Archives mensuelles : mars 2010

Poursuivre l’aventure au sein du Mouvement Démocrate

imageDes élections régionales qui viennent de s’achever, Courrier Danemark souhaite tout d’abord rappeler quelques enseignements succincts. En premier lieu qu’il est justement difficile de tirer des conclusions tranchées au vu du niveau d’abstention. Que dans ce contexte, la « victoire » du PS ne signifie pas grand-chose, même si l’issue du scrutin vient faire taire les voix des prophètes déclarant, suite aux élections européennes, que la réélection du locataire actuel de l’Elysée était quasiment assurée. Qu’on ne peut ensuite que s’offusquer du retour du Front National, bien aidé en cela par le débat sur l’identité nationale lancé par le gouvernement. Enfin, que l’échéance de 2012 donne lieu à un jeu extraordinairement ouvert, une caractéristique que les incertitudes économiques et sociales ne font que renforcer.

Il est indéniable que le score réalisé par le Mouvement Démocrate est une nouvelle fois en-dessous des attentes. Basée sur le principe d’une totale indépendance, la stratégie suivie depuis 2007 doit néanmoins être poursuivie.  Il est inconcevable de renoncer à l’objectif de briser l’alternance droite/gauche et faire voler en éclat cette “démocratie bipolaire” que certains voudraient voir gravée dans le marbre.

Ce n’est qu’à partir du moment où l’on gagne la mère des batailles, à savoir la présidentielle, que l’on est en mesure de changer des règles électorales faisant peu de cas du principe de proportionnalité et que l’on peut surfer sur une dynamique donnant des résultats électoraux plus significatifs au niveau local.

Interrogé pendant l’entre deux-tours des régionales, Jean Lassalle résumait parfaitement les choses: “Il s’agissait de notre dernière élection en souffrance, j’en fais le pari. Le tout, c’est de rester en vie” (1).

S’inscrire raisonnablement dans la durée, en considérant que les vrais bilans devraient être tirés après 2012, afin de donner un minimum de temps à notre mouvement pour se faire connaître et proposer une véritable alternative, semble donc tout à fait naturel. C’est en tous les cas conforme à la ténacité et l’authenticité que requiert tout engagement politique.

Un des impératifs auquel le Mouvement Démocrate doit désormais faire face est d’apporter de manière systématique, lorsqu’une critique à l’encontre du gouvernement actuel est formulée, une contre-proposition. C’est en effet la seule voie pour gagner en lisibilité et renforcer un projet qui reste largement à approfondir.

Les difficultés vécues aujourd’hui par la Grèce (et peut-être par d’autres demain) illustrent le manque regrettable d’attention portée à la convergence des économies européennes. Or, cette convergence ne peut se faire par le bas. Nous sommes donc contraints de regarder du côté de ceux qui s’en sortent le mieux, en premier lieu l’Allemagne et les pays nordiques. Ayons la lucidité de reconnaître que ce n’est certainement pas d’une pause dans les réformes que notre pays a besoin mais bien d’un sauvetage en bonne et due forme.

Courrier Danemark entend continuer à participer au débat d’idées, notamment par l’intermédiaire de ce blog, mais en en changeant quelque peu le format en raison du lancement de projets adjacents. Les prochains articles seront ainsi plus concis afin de gagner en accessibilité. Toutes vos suggestions d’amélioration sont les bienvenues. Merci à tous ceux qui, par leurs mots encourageants, m’ont donné les forces de débuter et surtout de poursuivre l’aventure depuis juin 2008.

(1) http://www.lejdd.fr/Politique/Elections-regionales-2010/Actualite/Lassalle-Le-tout-c-est-de-rester-en-vie-180293/

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Le Danemark, la sortie de crise et la préretraite

SPM_A1360En France comme au Danemark, aucune mesure d’austérité ne sera prise cette année afin de ne pas affaiblir une reprise encore bien fragile. C’est donc à partir de 2011 que l’envolée des déficits budgétaires et des dettes publiques de nos deux pays devra, d’une manière ou d’une autre, être corrigée. Seule certitude pour le moment, les prélèvements obligatoires ne seront pas augmentés, en tous les cas pas avant les prochaines élections. C’est plutôt du côté de la dépense qu’il faudra donc, au moins dans un premier temps, faire des efforts. A ce propos, l’objectif d’un retour du déficit budgétaire sous la barre des 3% en 2013 passerait par une progression des dépenses des administrations publiques limitée à celle de l’inflation entre 2011 et 2013.

Mais aucun Etat membre de l’UE ne fera l’économie de réformes structurelles visant à assurer la soutenabilité des finances publiques à moyen/long terme. 3 des économistes danois les plus distingués viennent ainsi de lancer un appel visant à se concentrer sur cette problématique, plutôt que d’être obnubilé par le seul objectif d’un retour sous la barre des 3% en 2013.

imageDepuis que l’ampleur des défis nés de la crise en termes de préservation du niveau d’Etat-providence est à peu près connue, un des thèmes qui revient souvent dans les débats au Danemark est celui de la préretraite, dont il est aujourd’hui possible de bénéficier à partir de l’âge de 60 ans. Pour certains, la suppression pure et simple du dispositif est le prix que le Danemark devrait payer pour la crise (le PIB a reculé de 5,1% en 2009, soit autant qu’avec son premier partenaire commercial, l’Allemagne, mais davantage que la moyenne UE). La préretraite serait ainsi un luxe que le pays ne pourrait plus se permettre dans l’optique de sauver son modèle social.

Les résultats obtenus en termes de taux d’emploi des séniors sont satisfaisants, mais restent moins bons que dans les autres pays nordiques en raison de l’existence, depuis 1979, de ce dispositif de préretraite, qui rassemblait, en janvier 2010, près de 138 000 personnes. Les deux tiers des bénéficiaires seraient en mesure de travailler (1).

Or, continuer à proposer (pour un montant équivalent à 90% de l’allocation chômage pour ceux désirant bénéficier du dispositif entre 60 et 62 ans, à 100%, soit 2200 euros par mois, à partir de 62 ans, pour un coût total annuel proche de 2,5 milliards d’euros), à des individus souvent en bonne santé, de quitter la vie active a d’autant moins de sens, à un niveau purement économique, que chacun s’accorde sur le fait que la sauvegarde de l’Etat-providence passe par l’expansion du marché du travail (2).

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Les autorités danoises ont récemment estimé le besoin de consolidation des finances publiques à 3,3 milliards d’euros afin de revenir à un déficit budgétaire inférieur à 3% d’ici 2013 (3). La suppression du dispositif de préretraite permettrait donc d’accomplir une bonne partie du chemin. Comment alors expliquer le refus d’une majorité, tant au sein du gouvernement qu’au sein de l’opposition, de franchir le pas?

– L’accord sur l’Etat-providence de 2006 est notamment basé sur le relèvement, entre 2019 et 2022, de l’âge minimum de départ en préretraite de 60 à 62 ans (à raison de 6 mois par an). Or, l’accord intervenu fut le résultat de ce qui passe dans notre pays comme une anomalie: un large consensus. Les partis signataires de cet accord (ceux formant la coalition parlementaire au pouvoir et les sociaux-démocrates) estiment avoir pris auprès des Danois un engagement que la crise actuelle ne saurait remettre en cause.

– La population danoise considère quant à elle la préretraite comme un acquis social que les durcissements législatifs intervenus depuis 1979 ne sont pas parvenus à remettre en cause. Surtout, le principe du libre choix de l’âge de départ à la retraite est aujourd’hui largement partagé. C’est dans ce cadre que doivent être appréhendés l’adoption de la retraite volontaire à 70 ans et la possibilité donnée de repousser l’âge à partir duquel il est possible de percevoir la retraite d’Etat (Folkepension) et la retraite complémentaire (ATP) jusqu’à 75 ans, moyennant des montants plus avantageux.

– La situation actuelle des finances publiques (la dette publique est proche de 40%) laisse encore des marges de manoeuvre au gouvernement actuel et ne justifie pas de prendre un trop grand risque à un an et demi des prochaines élections. Le bilan d’Anders Fogh Rasmussen est controversé, mais beaucoup se félicitent aujourd’hui du fait que la dette publique ait été divisée par deux entre 2004 et 2007, avec l’aide des recettes tirées de l’exploitation du pétrole en Mer du Nord, mais pas seulement. La période 2004-2007 est d’ailleurs à bien des égards particulièrement riche d’enseignements.

Dans ce contexte, c’est plutôt la pension d’invalidité, qui rassemble encore plus bénéficiaires (environ 245 000), qui fera bientôt l’objet de toutes les attentions. Il s’agirait de ne plus l’accorder que sur une base temporaire. Mais quelle que soit la décision prise, d’autres thèmes ne manqueront pas d’être abordés (allocation chômage, allocation étudiante…). La sauvegarde du modèle danois passe plus que jamais par la poursuite du principe de réforme permanente. Raison de plus de suivre le Danemark de près au cours des prochains mois…

(1) Données ministère de l’Emploi http://bm.dk/Tal%20og%20tendenser/Noegletal.aspx

(2) Il faut rappeler que pour pouvoir bénéficier de la préretraite au Danemark, il faut avoir été membre d’une caisse d’assurance-chômage et avoir versé, pendant trente ans, une cotisation spécifique d’un montant annuel proche de 670 euros en 2010 http://www.ca.dk/efterloen/3100.html

(3) Programme de convergence 2009 du Danemark http://fm.dk/Publikationer/2010/Danmarks%20konvergensprogram%202009.aspx

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