Archives de Catégorie: Crise financière

La France et le Danemark dans la crise: des divergences révélatrices

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Rien de tel que les périodes de crise pour prendre véritablement conscience des spécificités nationales des Etats membres de l’UE. Lorsque ces dernières sont synonymes de succès, elles doivent bien sûr être favorisées. A l’inverse, lorsqu’elles sont totalement contre-productives, il est nécessaire de les dénoncer. Une comparaison entre la France et le Danemark dans la période de crise actuelle est à ce titre très instructive.

1) De l’intérêt de la prospective

Savez-vous ce qui a dominé l’actualité économique danoise la semaine passée ? La présentation des conclusions de la commission fiscalité, dont la tâche est, de concert avec la commission emploi, de trouver les moyens d’atteindre les objectifs contenus dans le cadre du « plan économie 2015 », à savoir l’augmentation de la main-d’œuvre totale de l’ordre de 20 000 personnes et le maintien du temps de travail moyen (1).

Autrement dit, malgré l’ampleur de la dégradation de la situation économique, le Danemark poursuit contre vents et marées (c’est le cas de le dire) ses efforts en termes de réformes structurelles et montre une nouvelle fois sa capacité à affronter sans se voiler la face les défis du futur. Quand bien même cette réforme est déconnectée dans ses grandes lignes de tout plan de relance immédiat, son intérêt à court terme est néanmoins évident : contribuer à accentuer le redémarrage de l’économie à partir de 2010. Peut-on en dire autant dans notre pays?

2) Les recommandations de la commission fiscalité

Ces dernières devraient déboucher sur l’adoption d’ici l’été d’une vaste réforme censée entrer en vigueur au 1er janvier 2010. Parmi elles :

– Une baisse de 4,7 milliards d’€ de la fiscalité sur le travail à travers notamment la suppression de la tranche intermédiaire d’imposition, la baisse du taux applicable aux tranches inférieures et supérieures, l’élévation du seuil à partir duquel un contribuable se situe dans la tranche supérieure…Avec pour conséquence un abaissement du taux d’imposition marginal de 63 à 55% et du bouclier fiscal de 59 à 50%.

– Un financement assuré par une hausse de la fiscalité sur l’énergie, par l’élargissement de l’assiette de l’impôt sur le revenu et la suppression de certaines niches fiscales.

La suppression de la tranche intermédiaire d’imposition ne fait sens que parce que 90% des danois s’acquittent déjà de l’impôt sur le revenu. Proposer, comme le fait aujourd’hui notre gouvernement, de supprimer la tranche d’imposition inférieure revient donc à mettre la charrue avant les bœufs lorsque l’on sait qu’à peine 50% des contribuables français sont aujourd’hui soumis à l’impôt sur le revenu et que plus de 400 niches fiscales perdurent…(2).

Autre évolution fiscale préoccupante dans notre pays, la préconisation de la suppression de la taxe professionnelle : est-ce vraiment raisonnable lorsqu’une réforme des collectivités locales est annoncée pour bientôt et qu’elle ne pourra être mise en œuvre sans de larges consultations au niveau national et local ?

3) Le contexte d’avant-crise

Les mesures fiscales et d’emploi prises avant une crise systémique ne sauraient empêcher son apparition. Mais peut-être peuvent-elles dans certains cas l’accentuer ?

Par chance, le revenu disponible brut des ménages danois devrait progresser de 3,7% en 2009, sous l’impulsion des conventions collectives signées en 2008 (hausses salariales de 12,8% sur 3 ans) et des réductions d’impôt sur le revenu décidées en 2007 et étalées sur 2008 et 2009. Une évolution dont les effets en termes de consommation privée sont certes limités (croissance attendue de 0,7% tout de même), mais qui permet de faire face au niveau élevé d’endettement des ménages.

Pendant ce temps-là, que faisait la France ?

– Adoption d’un paquet fiscal présenté, une fois la crise confirmée, comme un amortisseur à cette dernière et dont le seul véritable effet est de plomber les comptes publics.

– Adoption de la défiscalisation des heures supplémentaires, qui accentue aujourd’hui la dégradation constatée sur le front de l’emploi.

Par pure malchance, la France ne s’est donc pas bien préparée à la crise actuelle. Etonnant lorsque l’on sait qu’au 1er semestre 2008, lors des négociations entourant le renouvellement des conventions collectives, les syndicats danois avaient déjà clairement conscience de la fin d’une période faste, sans il est vrai être en mesure de prévoir une crise de cette ampleur…

4) La relance

Elle est pour le moins timide au Danemark et en tous les cas d’une ampleur plus limitée que chez ses voisins nordiques. Elle consiste aujourd’hui en une éventuelle accélération des programmes d’investissements publics (construction de nouveaux hôpitaux, de nouvelles routes, rénovation d’écoles et de maisons de retraites). Les raisons invoquées sont le niveau encore très bas du chômage (2,1% en décembre 2008)…et les objectifs du plan économie 2015 en termes de finances publiques.

La France est quant à elle prisonnière des débats du passé. Notamment celui relatif à la politique de relance de 1981 : entre un PS qui n’apprend rien de ses erreurs (programme de relance presque exclusivement basé sur une relance de la consommation) et une UMP qui s’est jusqu’à présent refusée à toute intervention dans ce domaine (après avoir pourtant fait campagne sur le pouvoir d’achat), il est temps d’aller voir ailleurs…

Sans oublier le plan d’aide au secteur automobile, basé sur un protectionnisme des plus populistes (en échange du prêt de 6 milliards d’euros, les constructeurs s’engagent à ne pas délocaliser ni licencier), surtout à la lumière des dernières déclarations de Sarkozy à ce sujet (“c’est ma responsabilité de préserver l’emploi en France”) (3). Rectifions donc les propos du chef de l’Etat: c’est notre responsabilité de ne pas nous voiler la face en préservant artificiellement des emplois et d’accentuer plutôt les efforts en termes de formation continue et de reconversion afin de tendre vers un modèle plus souple et plus réactif aux variations conjoncturelles.

Résumons donc les choses: alors que le gouvernement danois garde son sang-froid, tirant encore partie de fondamentaux sains, le nôtre s’agite désormais dans tous les sens, sans projet ni boussole.

5) De la complaisance des journalistes et de l’usage du benchmarking

Au Danemark, lorsqu’un ministre ou même le premier ministre est interrogé par les journalistes, il est « cuisiné ». En France, le président est placé sur un pied d’estale. Au point de connaître par avance les questions qui vont lui être posées. Quoi de plus normal dans ces conditions que chaque intervention soit jugée comme étant parfaitement maîtrisée ? Dans quelle autre démocratie le chef de l’exécutif dispose t-il d’un tel privilège digne des anciens monarques ?

Le pire est que la complaisance des journalistes ne s’arrête pas là. Convenons qu’il faut en avoir une surdose pour oser proposer un article dont le titre est « Dans la crise, le modèle français, naguère décrié, regagne des couleurs ». Non pas que notre pays ne dispose pas de certains atouts, mais de là à nous faire croire que tout va bien…(4).

Citons pêle-mêle: “La France est mieux armée que les Etats-Unis ou certains de ses partenaires européens pour affronter la récession parce que son modèle limite les dégâts sociaux” (évidemment sans davantage d’explications). “Contrairement aux Américains, aux Britanniques et à tous ceux qui comptaient sur la capitalisation et les fonds de pension pour assurer leurs vieux jours, les Français ne verront pas leurs retraites fondre avec la tempête boursière” (questions: ne peut-on pas imaginer un système hybride, disons comme au Danemark, qui permette aux retraités de réellement profiter de leur retraite? Les retraités français sont-ils réellement tous satisfaits de leur niveau actuel?). “Malgré un dette publique élevée, l’Etat peut encore emprunter dans des conditions jugées “très favorables” par Bercy. Un peu moins que celles offertes à l’Allemagne mais bien meilleures que celles proposées à l’Italie, à l’Espagne ou au Portugal”…Même si, comme l’affirme Matthieu Laine dans son dernier ouvrage, “la politique n’a plus aucune marge de manoeuvre financière. Elle ne peut tout simplement plus, matériellement, nous sauver (…)” (5).

La France utilise donc le « benchmarking » (comparaison avec les autres pays) de manière inversée : au lieu de nous comparer à ceux qui ont une longueur d’avance (sinon quel intérêt?), mieux vaut se mettre en valeur face à ceux en difficulté. Nos amis anglais en prennent aujourd’hui, même à juste titre, plein la figure. Les Espagnols aussi, au vu des évolutions en termes d’emploi. Une attitude “constructive” de plus alors que “les Français, évidemment soucieux de leur emploi, s’inquiètent plus gravement encore des nombreux symptômes annonciateurs d’une décadence de leur nation” (6). En dehors du Mouvement Démocrate, y a-t-il encore quelqu’un pour les écouter?

(1) Consulter le site de la commission fiscalité (en danois) http://skattekommissionen.dk/

(2) Pour de plus amples informations sur qui paie quoi au Danemark, consulter le lien suivant, issu du site du Ministère des Impôts (en danois): http://www.skm.dk/tal_statistik/indkomstfordeling/687.html

(3) “Protectionnisme: Merkel intervient, Sarkozy se défend” Le Figaro, 12 février 2009http://www.lefigaro.fr/economie/2009/02/12/04001-20090212ARTFIG00376-protectionnisme-merkel-intervient-sarkozy-se-defend-.php

(4) “Dans la crise, le modèle français, naguère décrié, regagne des couleurs”, Le Monde, 30 janvier 2009 http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/01/30/dans-la-crise-le-modele-francais-naguere-decrie-retrouve-des-couleurs_1148547_3224.html

(5) Matthieu Laine “Post politique” Editions Lattès 2009, 286 pages.

(6) “La droite entretient l’illusion de l’Etat-Providence”, Le Figaro, 30 janvier 2009 http://www.lefigaro.fr/debats/2009/01/30/01005-20090130ARTFIG00469-la-droite-entretient-l-illusion-de-l-etat-providence-.php

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Crise financière: 2ème plan d’aide “sauce danoise” au secteur bancaire

CPH Xmas 08 (11)

Après quasiment un mois et demi d’intenses négociations, le gouvernement danois a présenté, dimanche 18 janvier, son deuxième plan d’aide au secteur bancaire danois, suite à l’accord intervenu avec l’ensemble des formations politiques.

Ce dernier succède à celui adopté au mois d’octobre 2008, qui avait vu l’Etat danois apporter sa garantie illimitée sur les dépôts des épargnants et sur les prêts interbancaires en échange de la constitution d’un fonds d’aide au secteur, alimenté à hauteur de 4,7 milliards d’€ par les banques proportionnellement à leur taille.

Le premier plan a bien atteint son objectif principal, à savoir relancer les prêts interbancaires. Mais dès le mois de décembre, Anders Fogh Rasmussen annonçait qu’un “Bankpakke II” était nécessaire afin de s’assurer que les établissements bancaires ne réduisent pas trop fortement les crédits accordés aux particuliers et aux entreprises, et donc afin de limiter l’ampleur du ralentissement économique.

Le plan présenté dimanche est basé sur un prêt d’Etat d’un montant de 13,5 milliards d’€ (soit près de 6% du PIB danois!), ouvert jusqu’au 30 juin 2009 à tous les établissements de crédit respectant les exigences de solvabilité. Les trois quarts de ce montant sont proposés aux banques proprement dites, le quart restant aux établissements de crédit foncier.

L’Etat danois réalise une très fructueuse opération puisque les prêts accordés seront rémunérés à hauteur de 10% en moyenne. Le taux d’intérêt exigé par l’Etat variera au cas par cas en fonction de la situation financière de chaque établissement (de 9% pour ceux dont la gestion est jugée saine à 11,25% pour les plus mal lotis). Une façon de tendre la main aux établissements qui s’en sortent et de « punir » les autres afin de restructurer un secteur sans doute trop atomisé (il existe environ 150 banques dans le pays, la plupart locales et de petite taille).

Les autorités danoises entendent s’assurer que les établissements qui “bénéficient” des prêts poursuivent leur politique de crédit en exigeant qu’ils publient, une fois par semestre, un rapport détaillant leur politique, ce dernier étant mis à la disposition du public. Par souci de transparence, tous les établissements de crédit du pays, qu’ils acceptent ou non un prêt de la part de l’Etat danois, sont dorénavant tenus de rendre public leur ratio de solvabilité.

Le débat le plus intéressant ayant émaillé les négociations a eu trait à la rémunération des directeurs de banques, dont les salaires atteignent, comme Peter Staarup (Danske Bank), plus de 12 millions de couronnes par an (1,6 million d’€). Les sociaux-démocrates ont ainsi tenté d’imposer un plafond de 2,5 millions de couronnes par an (335 000€), gagnant par là une bonne partie de l’opinion publique, pour finalement convenir de limitations un peu plus modestes (impossibilité désormais pour un établissement de crédit de déduire plus de 50% du salaire de son directeur dans le cadre de son imposition, interdiction des stock-options…).

2,7 milliards d’€ sont également prêtés par l’Etat aux entreprises danoises qui exportent via un organisme sous son contrôle, Export Kredit Fonden (EKF), dont la tâche principale habituelle est d’assurer contre les risques à l’exportation.

La garantie d’Etat sur les prêts interbancaires dont il est question dans le premier plan, initialement accordée jusqu’au 30 septembre 2010, est enfin prolongée jusqu’au 30 septembre 2013. Les dépôts des épargnants seront couverts à hauteur de 100 000€ à partir du 1er octobre 2010.

Le plan adopté dimanche appelle plusieurs remarques:

1) L’accord est pour le moins bénéfique pour les finances publiques: 10% en moyenne sur une somme de 13,5 milliards d’euros pendant 3 ans, je vous laisse faire le calcul…Le contribuable est donc impliqué directement dans le soutien au secteur bancaire (prêt de 18 000 couronnes par habitant!) mais cette implication a une claire contrepartie.

2) Le montant mis à disposition par l’Etat danois s’avère plus important, en proportion, que celui prêté par l’Etat français (deux enveloppes de 10,5 milliards d’€). Le taux d’intérêt est également plus avantageux que chez nous.

3) Ce qui est frappant, autant pour le premier plan que pour le second, c’est l’absence de complaisance (taux d’intérêt, limitations salariales) des autorités danoises vis-à-vis d’établissements bancaires jugés comme responsables de la crise actuelle.

4) L’accord débouche également sur davantage de contrôle et de transparence pour les établissements qui désireront recourir à un prêt d’Etat mais aussi pour tous les autres: l’ensemble des établissements de crédit  sont désormais tenus de rendre public leur ratio de solvabilité.

5) Les prêts accordés par l’Etat n’étant effectivement mis à la disposition des banques intéressées qu’à partir de la mi-2009, il est à parier que la liste des 13 banques ayant disparu en 2008 vienne à s’allonger. Mais doit-on s’en étonner lorsque leur nombre est si élevé au vu de la taille du pays? La culture de confiance vis-à-vis des petites banques locales ne risque toutefois pas de disparaître: les banques dites “éthiques”, dont les activités sont centrées sur l’écologie et l’environnement, ont en effet profité de la crise pour se développer (Merkur, Oikos…).

Andelskassen Oikos                      /

6) L’efficacité de ce plan est pour le moins contestable, rien ne semblant aujourd’hui pouvoir empêcher une contraction du crédit (souhaitable au vu de l’écart constaté entre les prêts et les dépôts des banques et au vu du niveau élevé d’endettement des ménages). Mais cela ne veut pas dire qu’il n’était pas nécessaire: la plupart des banques annoncent qu’elles auront bien recours à ce dispositif de prêt.

7) Malgré “Bankpakke I” et “Bankpakke II”, un plan de relance de l’économie est aujourd’hui plus que jamais indispensable. Les conclusions de la commission fiscalité, attendues pour le 2 février, tomberont à point nommé et seront accompagnées par une accélération du programme d’investissements publics (construction de nouveaux hôpitaux, rénovation d’écoles et de maisons de retraite) programmés initialement sur la période 2009-2018. Sans compter les conclusions de la commission emploi, attendues pour juin.

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Crise financière: la prudence danoise

IMG_024146900. C’est le nombre de demandeurs d’emploi supplémentaires dans notre pays suite à un mois d’octobre catastrophique. C’est aussi à peu de choses près le nombre total de demandeurs d’emploi au Danemark, dont le taux de chômage, bien qu’également reparti à la hausse (1,7% contre 1,6%), constitue un atout certain dans le contexte économique actuel (1).

Il serait bien sûr faux d’affirmer que le Danemark traverse la crise financière sans encombres. L’OCDE prévoit ainsi une baisse du PIB de 0,5% en 2009, le Conseil des Sages une récession à la fois en 2009 et en 2010 (2). Le marché de l’immobilier est déprimé et le restera sans doute au moins jusqu’à 2011 (le prix des appartements a ainsi baissé de plus de 20% depuis la mi-2006). La défense de la couronne danoise, aujourd’hui stabilisée, s’est traduite par des taux d’intérêts plus élevés que dans la zone euro (5% contre 3,25%). La solidité du secteur bancaire a quant à elle été dégradée par l’agence de notation Standard & Poor’s il y a une quinzaine de jours.

Pourtant, il est un penchant (pour ne pas dire un piège) auquel le Danemark se refuse depuis le début de la crise à “succomber”: la distribution de milliards d’€ afin de venir en aide au secteur bancaire ou afin de relancer l’économie. Une politique certes dictée par des impératifs domestiques, mais aussi par une certaine de dose de prudence (de méfiance?) devant le déferlement de chiffres chaque jour plus élevés et surtout par la conviction que les engagements macroéconomiques de moyen-long terme (plan économie 2015 et critères du Pacte de Stabilité et de Croissance) n’ont pas été pris pour être piétinés dès qu’une crise, aussi importante soit elle, éclate, permettant à certains dirigeants de masquer le vide de leur vision par un prétendu activisme qui consiste, par manque de courage, à ouvrir les robinets.

Les suites du“plan de sauvetage sauce danoise” du 10 octobre

Les difficultés rencontrées  aujourd’hui par le secteur bancaire danois sont d’autant moins surprenantes que le plan de sauvetage adopté par le Folketing le 10 octobre dernier repose sur le principe du donnant-donnant: en échange de la garantie d’Etat  sur les prêts interbancaires et sur les dépôts des épargnants jusqu’au 30 septembre 2010, les banques danoises sont tenues d’alimenter, proportionnellement à leur taille, un fonds d’aide aux établissements en difficulté pouvant aller jusqu’à 4,7 milliards d’€.

Au manque de liquidités a aujourd’hui succédé le manque de capital, ce qui risque bien de se traduire par une réduction des prêts accordés par les banques danoises et donc par un ralentissement encore plus marqué de l’économie. Plusieurs petits et moyens établissements se rapprochent ainsi du seuil minimum de solvabilité (ratio de 8%) en-dessous duquel ils ne peuvent poursuivre leur activité. D’où la dégradation de la solidité du secteur par Standard & Poor’s et les appels de certains, sur le modèle de ce qui s’est fait dans les autres pays, à une intervention plus marquée de l’Etat qui prendrait la forme d’une injection de capital à travers l’achat d’actions (nationalisation partielle) dont le niveau n’a jamais été aussi bas depuis le déclenchement de la crise. Une intervention qui se traduirait pour la première fois par l’implication directe du contribuable danois.

Le gouvernement danois n’entend pourtant pas présenter de deuxième plan de sauvetage, insistant notamment sur l’importance des profits réalisés par le secteur au cours des dernières années. Un tel plan devrait de plus composer avec les situations très hétérogènes dans lesquelles se trouvent les différents établissements bancaires (Danske Bank, première banque du pays, annonce ainsi un ratio de solvabilité pour le moins solide de 14%). La crise est enfin un moyen de restructurer un secteur bancaire danois atomisé (150 petits établissements, résultat d’une culture financière locale très développée), le gouvernement privilégiant un processus de fusion/acquisition. Dernier argument de poids: l’injection de capital tel qu’il a eu lieu dans les autres pays n’a visiblement pas empêché la contraction du crédit aux entreprises et aux particuliers.

Les distances du Danemark vis-à-vis du plan de relance européen

La non-adhésion du Danemark au plan de relance budgétaire européen peut sembler paradoxale. Malgré la perspective d’un léger déficit budgétaire (pour la première fois depuis 11 ans!) en 2009, le pays dispose en effet de davantage de marges de manoeuvre que la plupart de ses partenaires européens. Mais le Danemark a des objectifs clairs de réduction de la dette publique dans le cadre du plan économie 2015. Il n’est donc pas étonnant que le gouvernement considère qu’à partir du moment où l’inflation est maîtrisée, c’est à la Banque Centrale Européenne de relancer la croissance en abaissant ses taux, peut-être dès le début du mois de décembre. Et le pays, à partir du moment où il respecte les critères de Maastricht, de demander vainement que ses partenaires en fassent de même…(3).

Il est vrai que le contexte économique danois ne se prête de toute manière pas à un plan de relance tel que celui préparé par l’UE: le taux de chômage est toujours trop bas (1,7%) et les taux d’intérêts toujours trop élevés (5%).

Vers une réforme de la fiscalité danoise

C’est donc en réformant sa fiscalité que le Danemark compte relancer son économie. A l’occasion du congrès du parti libéral, le Premier Ministre danois, Anders Fogh Rasmussen, a en effet annoncé son intention d’alléger l’imposition sur les revenus du travail moyennant une hausse de la fiscalité environnementale (les taxes vertes ne représentent que 4,3% du PIB en 2008 contre 4,6% en 2001, preuve que le Danemark a des progrès à faire…) (4).

Avec des objectifs clairs: inciter les danois à travailler plus, attirer de la main-d’oeuvre étrangère qualifiée et faire à terme passer le Danemark dans une ère de “croissance verte” marqué par l’abandon aux énergies fossiles (charbon, gaz et pétrole).

Il est bien sûr trop tôt pour dire si la prudence danoise sera payante face à la “souplesse” dont font preuve les autres gouvernements (le Royaume-Uni table ainsi sur un déficit de 8% en 2009…) (5). Mais une chose est désormais certaine: le paquet fiscal du gouvernement Fillon a constitué une erreur magistrale, empêchant la France de préparer ses finances publiques aux difficultés actuelles. Le retour à l’équilibre, initialement promis en 2010, avait été repoussé une première fois à 2012 à l’occasion du début de la présidence française de l’UE. Avec le plan de relance budgétaire qui va être annoncé cette semaine, qui peut dire à quelle date ce dernier interviendra?

(1) Le nombre de demandeurs d’emploi était très exactement de 47700 personnes au mois d’octobre 2008. Danmarks Statistik www.dst.dk

(2) Pour plus d’informations, consulter le dernier rapport du Conseil des Sages (Det Økonomiske Råd) du 27 novembre 2008 (résumé en anglais): http://www.dors.dk/sw6188.asp

(3) “Bruxelles sacrifie Maastricht à la relance” Le Figaro, 26 novembre 2008. http://www.lefigaro.fr/economie/2008/11/26/04001-20081126ARTFIG00299-bruxelles-sacrifie-maastricht-a-la-relance-.php

(4) Données du Ministère des Impôts. http://www.skm.dk/tal_statistik/skatter_og_afgifter/675.html

(5) “Le plan britannique creusera un déficit public de 8% du PIB” Le Monde, 25 novembre 2008. http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/11/25/le-plan-britannique-creusera-un-deficit-public-de-8-du-pib_1122856_1101386.html

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Crise financière: un plan de sauvetage sauce danoise

Fif and Eva's Birthday Oct 2007 022Petite économie très ouverte sur l’extérieur, le Danemark n’est pas épargné par la crise financière. L’indice C20 (vingt premières valeurs de la bourse de Copenhague) a même davantage chuté depuis janvier (-36%) qu’en Grande-Bretagne (-32%) et qu’aux Etats-Unis (-31%). Depuis janvier, 50 milliards d’euros sont ainsi partis en fumée (1).

Face à la crise, le gouvernement danois a présenté, dimanche 5 octobre, au lendemain du simulacre de rencontre organisée à Paris entre pays dits du G4, un plan de sauvetage adapté à un secteur bancaire marqué par l’existence d’un grand nombre d’établissements de petite taille (environ 150!) (2). Un fonds alimenté à hauteur de 4,7 milliards d’euros (2% du PIB) par l’ensemble des banques proportionnellement à leur taille est ainsi destiné à venir en aide aux établissements en difficulté sur une période de deux ans. Parallèlement à cette mesure, la garantie des dépôts est désormais illimitée pour tous les déposants alors qu’elle était jusqu’ici plafonnée à seulement 40 000 euros. La période d’existence du fonds (jusqu’en septembre 2010) doit être mise à profit pour consolider le secteur, la distribution de dividendes et de stock-options devenant interdite. La Banque Nationale propose quant à elle des facilités de prêts pour les établissements dont le seuil de solvabilité dépasse 8%. Que retenir d’un tel plan de sauvetage?

Danmarks Nationalbank's logo

1) Les banques étant désignées comme les principales responsables de la crise actuelle, il est normal, aux yeux des autorités danoises, qu’elles soient mises à contribution. Dans la tourmente actuelle, le plan est donc basé sur un principe de responsabilité.

2) Les banques alimentent le fonds selon leur taille: les gros établissements danois (Danske Bank, Nordea, Jyske Bank), jugés solides, paient donc pour les petits établissements, aujourd’hui victimes de leurs stratégies agressives. Le plan est donc également basé sur un principe de solidarité.

3) Le plan danois se démarque de celui adopté aux Etats-Unis (plan Paulson) dans la mesure où l’Etat (donc le contribuable), n’interviendra que si les 4,7 milliards du fonds créé s’avèreraient insuffisants. Il évite de plus la discrimination opérée par le plan irlandais puisque la garantie illimitée des dépôts vaut également pour les filiales de banques étrangères installées dans le pays.

4) La garantie apportée par l’Etat dans le cas où le fonds ne parviendrait pas à couvrir les pertes subies par les établissements en difficulté permet à d’autres acteurs du secteur financier d’intervenir et d’atténuer le manque de liquidités. Le fonds de pension ATP, plus gros acteur du secteur financier, dont une des tâches est de gérer la retraite complémentaire des danois, vient ainsi d’annoncer avoir prêté un montant proche de 1,5 milliard d’euros à certains établissements bancaires du pays (3).

5) Encore une fois, le Danemark fait face à la crise en ordre relativement serré. Le plan proposé par le gouvernement a ainsi été adopté au Folketing à une écrasante majorité (4). A quand un large tour de table dans notre pays?

La stratégie solo du Danemark semble en tous les cas confortée par les conclusions de la récente visite d’une délégation du FMI dans le pays, selon lesquelles “Strong initial conditions, sound policies, and solid institutions have put the Danish economy in good position to meet the significant challenges that lie ahead” (5).

Il faut également souligner, outre la mise en oeuvre de ce plan, l’existence d’un deuxième filet de sécurité constitué par l’état des finances publiques. Certes, la crise actuelle pourrait diviser par deux l’excédent budgétaire prévu pour 2008 (3,8% du PIB) en raison d’un manque de rentrées fiscales et de la baisse du prix du pétrole, mais le gouvernement semble pouvoir compter sur des marges de manoeuvres équivalentes aux moyens aujourd’hui mobilisés par le secteur bancaire danois en cas de nouveau coup dur.

Outre la date de sortie de crise, que personne n’est en mesure de prévoir, deux questions restent aujourd’hui en suspens. La première, également valable pour la France, a trait à la difficulté d’élaborer un projet de loi de finances crédible pour 2009. Bien que prudente (0,5%), l’hypothèse de croissance retenue par Lars Løkke Rasmussen, le Ministre danois des Finances, ainsi que la plupart des variables macroéconomiques, vont être prochainement révisées.

La deuxième, qui ne vaut que pour le Danemark, concerne l’Euro. Mis entre parenthèses par le non irlandais au projet de constitution européenne et par la crise actuelle, le référendum sur la question sera sans doute remis sur la table avant la fin de la législature (2011). Il ne faut  toutefois pas surestimer les changements induits par une adoption éventuelle puisque la couronne danoise est attachée à l’Euro dans un serpent de +/- 2,25%. A cet égard, les autres exemptions dont “bénéficie” le Danemark, notamment celles relatives à la justice et à la défense, semblent aujourd’hui plus urgentes à lever puisqu’elles limitent son influence politique.

Billede af den samlede danske seddelserie, hvor alle sedler er opgraderet med flere sikkerhedselementer, bl.a. hologram

(1) « 375 milliarder kroner er pist væk« , Politiken, 11 octobre 2008. http://politiken.dk/erhverv/article581759.ece

(2) « Carré VIP à l’Elysée », Christophe Ginisty«  http://www.ginisty.com/weblog/2008/10/carr-vip-lelyse.html

(3) ATP, Arbejdsmarkedets Tillægspension est une contribition obligatoire versée chaque mois au bénéfice des salariés (2/3 par l’employeur, 1/3 par l’employé). Elle vient en complément de la pension d’Etat (Folkepension), touchée à partir de 65 ans. Le conseil d’administration de l’organisme chargé, entre autres choses, de gérer cette épargne complémentaire, est composé de représentants nommés par l’Etat et par les partenaires sociaux.

(4) Ministère danois de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie, http://oem.dk/sw22877.asp

(5) International Monetary Fund, Denmark 2008 Article IV Consultation, Preliminary Conclusions of the Mission, October 2, 2008 http://www.imf.org/external/np/ms/2008/100208.htm

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