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Le système éducatif français vu du Danemark

P2196672Et si les maux rencontrés par notre pays découlaient en partie de la logique sous-tendant le fonctionnement de son système éducatif? C’est la question que l’on peut légitimement se poser en parcourant un article récemment publié dans le quotidien danois Politiken (1). Précisons d’entrée qu’il ne s’agit pas ici de comparer les résultats obtenus par les jeunes élèves de nos deux pays respectifs, relativement similaires (et moyens), si l’on en croit les fameuses études PISA, mais d’établir un rapport entre la manière dont se déroule l’enseignement supérieur en France et la gestion des affaires courantes dans le monde politique (qui chacun l’aura déjà remarqué est loin d’être satisaisante).

Que nous dit l’auteur de cet article? Que vu de ses lunettes danoises, le système d’enseignement supérieur français serait avant tout caractérisé par un certain autoritarisme de l’encadrement (ce qui se traduit par exemple, dans le monde politique, par  une reprise en main de la justice, un exercice monarchique du pouvoir, une mise au pas de l’audiovisuel public, une transformation du Parlement en chambre d’enregistrement…) et par une tendance assez marquée pour l’apprentissage par coeur (qui débouche souvent, quelques années plus tard, pour ceux qui ont choisi de faire “carrière” dans la politique, par des discours convenus et/ou des réactions basées sur de “purs” réflexes idéologiques sans réel fondement).

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There is a lovely land” (civil national anthem of Denmark)

Roald Als

Le comportement autocratique des professeurs d’université français est également souligné dans cet article. C’est qu’ils ne supporteraient pas la contradiction (toute ressemblance avec les débats télévisés organisés en présence du locataire actuel de l’Elysée, au cours desquels les questions de nos concitoyens sont connues à l’avance est purement fortuite).

Ces tendances ne doivent pas être exagérées. Elles tendent néanmoins à former des étudiants soumis manquant d’indépendance d’esprit et réticents à prendre des initiatives (nos concitoyens ont beau être râleurs, leur capacité à avaler des couleuvres et à se satisfaire du degré zéro de la politique est sans limites).

Pour l’auteur de l’article, les étudiants français seraient angoissés face à l’avenir. Une angoisse que l’on retrouve là aussi dans le monde politique: à l’heure où le Danemark se prépare au “plan économie 2020”, de plus en plus conscient des immenses défis qui l’attendent, qui ose encore aborder ce genre de problématique dans notre pays?

Dernière caractéristique regrettable pointée du doigt, le peu d’accent mis sur le travail de groupe. “Tous ceux qui ont essayé de résoudre un problème avec un Français savent que le travail de groupe est à leurs yeux une spécificité scandinave bien étrange” (2). Transposé dans le cadre  administratif français, cela donne un dédale d’organismes ou d’agences qui, au lieu de travailler ensemble, se font de la concurrence.

Tout cela ne constitue bien sûr qu’une vision danoise purement subjective. Sans doute pas de quoi entamer ne serait-ce que le début d’un travail introspectif…

(1) http://politiken.dk/debat/ECE1226473/den-franske-skole-skaber-angste-individer/

(2) Aske Munck, http://politiken.dk/debat/ECE1226473/den-franske-skole-skaber-angste-individer/

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La France, le Danemark et le plurilinguisme

IMG_0779[1]Dans l’analyse, de plus en plus partagée, du déclin économique de notre pays, un thème est systématiquement négligé : la capacité à s’exprimer dans plusieurs langues. Dans ce domaine précis, il serait faux d’ériger le Danemark comme véritable modèle, et ce pour au moins deux raisons: la taille du pays, qui l’oblige, sans doute plus par nécessité que par réelle conviction, à faire un minimum d’efforts pour exister, se faire entendre et s’ouvrir aux autres, et l’importance accordée à l’anglais au détriment de toutes les autres langues (fait notable, sans le voir comme une menace pour le danois, parlé par seulement 5,5 millions d’habitants). Pourtant, l’annonce faite par le gouvernement  danois de la présentation prochaine d’une stratégie de promotion de l’apprentissage des langues étrangères vient relancer un débat dont nous aurions tort de nous passer, au vu par exemple des résultats de notre commerce extérieur.

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L’approbation donnée par la ministre de la Science, de la Technologie et de l’Innovation, Charlotte Sahl-Madsen, à la fermeture de départements entiers d’enseignement de langues étrangères au sein des écoles de commerce et des universités danoises (Aarhus, Copenhague, Odense) explique la vigueur des débats actuels. Pour le gouvernement, il s’agit de réintégrer ces enseignements dans le cadre de formations plus larges répondant aux besoins du marché du travail. En d’autres termes, les compétences linguistiques seules ne sauraient être suffisantes.

Pour les détracteurs de ce processus de « modernisation », les langues étrangères, qui n’ont, à de rares exceptions près, plus la cote auprès des étudiants, risquent de recevoir le coup de grâce. Il est vrai que leur enseignement, exclusivement vu sous l’oeil de la rentabilité, a ses limites : faudrait-il  par exemple renoncer à former des spécialistes dont la tâche, loin des caméras et du monde des affaires, est de préserver des milliers de langues aujourd’hui menacées de disparition ?

Certains acteurs ont quoi qu’il en soit compris que les Danois seraient bien inspirés de ne pas se contenter de leur niveau, en général satisfaisant, en langue anglaise. La confédération danoise des entreprises (DI) lançait par exemple, en juin 2009, une initiative, « Ja til sprog » (“Oui aux langues »), destinée à rassembler tous ceux qui souhaitent mettre toutes les langues à l’ordre du jour (1). L’objectif est évidemment avant tout économique (conquête de marchés), mais il s’agit plus généralement de faire prendre conscience des atouts résultant de leur apprentissage.

L’exemple norvégien est souvent avancé. Le pays lançait dès 2003 une stratégie intitulée « Sprog åbner døre » (les langues ouvrent des portes ») dans le cadre de laquelle un centre national des langues étrangères (« Fremmedspråksenteret ») était mis en place dans le but de renforcer significativement les compétences linguistiques de la population (2). La politique suivie depuis lors est la suivante: les Norvégiens ne doivent plus considérer l’anglais comme une langue étrangère, mais comme une langue nationale, au même titre que le norvégien (ce qui est bien évidemment exclu dans le cas de la France) et parler une langue étrangère de plus.

Et la France dans tout cela? La vision de la langue anglaise comme d’une hégémonie qu’il faut combattre n’a pas permis de déboucher, bien au contraire, sur le développement de l’apprentissage des autres langues étrangères, qu’elles soient européennes ou non, malgré une offre pléthorique inégalée en Europe. Les études publiées régulièrement par la Commission Européenne (Eurobaromètre) montrent qu’une minorité de Français adhèrent à la proposition selon laquelle chaque citoyen de l’UE devrait être en mesure de parler deux langues étrangères en plus de sa langue maternelle. Il ne sert donc à rien de tirer à boulets rouges sur l’omniprésence de l’anglais si dans les faits la seule alternative proposée reste le français.

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Il s’ensuit que tendre vers le plurilinguisme dans notre pays, en convainquant les Français, comme mentionné dans la Charte Européenne du Plurilinguisme, que « la connaissance d’une ou de plusieurs langues étrangères est un élargissement considérable du champ de vision des individus et la voie d’une meilleure compréhension des sociétés et des problèmes contemporains », passe par l’adoption d’une attitude plus décomplexée, plus neutre envers la langue de Shakespeare et, au vu des enquêtes Eurobaromètre, par certains changements.

Le maintien du doublage des voix concernant les films et les séries étrangères et le refus d’utiliser son alternative, le sous-titrage, sont d’autres aberrations au vu de l’importance qu’occupe aujourd’hui la télévision. Certes, des progrès ont été accomplis, grâce à la diffusion du DVD et de la télévision numérique, qui offrent de nombreuses combinaisons de langues, mais il ne faut pas oublier que quiconque désire apprendre une langue n’y parvient pas seulement en résolvant des exercices de grammaire mais en la parlant et en écoutant aussi sa musicalité.

L’argument le plus avancé par ceux désirant faire perdurer ce système, à savoir que le sous-titrage « pollue » l’image ne tient pas compte du fait que le doublage est une « pollution » bien plus grave qui empêche de s’habituer aux tonalités d’une langue et qui complique donc le chemin menant à sa prononciation correcte. Quant à ceux qui pensent que regarder des films ou des séries en version originale reviendrait à renforcer l’omniprésence de l’anglais, il ne tient qu’à tous les acteurs du monde culturel de mettre en place une politique plus respectueuse de la diversité des productions, en imposant notamment des quotas de programmes dans les autres langues.

Dans son ouvrage, « Le nomade polyglotte », publié en 2000, Jean-François Malherbe montrait que celui qui apprend plusieurs langues prend conscience que sa langue maternelle n’est qu’une vision de la réalité parmi d’autres et qu’à ce titre elle doit être relativisée. Mais il comprend aussi la force émotionnelle du lien qui le relie invariablement à sa vision originelle. Une thèse en totale contradiction avec la tentative de manipulation des esprits de la part de ceux, encore trop nombreux, qui se retranchent constamment derrière le soi-disant désamour dont le français ferait l’objet pour privilégier le statu-quo en terme de plurilinguisme.

Il serait temps de prendre conscience que ce qui est dans l’intérêt de la langue française n’est pas nécessairement dans l’intérêt de la France.

(1) http://di.dk/Opinion/Forskning%20og%20innovation/Pages/jatilsprog.aspx

(2) http://www.fremmedspraksenteret.no/index.php?ID=12485

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Les objectifs du Danemark en termes d’éducation à l’horizon 2015

SPM_A1247Conséquence de la crise économique actuelle, le gouvernement danois n’a pas d’autre choix que de renoncer aux objectifs contenus dans le “plan économie 2015” en termes de finances publiques. En revanche, face au glissement du pays en termes de PIB par habitant (entre 1997 et 2007 le Danemark est passé de la 6ème à la 12ème place au sein de l’OCDE), qui résulte pour une bonne part d’une évolution comparativement défavorable de la productivité du travail, les objectifs en termes d’éducation contenus dans la stratégie mondialisation de 2006 (95% d’une génération est censée atteindre le niveau baccalauréat et 50% obtenir un diplôme d’études supérieures à l’horizon 2015) restent plus que jamais d’actualité (1).

Première étape conditionnant l’atteinte d’une partie de ces ambitieux objectifs, la récente présentation par le gouvernement danois d’un plan de lutte contre le chômage des jeunes (15-24 ans), qui atteignait 11,2% en juillet 2009 selon Eurostat (contre 24,2% en France) (2). Le plan est avant tout basé sur la création, au cours de l’année 2010, de 5000 places de stage d’apprentissage pour les élèves des filières professionnelles, dans un contexte marqué par l’envolée des demandes et la baisse simultanée du nombre de conventions signées en dépit du renforcement des mesures de soutien aux entreprises déjà prises par les autorités danoises (800 euros par convention de trois mois signée, prime de 1300 euros en cas d’embauche) (3). Le plan est également complété par la prise en charge, dès la première semaine d’inscription dans un jobcenter (contre trois mois auparavant), des jeunes de 18-19 ans sans formation (suivi obligatoire d’une formation universitaire, d’un stage ou d’un cursus de recherche d’emploi).

imageSource: Employment Outlook 2009, OCDE

Le plan est salué par les organisations syndicales, qui soulignaient depuis quelques mois déjà le besoin d’enrayer la chute de popularité des filières professionnelles, qui n’a jamais été aussi basse depuis le début de la décennie. Une évolution sans aucun doute accentuée par la multiplication de cas dans lesquels les étudiants, n’obtenant pas de stage, étaient contraints de mettre un terme à leur formation…

Parmi les pistes suivies pour atteindre l’objectif de 95% d’une classe d’âge au niveau baccalauréat (voie générale ou professionnelle):

– Implication croissante des communes (nouvelle législation précisant davantage leurs responsabilités dans le domaine de l’éducation, introduction d’un dispositif récompensant les communes parvenant à augmenter le nombre de jeunes poursuivant des études secondaires ou ayant atteint le niveau baccalauréat et sanctionnant celles qui n’y parviennent pas, publication des résultats obtenus par chaque commune afin de suciter un esprit d’émulation, suivi obligatoire des jeunes ayant abandonné ou n’ayant pas commencé d’études secondaires…).

– Augmentation du nombre de stages proposés dans le secteur public et renforcement du montant des primes versées aux entreprises.

– Réforme du fonctionnement de la 10ème classe (qui serait l’équivalent d’une année entre la 3ème et la seconde en France), qui devra être centrée sur l’aide en direction des élèves les plus faibles afin qu’ils puissent débuter une formation professionnelle.

– Lutte contre l’abandon des études en cours de route: accent mis sur les dispositifs d’orientation, développement du nombre de tuteurs, individualisation plus poussée des formations proposées…

Parmi les pistes suivies pour atteindre l’objectif de 50% d’une classe d’âge obtenant un diplôme d’études supérieures:

– Renforcement du rôle du lycée dans la préparation au suivi  d’une formation supérieure (diminution du nombre de matières obligatoires, introduction de davantage de NTIC dans l’enseignement, mise en place de plusieurs centres destinés à renforcer l’enseignement des sciences de la nature, développement de la formation continue des proviseurs…).

– Renforcement de l’attractivité des formations supérieures (renouvellement constant des formations et des matières proposées, développement des dispositifs d’orientation, obligation faite aux institutions concernées de mener un dialogue avec les étudiants en difficulté…)

– Développement du nombre de formations proposées dans les domaines des sciences de la nature, de la santé et des technologies.

– Réduction du montant de l’allocation étudiante dans le cas où un étudiant attend plus de deux ans après son baccalauréat pour débuter une formation supérieure. De même, durcissement des règles de perception de l’allocation étudiante dans le cas où les étudiants prennent trop de temps pour terminer leur formation. Mise en place d’une date limite de remise de mémoire de fin d’études…

Les dernières données avancées par les autorités danoises indiquent qu’un bout de chemin reste à faire avant de remplir les objectifs fixés en termes d’éducation à l’horizon 2015: 80% d’une classe d’âge est ainsi arrivée au niveau baccalauréat en 2007, tandis qu’un peu plus de 40% obtenait un diplôme d’études supérieures (4). Des niveaux que le Danemark peine à dépasser depuis 2000, comme l’illustrent les données contenues dans une étude de Ærådet, think-tank rattaché à LO, la principale confédération syndicale danoise (5).

Part d’une classe d’âge n’ayant pas suivi d’études secondaires complètes

image Source: Ærådet

Dans ce contexte, les partenaires sociaux réclament davantage d’initiatives, notamment l’adoption par le gouvernement d’une garantie d’éducation pour l’ensemble des jeunes constituée par le droit/devoir de suivre un parcours scolaire minimum de 12 ans. Après tout, rien de mieux que de miser sur la R&D et sur l’éducation pour préparer l’après-crise, en France comme au Danemark…

(1) http://www.globalisering.dk/multimedia/55686_strat.pdf

(2) http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/3-01092009-AP/EN/3-01092009-AP-EN.PDF

(3) http://www.uvm.dk/Uddannelse/Erhvervsuddannelser/Om%20erhvervsuddannelserne/Nyheder/Erhvervsuddannelser/Udd/Erhvervs/2009/Maj/090507%20Ny%20politisk%20aftale%20om%20praktikpladspakke.aspx

(4) http://www.uvm.dk/Uddannelse/Tvaergaaende%20omraader/Temaer/95%20procent%20maalsaetning.aspx

(5) http://ae.dk/publikation/uddannelse-er-noglen-til-fremtidens-velfaerd

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