission emploi. Son impact serait toutefois marginal en termes de contribution au financement de l’Etat-providence.

Mises en oeuvre dans leur totalité, les 44 propositions de la commission emploi permettrait d’apporter 27 milliards de couronnes (3,6 milliards d’euros) supplémentaires par an à l’Etat danois. Un montant presque deux fois plus élevé que le manque de financement actuel, estimé à 14 milliards de couronnes (1,9 milliard d’euros). Seul problème, la situation tendue sur le marché de l’emploi (taux de chômage officiel de 3,7% en juillet, 5,9% selon Eurostat), qui ne se prête donc pas à l’adoption de telles réformes. Le gouvernement entend donc se donner du répit jusqu’à 2011, année des prochaines élections parlementaires.

Un répit mis à profit pour donner naissance à une nouvelle forme d’exercice de prospective: le “Forum de la croissance”, dont les membres viennent d’être nommés (4). Ce dernier remplace ainsi le Conseil de la mondialisation, à l’origine de la fameuse “stratégie mondialisation” de 2006 (5). L’objectif est de préparer l’économie danoise à une série de défis: renforcement de la compétitivité du pays, soutenabilité des finances publiques, expansion du marché du travail, adaptation du système éducatif à la mondialisation, croissance verte…

L’idée d’un “Forum de la croissance” est intéressante à plus d’un titre. Elle se distingue à de nombreux égards de la mise en place dans notre pays d’une énième commission chargée de définir les “priorités stratégiques” de l’emprunt national (6).

Dans sa composition tout d’abord, puisque tous les secteurs qui comptent sont représentés (par contraste, il est difficile de ne pas remarquer en France l’absence de tout représentant du monde syndical ou de tout entrepreneur…) avec un clair penchant vers le monde de l’entreprise dans un cas (Danemark) contre une claire surreprésentation de fonctionnaires d’Etat dans l’autre (France). L’occasion de souligner qu’aussi brillants que soient nos énarques, ils n’ont pas toujours le sens des réalités. Sans compter que les deux personnalités chargées de présider la commission sur l’emprunt sont deux “vieux grognards” qui ne sont certainement pas les mieux placés pour offrir une vision d’avenir…

Dans son fonctionnement ensuite: le “Forum de la croissance” ne rendra pas de rapport. Composé de personnalités aux orientations politiques très variées, son but est de tester les idées et propositions de chacun des intervenants.

La France est donc plus que jamais prisonnière de ses vieux shémas de pensée. L’élection, en 2007, du locataire actuel de l’Elysée, est d’autant plus regrettable qu’elle n’a fait qu’accentuer les traits culturels et les habitudes néfastes à la base des difficultés rencontrées par notre pays. Le plus longtemps nous éviterons de nous regarder dans le miroir, plus dure sera la chute…

(1) https://courrierdanemark.wordpress.com/2008/10/05/france-2025-versus-danemark-2015/

(2) http://www.amkom.dk/media/22520/2k_pixi_velfaerd_kraever_arbejde.pdf

(3) http://www.su.dk/SU/satserSU/videregaaende/Sider/default.aspx

(4) http://stm.dk/_p_12918.html

(5) http://www.globalisering.dk/page.dsp?page=259

(6) http://www.liberation.fr/politiques/0101587131-la-composition-de-la-commission-sur-l-emprunt

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