Archives mensuelles : juin 2010

Travailler au Danemark

P6031020Le rapport s’intitule « Vivre et travailler au Danemark » (1). Publié par la Chambre de Commerce Danoise (Dansk Erhverv) et co-financé par le ministère de l’Emploi, il vise à informer les étrangers qui désirent s’installer dans le pays des règles de fonctionnement de la société danoise avec un accent particulier mis sur le marché du travail. Le rapport vient indirectement rappeler que le manque de main-d’œuvre étrangère qualifiée tend à affaiblir le niveau d’Etat-providence: une enquête réalisée par DI (confédération danoise des entreprises) concluait récemment que 20% des entreprises avaient créé des emplois à l’étranger au cours de la période 2005-2008 faute de disposer de la main-d’œuvre adéquate à la maison…(2).

Les enseignements à tirer de ce rapport résident dans les témoignages apportés par les expatriés déjà installés dans le pays sur le mode de management des ressources humaines. Extraits:

Contrary to what I’m used to, it’s common practice in Denmark that both employee and employer participate in meetings and a superior will patiently listen to you and consider suggestions. The workplace is more informal because there’s no real hierarchy. Everybody mingles with each other and knows each other, and always by first name. In Denmark the boss sits next to the cleaning lady at lunch. It means something, because you feel that you matter, that you have an ability to make an impact. You’re not just another number in the system – you can actually make a difference, and your ideas are being heard and taken seriously. »

The way you work is very cooperative and there is always a reason to communicate. The Danish tradition of teamwork involves group evaluation and team response, whereas where I come from employees are considered as individuals and therefore only responsible for their own performance. I appreciate teamwork because it always results in insightful learning. The Danish work mentality is more focused on a shared goal and it is based on team effort instead of individual competitiveness.”

It’s up to the individual employee how to manage and arrange a typical workday. In Denmark employees have their hands free to make decisions and do their work in whatever way suits them best. The management gives you leeway and this winds up giving better results. Strict time schedules aren’t viewed as essential, so nobody checks if you’re doing your work fast enough. Instead, quality is brought into focus, and you are much more respected for your work. You’re independent. You are seen as a human being, not just an employee.”

image http://expatindenmark.com/NewsAndCulture/news/Pages/LivingandWorkinginDenmark.aspx

Les avantages d’un tel mode de gestion sont évidents. L’implication de l’ensemble des employés dans le processus décisionnel renforce le sentiment de naviguer vers une destination commune. Les compétences des uns et des autres sont exploitées à plein, chacun disposant d’une influence sur le cours des choses, ce qui permet de rentrer dans un cercle vertueux d’amélioration et d’innovation permanente. Les requêtes et demandes étant directement transmises à la personne la mieux placée pour y répondre, l’information circule également plus vite et sans risque de perte ou de déformation. En résumé, libérer les énergies dans notre pays dépend davantage de changements dans ce domaine que des effets d’une quelconque défiscalisation des heures supplémentaires…

Voilà en tous les cas une des raisons pour lesquelles les Danois se disent plus satisfaits au travail. Voilà également qui vient éclairer d’une autre lumière le fait de confier un rapport sur les conséquences sociales de la mondialisation à un ancien ministre pour 9500 euros par mois. Un fait qui traduit, par contraste, la perte totale de repères d’un gouvernement dans sa gestion des ressources humaines et des deniers publics. Un emploi fictif, non. Un emploi superflu, certainement.

En raison du plus grand accent mis sur le collectif, la rédaction d’un rapport de ce type, encore plus lorsqu’il est susceptible de « participer à la pacification mondiale », serait confiée, au Danemark, aux agences du/des ministères et des autres organismes compétents, qui comptent déjà en leur sein des employés bien placés pour apporter une contribution et une vision à un exercice aussi ardu. Dans ce contexte, il serait bien entendu hors de question d’embaucher une personnalité portant, pour la gloire, le nom du rapport final.

Il est grand temps de remettre en cause ce genre de pratiques aux forts relents monarchistes, qui accentuent les divisions entre la “caste” gouvernante et le reste de la société.  La république irréprochable commence par là.

(1) www.expatindenmark.com/Documents/Living%20and%20Working%20in%20Denmark.pdf

(2) http://www.startvaekst.dk/goglobal.dk/ggnyheder/198802

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Le crédit hypothécaire danois: le plus solide du monde?

P6031058En pleine tempête financière au cours du mois d’octobre 2008, George Soros appelait le gouvernement américain à copier le modèle danois de crédit hypothécaire afin d’assurer une plus grande transparence sur les marchés financiers. Presque deux ans après, le message n’a pas changé. Le célèbre investisseur entend même promouvoir ce modèle de manière plus concrète à travers la mise en place d’une joint-venture entre le fonds d’investissement qu’il dirige et VP Securities A/S (1).

Il faut dire que le marché hypothécaire danois est sans aucun doute le plus solide du monde. Il n’a jamais connu de défaut en plus de 200 ans d’existence. Cette solidité résulte des caractéristiques suivantes:

– Le support d’investissement est constitué par des obligations hypothécaires. Le marché n’est donc pas aux mains du secteur bancaire mais d’un nombre limité d’établissements de crédit hypothécaire.

– Crédit limité  à 80% de la valeur du bien pour un logement et à 60% pour un local commercial.

– Interdiction de revendre le prêt à des tiers.

– Un emprunteur peut rembourser son prêt par anticipation sans pénalité. Il peut également le racheter en acquérant les obligations correspondantes.

– Les quelques établissements de crédit hypothécaire ne sont pas exposés au risque de remboursement anticipé: l’ensemble des risques est supporté par les investisseurs (fonds de pension, banques commerciales, assureurs…).

– Les investisseurs bénéficient d’un cadre stable constitué par la politique de taux de change fixe entre la couronne et l’euro (possibilité de couvrir le risque de taux non désiré sur les marchés en euros).

– Règlementation stricte: existence du « principe d’équilibre », qui stipule que les établissements de crédit hypothécaire financent leurs prêts en émettant des obligations comportant des flux de trésorerie identiques à ceux des prêts sous-jacents.

– Absence de tout système de subprime.

Bien sûr, le Danemark n’a pas échappé à la vague de dérèglementation des années 90. Les prêts à taux variables ont été introduits en 1996, les prêts à amortissement in fine (sans obligation de rembourser le capital pendant une période donnée) en 2003, et les prêts dits “SDO” (encore plus flexibles) en 2007. En raison de la baisse des taux d’intérêt, les prêts à taux variable, notamment ceux renégociés tous les ans («flexlån») ont bénéficié ces derniers mois d’une popularité grandissante, ce qui est susceptible de poser des problèmes à certains ménages lorsque les taux d’intérêt repartiront à la hausse.

C’est dans ce contexte que doit être interprétée la politique suivie par le gouvernement en direction des ménages danois depuis le début de la crise (baisses d’impôt, autorisation donnée en 2009 de percevoir une partie de son épargne-retraite), leur endettement étant comparativement plus élevé que leurs voisins européens. Le marché de l’immobilier a toutefois largement résisté à la forte baisse des prix des appartements constatée dans la capitale (-35% entre 2006 et 2009!): si le nombre de ventes forcées a inévitablement augmenté, il reste à un niveau étonnamment faible dans une perspective historique.

Paradoxalement, le modèle danois pourrait être remis en cause par Bruxelles. Un bras de fer est engagé entre la Commission et le Danemark dans le cadre de la révision de la directive sur les fonds propres (2). L’association des établissements de crédit hypothécaire (Realkreditrådet) estime que selon ce projet de révision, « les établissements de crédit hypothécaire devraient être considérés et comptés comme des actifs non liquides et risqués » et seraient par exemple tenus de financer une seconde fois les prêts accordés sur la base de l’émission d’obligations d’une maturité d’un an par un emprunt d’une échéance supérieure (3). Le crédit hypothécaire deviendrait ainsi plus cher…

(1) « Soros vil markedsføre dansk realkredit-model » Berlingske Tidende, 8 juin 2010 et ”George Soros: kig mod Danmark” Berlingske Tidende, 13 octobre 2008. Pour plus d’informations sur VP Securities A/S: www.vp.dk

(2)www.europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=IP/10/197&format=HTML&aged=0&language=FR&guiLanguage=fr

(3) « Response of the Association of Danish Mortgage Banks to the EU proposal for new liquidity and capital adequacy rules » Realkreditrådet (Association des établissements de credit hypothécaire), 16 avril 2010 http://www.realkreditraadet.dk/Current_issues.aspx?M=News&PID=973&NewsID=403

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