Archives de Catégorie: Planning stratégique

Le Danemark et le plan économie 2020

P2266896Aux yeux des Français et de beaucoup d’autres, le Danemark reste un pays largement méconnu. Cela n’empêche pas certains observateurs de lui prédire un avenir particulièrement sombre, sur la base des défis nés de la crise. Un avenir qui serait par exemple caractérisé par l’impossibilité, au vu de l’épuisement progressif des recettes issues de l’exploitation du pétrole et du gaz en Mer du Nord, de revenir à la situation d’excédent budgétaire vécue avant la crise. Or, ces mêmes excédents avaient atteint 4,8% en 2007 et 3,3% en 2008, pour des recettes pétrolières et gazières qui n’avaient jamais dépassé 2%…(1). Un avenir également marqué par le retour de la problématique du manque de main-d’œuvre, qui se heurterait aux problèmes d’intégration de la main-d’œuvre étrangère d’origine non-occidentale sur le marché du travail. Quand bien même que le taux d’emploi des personnes concernées a progressé de 10 pts entre 2001 et 2009, s’approchant désormais du taux d’emploi des femmes dans notre pays…(2).

Que n’aurait-il pas alors été dit sur le Danemark en 1993, lorsque le taux de chômage dépassait 12% et que la dette publique franchissait la barre des 80% du PIB, soit des niveaux presque deux fois plus élevés qu’aujourd’hui ?

Sur fond de campagne électorale, on ne parle aujourd’hui au Danemark que du « plan économie 2020 ». Exactement le genre de discussions qui permettent d’expliquer, au moins partiellement, ses facultés reconnues d’adaptation aux impératifs de la mondialisation. Des discussions qui mettent également en lumière, par contraste, la nécessité dans notre pays de relancer de tels exercices.

Afin d’équilibrer recettes et dépenses à l’horizon 2020, il manquerait un peu plus de 6 milliards d’euros au pays. Un montant qui dépend de tant de facteurs qu’il est nécessairement approximatif, mais qui a le mérite de préciser le cadre dans lequel chaque formation politique est censée évoluer et qui contraint l’ensemble des acteurs à chiffrer très précisément leurs propositions, en veillant à financer d’éventuelles nouvelles dépenses par, au minimum, des recettes correspondantes…

C’est dans ce contexte que le Danemark a pris conscience que le dispositif actuel de préretraite était un luxe qu’il ne pouvait plus se payer. L’âge minimum de départ en préretraite sera donc porté, conjointement à la réduction de la durée du dispositif (de 5 à 3 ans), à 62 ans en 2017 et 64 ans en 2023, l’âge de départ en retraite passant quant à lui à 67 ans en 2022.

Cette réforme vient s’ajouter au plan de redressement des finances publiques sur la période 2011-2013 (voir « le Danemark et la rigueur »). Elle est complétée par des mesures d’économies supplémentaires, notamment la réduction de 10% du budget de la défense (à compter de 2015) et de la contribution danoise au budget européen. Par contraste, qui parle aujourd’hui dans notre pays, du prix à payer pour la crise et des efforts à consentir pour équilibrer les finances publiques à moyen terme ? On préfère le bidouillage budgétaire et la mise en œuvre de mesures d’économies de bout de chandelle.

Le simple objectif d’équilibre budgétaire ne saurait toutefois assurer le dynamisme d’une économie et sa capacité à rebondir après une sévère crise. D’où les mesures de renforcement de la croissance présentées la semaine dernière, qui constituent le deuxième volet du « plan économie 2020 ».

Parmi ces mesures, la nomination d’ambassadeurs chargés de promouvoir les exportations danoises vers les pays BRIC, la mise en place d’une commission chargée d’étudier la faisabilité d’une baisse de l’impôt sur les sociétés (de 25 à 20%), la reconduction de certaines mesures de soutien aux entreprises exportatrices, la mise en concurrence des communes (entre autres mesures) dans le but de faire passer le taux d’emploi des étrangers d’origine non-occidentale de 55 à 65% en 2020, la réorganisation de l’effort public consacré à la R&D (le Danemark y consacre déjà plus de 3% de son PIB, un tiers du montant provenant du public)…

En résumé, une fois les défis budgétaires relevés, le « plan économie 2020 » contribue à libérer les énergies et les propositions de réforme, avec un impératif : laisser davantage de place au secteur privé.

En dépit d’un retour momentané en récession (qui doit notamment aux objectifs très ambitieux fixés en termes de la consommation publique et à la reconstitution de l’épargne des ménages, évolution finalement saine au vu de leur niveau d’endettement), qui s’accompagne néanmoins d’une amélioration de la situation de l’emploi depuis maintenant six mois (taux de chômage de l’ordre de 7% selon Eurostat), pas de quoi faire preuve d’un pessimisme démesuré…

(1) Recettes issues de l’exploitation du pétrole et du gaz en Mer du Nord (en % du PIB)

imageSource : ministère des Finances (décembre 2010)

(2) Selon l’Office Danois des Statistiques, le taux d’emploi des étrangers d’origine occidentale était de 54,1% en 2009 (57,3% pour l’ensemble des étrangers). Selon Eurostat, le taux d’emploi des femmes était au même moment de 60% en France.


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Gestion de la crise: leçons danoises à tous les étages

PC275459Rien de tel qu’un début d’année pour se livrer au jeu des pronostics. De la même manière qu’il ne fallait pas être devin pour prévoir que 2009 serait une « année grise », il n’est pas difficile de prédire que 2011 sera une année de vérité : celle où les masques finiront par tomber. Pour l’UE, les difficultés actuelles pourraient bien se traduire par une implosion de fait en deux groupes bien distincts. Ceux (pays nordiques et Allemagne) qui auront pris la mesure des défis nés de la crise et les autres, condamnés à une interminable gueule de bois.

En annonçant, lors de son discours du Nouvel An, la  suppression progressive de la préretraite, le Premier Ministre danois a peut-être renversé une situation qui, dans les sondages, semblait désespérée dans la perspective des élections, attendues pour le printemps. Pas seulement parce qu’une claire majorité de la population, consciente des enjeux actuels, soutient précisément cette réforme, mais parce que cette dernière a subitement donné à une frange encore indécise de l’électorat un sens et une cohérence à l’ensemble de l’action gouvernementale depuis le déclenchement de la crise. Parmi les principes élémentaires suivis:

1) La mise à profit de la période 2004-2007, particulièrement favorable, pour diviser la dette publique par deux, permettant l’adoption d’un plan de relance ayant compté, en proportion du PIB, parmi les plus importants du monde développé.

2) La mise à profit des exercices de prospective lancés à intervalles réguliers (dans ce cas précis le “plan économie 2015”) pour relancer l’économie. Programmée dès 2007, la réforme de la fiscalité, entrée en vigueur au 1er janvier 2010, est sous-financée dans un premier temps tout en consolidant les finances publiques à plus long terme.

3) L’implication de l’ensemble de la population dans le plan de redressement des finances publiques (réduction de 4 à 2 ans de la durée de perception des allocations chômage, plafonnement des allocations familiales, repoussement des allègements d’impôt accordés aux plus hauts revenus, réduction du salaire des ministres…).

4) L’annonce, depuis l’automne 2010, de réformes structurelles de long terme visant l’expansion du marché du travail, face au retour annoncé du manque de main-d’oeuvre: pension d’invalidité et aujourd’hui préretraite.

5) Le lancement complémentaire d’un nouvel exercice de prospective, le “plan économie 2020” incorporant ces réformes structurelles et appelé à inclure d’autres initiatives destinées à s’assurer de l’atteinte d’objectifs par avance définis. Une manière efficace de renforcer la cohésion nationale en mettant au point une cartographie des obstacles à surmonter sur le chemin menant à la préservation du niveau actuel d’Etat-providence…

En résumé, face à l’incontournabilité du “travailler plus nombreux, plus et plus longtemps”, les autorités danoises ont, en l’espace d’un an et demi, remis à plat le fonctionnement du service de l’emploi (communalisation des jobcenter, réforme du mode de placement des demandeurs d’emploi), incité au travailler plus en abaissant la fiscalité sur le travail, réduit de moitié la durée de perception des allocations chômage et annoncé leur intention d’interdire l’octroi d’une pension d’invalidité pour les personnes de moins de 40 ans et de supprimer la préretraite pour les personnes aujourd’hui âgées de moins de 45 ans (avec comme objectif final d’augmenter l’âge de départ effectif moyen à la retraite, aujourd’hui de 61,3 ans).

Ces efforts ne seront pas suffisants pour assurer la soutenabilité des finances publiques danoises à plus long terme. Le Conseil des Sages pointait cette semaine du doigt le risque d’un déficit public augmentant de manière constante entre 2020 et 2050, date à laquelle il serait proche de 3%. “Nous ne croyons pas qu’un déficit continuel évoluant autour de 3% du PIB pendant 30 ans soit tenable” estimait son directeur dans la presse (1). D’où l’utilité du “plan économie 2020”…

Les réflexions sont donc désormais clairement orientées sur le long terme et la correction des déséquilibres qui risquent de survenir. Par contraste, a t-on une idée des défis budgétaires que la France rencontrera après 2013, année marquée par le très hypothétique retour du déficit budgétaire sous la barre des 3%? A t-on une idée sur la manière de réduire l’écart de près de 200 milliards d’euros constaté avec l’Allemagne en termes de solde de la balance commerciale (2)?

(1) http://www.business.dk/oekonomi/underskud-forsvinder-ikke-med-efterloennen

(2) http://bercy.blog.lemonde.fr/2011/01/07/commerce-exterieur-france-457-milliards-allemagne-141-milliards/

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Le Danemark en 2020

IMG_0207Face aux défis posés par la crise actuelle, on peut choisir de lancer un emprunt national afin de financer les soi-disantes “dépenses de l’avenir” (1). Par exemple le “nucléaire de demain”. On peut aussi, comme vient de le faire le gouvernement danois, faire un état des lieux et relancer les exercices dits de “planning stratégique” ou de prospective. Mis en place en septembre 2009, le Forum de la Croissance, structure informelle rassemblant des représentants du monde académique, les partenaires sociaux et une majorité de membres du secteur privé, dispose depuis quelques jours du cadre dans lequel inscrire ses travaux: dix objectifs ont en effet été édictés par Lars Løkke Rasmussen à l’horizon 2020 (2).

Ces dix objectifs succèdent officieusement à ceux contenus dans le  “plan économie 2015”, que la crise actuelle est venue renverser. Ils font également suite à un “plan économie 2010” abandonné en cours de route car à l’inverse victime de son succès: la période 2004-2008 a été si faste pour l’économie danoise que les objectifs qu’il contenait avaient été atteints dans leur quasi-totalité avec deux ans d’avance. On pourra toujours objecter qu’échafauder aujourd’hui des objectifs pour 2020 part d’un évident calcul, de la part du gouvernement danois, de porter l’attention sur un avenir supposé brillant en comparaison avec la morosité actuelle. On pourra également relever que ces objectifs étant si éloignés, il n’engagent à rien et que dans le cas où ils ne seraient pas atteints, il ne viendrait à personne d’en tenir pour responsable un gouvernement au pouvoir sans discontinuer depuis 2001 et qui le perdra sans doute d’ici 2020.

Heureuse ou malheureuse, l’issue de ces exercices de prospective donne néanmoins lieu au lancement de réflexions, à l’organisation de débats et à l’adoption d’une logique d’introspection qui manque parfois tant ailleurs. D’autre part, comment ne pas interpréter l’absence de tout exercice sérieux de prospective à moyen terme et donc le refus de se fixer des objectifs précis comme un signe qu’un pays a peur de son avenir?

Les dix objectifs du Danemark à l’horizon 2020 (3)

– Le Danemark doit être parmi les dix premiers pays les plus riches du monde tel que mesuré en termes de PIB par habitant. Un objectif qui appelle deux remarques. Tout d’abord, il est à espérer que le PIB aura été remplacé d’ici là par un indicateur plus complet. D’autre part, le Danemark occupait, avant la crise, la 12ème place du classement. Les déroutes irlandaises et islandaises l’ont sans doute d’ores et déjà replacé dans le top 10.

– Le Danemark doit être parmi les trois premiers pays du monde en termes de nombre d’entrepreneurs (en 2006, le pays occupait la 6ème place au sein de l’OCDE).

– Le Danemark doit avoir une offre totale de main-d’oeuvre parmi les dix plus élevés du monde. Lors du déclenchement de la crise, le pays occupait la 14ème place, avec un taux d’emploi très élevé (78%), mais un nombre d’heures travaillées en-dessous de la moyenne OCDE. Les femmes étant d’ores et déjà nombreuses sur le marché du travail, une réforme du dispositif de préretraite semble inévitable pour accroître davantage le taux d’emploi. Quant au nombre d’heures travaillées, il faudrait, en plus des effets positifs attendus par la réforme fiscale du mois de janvier, une remise en cause de la norme des 37 heures communément admise dans le cadre des conventions collectives…

– Les collégiens et lycéens danois doivent rejoindre top 5 mondial en lecture, mathématiques et dans les matières dites naturelles (géographie, sciences physiques, biologie…). Un des objectifs les plus ambitieux si l’on considère que les dernières enquêtes PISA placent le pays dans la moyenne OCDE.

– Le Danemark doit avoir au moins une université dans le top 10 européen. L’université de Copenhague occupe la 15ème place du classement du Times Higher Education (mais la 51ème place au niveau mondial).

– L’espérance de vie au Danemark doit être une des dix plus élevées au monde. L’objectif le plus ambitieux, puisque le pays occupait en 2007 la 20ème place sur 26 pays appartenant à l’OCDE.

– Le Danemark doit avoir une efficacité énergétique le plaçant dans le top 3 mondial (numéro 4 en 2006) et doit également être un des trois pays ayant le plus fait augmenter la part représentée par l’énergie renouvelable.

– Le Danemark doit être un des pays européens les plus performants en termes d’intégration des étrangers non-occidentaux sur le marché du travail. Pour mémoire, le taux d’emploi des étrangers non-occidentaux est passé de 34,7% en 1997 à 56% en 2008.

– La probabilité d’être la victime d’un crime ou d’un délit doit être une des plus faibles au sein de l’UE (en 2005, le Danemark occupait la 5ème place sur 18).

– L’économie danoise doit continuer à être une des cinq économies mondiales les plus performantes sur la base de la compilation d’une série d’indicateurs (chômage, finances publiques, inflation, balance des paiements). Le pays occupe aujourd’hui la 4ème place du classement 2009 de la compétitivité réalisé par l’OCDE.

Le Forum de la Croissance tiendra plusieurs réunions au cours de l’année 2010 afin de dresser un état des lieux et de proposer des pistes à suivre pour atteindre ces objectifs, en sachant que la remise en cause du glissement relatif du pays, au cours des dernières années, en termes de PIB par habitant, doit à une croissance de la productivité significativement moins élevée qu’ailleurs.

D’où l’intérêt de ces exercices de prospective, qui permettent en toute franchise d’aborder certaines problématiques autrement passées sous silence. Une de ces problématiques concerne l’attractivité du pays pour la main-d’oeuvre étrangère qualifiée (rappelons que la soutenabilité des finances publiques danoises passe par des initiatives visant l’expansion du marché du travail), qui fait l’objet ces derniers mois d’une attention croissante.

De nombreuses analyses montrent en effet que non seulement les étrangers qualifiés qui viennent s’installer au Danemark sont trop peu nombreux, mais qu’ils repartent du pays trop vite…La faute aux Danois, qui se présentent eux-mêmes comme très ouverts mais avec lesquels il est difficile d’entretenir des relations sociales, au niveau d’imposition décourageant et au manque d’écoles internationales.

Vous souvenez-vous du diagnostic stratégique France 2025 et du site internet www.france2025.fr mis en place à grands renforts de publicité, le 1er octobre 2008, afin d’inclure brièvement (le site n’est plus accessible…) les contributions de nos concitoyens? Avez-vous entendu notre gouvernement parler des changements que la crise actuelle ne manquera pas d’apporter à cet “exercice” de prospective? Si la réponse est non, alors vous avez compris le court-termisme qui n’a eu de cesse de guider notre classe politique ces dernières années et les “résultats” qui en découlent, éclipsés encore aujourd’hui par une nouvelle dose d’autosatisfaction…(4).

(1) “Grand emprunt, grosse bavure”, Le Monde, 25 novembre 2009 http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/11/25/grand-emprunt-grosse-bavure_1271838_823448.html

(2) http://www.venstre.dk/fileadmin/venstre.dk/main/files/taler/llr_lmloerdag09.pdf

(3) “Comeback i velstand kræver 50 000 ekstra job”, Børsen, 23 novembre 2009

(4) “Quand Sarkozy le modeste vante son plan de relance”, Libération, 1er décembre 2009 http://www.liberation.fr/economie/0101606065-quand-sarkozy-le-modeste-vante-son-plan-de-relance

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Le rapport final de la commission emploi et le « forum de la croissance » ou les deux boussoles de l’économie danoise

SPM_A0562La stabilisation de la situation économique aidant, l’heure est à la relance des exercices de prospective. La plupart des économistes étant visiblement incapables de prévoir le déclenchement de crises comme celle que nous traversons, il serait facile de remettre en cause la pertinence de la mise au point d’un “plan économie 2015” et encore plus d’une “France 2025” d’autant plus énigmatique que l’échéance est éloignée (1). La vérité est pourtant que de tels exercices, à condition de rester basés sur des projections de moyen terme (une décennie au plus), sont indispensables. En supprimant en 1992 les plans quinquennaux (dans le cadre du Commissariat au Plan), la France s’est privée d’un instrument précieux. Avec les conséquences fâcheuses que nous connaissons tous: une gestion des affaires au jour le jour, qui nous empêche notamment de saisir que la série de déficits budgétaires constatée depuis trente ans ne peut se poursuivre indéfiniment.

En rendant ses conclusions le 20 août dernier, la commission emploi ne rentre pas à proprement parler dans la catégorie des exercices de planning stratégique. Elle offre néanmoins au Danemark les clés de l’expansion de son marché du travail, seule voie possible pour assurer la soutenabilité des finances publiques et donc du niveau d’Etat-providence à moyen terme, dès lors que la piste de l’augmentation des prélèvements obligatoires est écartée (2). Autrement dit, la mise en oeuvre des recommandations de la commission emploi constituent la condition sans laquelle tout exercice de prospective un tant soit peu ambitieux est voué à l’échec. Parmi ces recommandations:

La suppression progressive du dispositif de préretraite. Créé en 1979 pour faire face à la montée du chômage, ce dispositif, ouvert aux personnes ayant entre 60 et 65 ans, est un luxe que le Danemark ne peut plus se payer. En dépit des nombreux durcissement dont il a fait l’objet, un individu en bonne santée (deux tiers des bénéficiaires seraient ainsi capables de poursuivre une activité professionnelle) peut ainsi percevoir 832 000 couronnes danoises (environ 110 000 euros) entre 60 et 65 ans de la part de l’Etat danois sans aucune autre obligation que d’en reverser une partie au titre de l’impôt sur le revenu.

Le raccourcissement de la durée de perception des allocations chômage. Aujourd’hui fixée à 4 ans, elle est une des plus élevées au sein de l’OCDE. La commission emploi préconise ainsi un système flexible ou la durée de perception oscillerait entre 2 et 3 ans en fonction de la conjoncture sur le marché de l’emploi. Afin d’inciter davantage de gens à s’assurer contre le chômage, le montant de la cotisation à une caisse d’assurance-chômage serait de plus divisé par deux.

L’octroi d’un “bonus” de 10 000 couronnes (1350 euros) aux étudiants obtenant leur licence trois ans après le baccalauréat. Une manière d’abaisser l’âge moyen de fin d’études, qui atteint 28 ans au Danemark. Un bonus qui vient donc s’ajouter à l’allocation étudiante (SU), versée en principe pendant jusqu’à 70 mois et  fixée à 2574 couronnes (345 euros) dans le cas où l’étudiant vit chez ses parents, à 5177 couronnes (695 euros) lorsqu’il dispose de son propre logement (revenu imposable) (3).

La mise en place d’une alternative à l’octroi d’une pension d’invalidité permanente. Il est en effet contre-productif de constater qu’une partie des quelques 240 000 bénéficiaires de la pension d’invalidité voient leurs capacités s’améliorer sensiblement, au point parfois de pouvoir reprendre une activité professionnelle.

Le recours accru à la main-d’oeuvre étrangère qualifiée, à travers l’assouplissement des règles entourant la délivrance de permis de travail, est également citée par la commission emploi. Son impact serait toutefois marginal en termes de contribution au financement de l’Etat-providence.

Mises en oeuvre dans leur totalité, les 44 propositions de la commission emploi permettrait d’apporter 27 milliards de couronnes (3,6 milliards d’euros) supplémentaires par an à l’Etat danois. Un montant presque deux fois plus élevé que le manque de financement actuel, estimé à 14 milliards de couronnes (1,9 milliard d’euros). Seul problème, la situation tendue sur le marché de l’emploi (taux de chômage officiel de 3,7% en juillet, 5,9% selon Eurostat), qui ne se prête donc pas à l’adoption de telles réformes. Le gouvernement entend donc se donner du répit jusqu’à 2011, année des prochaines élections parlementaires.

Un répit mis à profit pour donner naissance à une nouvelle forme d’exercice de prospective: le “Forum de la croissance”, dont les membres viennent d’être nommés (4). Ce dernier remplace ainsi le Conseil de la mondialisation, à l’origine de la fameuse “stratégie mondialisation” de 2006 (5). L’objectif est de préparer l’économie danoise à une série de défis: renforcement de la compétitivité du pays, soutenabilité des finances publiques, expansion du marché du travail, adaptation du système éducatif à la mondialisation, croissance verte…

L’idée d’un “Forum de la croissance” est intéressante à plus d’un titre. Elle se distingue à de nombreux égards de la mise en place dans notre pays d’une énième commission chargée de définir les “priorités stratégiques” de l’emprunt national (6).

Dans sa composition tout d’abord, puisque tous les secteurs qui comptent sont représentés (par contraste, il est difficile de ne pas remarquer en France l’absence de tout représentant du monde syndical ou de tout entrepreneur…) avec un clair penchant vers le monde de l’entreprise dans un cas (Danemark) contre une claire surreprésentation de fonctionnaires d’Etat dans l’autre (France). L’occasion de souligner qu’aussi brillants que soient nos énarques, ils n’ont pas toujours le sens des réalités. Sans compter que les deux personnalités chargées de présider la commission sur l’emprunt sont deux “vieux grognards” qui ne sont certainement pas les mieux placés pour offrir une vision d’avenir…

Dans son fonctionnement ensuite: le “Forum de la croissance” ne rendra pas de rapport. Composé de personnalités aux orientations politiques très variées, son but est de tester les idées et propositions de chacun des intervenants.

La France est donc plus que jamais prisonnière de ses vieux shémas de pensée. L’élection, en 2007, du locataire actuel de l’Elysée, est d’autant plus regrettable qu’elle n’a fait qu’accentuer les traits culturels et les habitudes néfastes à la base des difficultés rencontrées par notre pays. Le plus longtemps nous éviterons de nous regarder dans le miroir, plus dure sera la chute…

(1) https://courrierdanemark.wordpress.com/2008/10/05/france-2025-versus-danemark-2015/

(2) http://www.amkom.dk/media/22520/2k_pixi_velfaerd_kraever_arbejde.pdf

(3) http://www.su.dk/SU/satserSU/videregaaende/Sider/default.aspx

(4) http://stm.dk/_p_12918.html

(5) http://www.globalisering.dk/page.dsp?page=259

(6) http://www.liberation.fr/politiques/0101587131-la-composition-de-la-commission-sur-l-emprunt

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France 2025 versus Danemark 2015

Image00001 La crise financière étant le sujet incontournable du moment, une nouvelle est passée inaperçue cette semaine: le lancement du site internet dédié à “France 2025”, exercice ambitieux de prospective (ou de planning stratégique) appelant chaque citoyen à “faire un état des lieux de notre pays” et à formuler des recommandations via un “espace contributions”, le tout complété par les travaux de plusieurs commissions sur huit “sujets majeurs” (1).

Comme l’indiquait le Figaro cette semaine, “Les internautes sont notamment invités à « commenter », « amender » et « exprimer leurs convictions » sur ce travail de prospection commencé en avril et qui s’inspire de projets similaires en Grande-Bretagne et au Danemark” (2).

Comme indiqué dans mon premier article, intitulé “Prospective”, la référence faite au Danemark au moment du lancement de France 2025 pose problème dans la mesure où elle omet de mentionner le véritable fondement de la prospective “à la danoise”, à savoir le “plan économie 2015”, et que l’échéance choisie en France est peu crédible face à celle de nos amis danois.

Que s’est-il passé depuis ce premier constat?

1) La France est entrée en récession “technique” (croissance négative durant deux trimestres consécutifs), alors que les prévisions de croissance pour 2008 étaient les mêmes que pour 2007 (fourchette de 2 à 2,5%).

2) Au Danemark, le seul exercice qui se projette aussi loin que “France 2025”, à savoir l’accord sur l’Etat-Providence de 2006 (marqué notamment par l’élévation de l’âge minimum pour bénéficier du dispositif de préretraite de 60 à 62 ans entre 2019 et 2022 et de l’âge de la retraite de 65 à 67 ans entre 2024 et 2027) est aujourd’hui dénoncé par la commission sur l’emploi, chargée de trouver les moyens d’accroître significativement la main-d’oeuvre dans le but d’assurer à l’horizon 2015 le même niveau d’Etat-Providence qu’aujourd’hui, malgré le contexte actuel de manque de main-d’oeuvre (3).

Deux évolutions qui jettent de sérieux doutes sur la pertinence de “France 2025” (qui peut ainsi être interprété comme un exercice de fuite en avant) et qui amènent aux interrogations suivantes:

Comment peut-on encore faire croire à des projections réalistes sur plus de 15 ans lorsque le gouvernement actuel s’est révélé incapable d’anticiper ne serait-ce qu’un  semblant de ralentissement économique entre 2007 et 2008?

Comment peut-on insister sur la solidité du projet « France 2025 » lorsque les autorités danoises sont aujourd’hui sommées par la commission sur l’emploi de remettre en cause un accord aussi important que celui sur l’Etat-Providence à peine plus de deux ans après sa signature et ce malgré la prudence dont elles font généralement preuve dans leurs prévisions?

Comment peut-on manipuler les électeurs en assurant que les travaux des différentes commissions mises en place dans le cadre de « France 2025 » seront suivis d’effet lorsque le gouvernement actuel, face à la crise financière, appelle honteusement à faire preuve de “flexibilité dans l’application du Pacte de Stabilité et de Croissance”, ce dernier constituant pourtant le plus grand rempart contre la naviguation à vue des économies européennes à moyen et long terme? (4)

La France en 2025? Pourquoi pas la France en 2050? Voici en tous les cas les prévisions qui me semblent les plus crédibles dans le cas malheureux où François Bayrou ne serait pas élu à la Présidence de la République (5):

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Preuve que l’échéance choisie par les danois est la bonne, il ne se passe pas un jour sans que le plan économie 2015 ne soit cité dans la presse et ne suscite de débats sur les moyens d’atteindre les objectifs qu’il contient. “Gouverner c’est prévoir”, disait Emile de Girardin. J’ajouterais pour ma part ceci: “Gouverner, c’est prévoir ce qui peut être prévu”.

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(1) http://www.france2025.fr/xwiki/bin/view/PresentationProjet/

(2) http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2008/10/01/01011-20081001FILWWW00711-eric-besson-lance-le-site-france-.php

(3) La commission sur l’emploi appelle ainsi, dans ses conclusions préliminaires, à avancer à 2009 la date d’entrée en vigueur des dispositions sur les préretraites et sur les retraites. http://www.amkom.dk

(4) “Le G4 s’engage à porter secours aux établissements financiers européens en difficulté”, Le Monde, 4 octobre 2008 http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/04/le-g4-s-engage-a-porter-secours-aux-etablissements-financiers-europeens-en-difficulte_1103179_1101386.html#ens_id=1102984

(5) Blog Coulisses de Bruxelles, 29 septembre 2008. http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2008/09/faillite-franai.html#more

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Plan économie 2015

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Une fois admise la nécessité de recourir à des exercices de projection dont l’échéance ne saurait, sous peine de manquer de rigueur, dépasser les 7/8 ans, il reste à en définir un contenu et une méthode d’élaboration (1). La prospective version danoise offre à cet égard quelques enseignements utiles :

1) Le précédent exercice, intitulé « plan économie 2010 », élaboré en 2001 par une coalition formée par les sociaux-démocrates et le parti radical, a été repris par le gouvernement actuel, au pouvoir depuis cette date. Preuve est donc donnée que de tels exercices sont pris avec assez de sérieux pour ne pas être défaits à chaque élection, l’immense majorité des acteurs du monde politique étant capable de saisir la pertinence des grands objectifs édictés.

2) Ces objectifs, bien qu’ambitieux, sont réalistes : le remplacement du plan économie 2010 avant son arrivée à échéance reflète son indéniable succès : en dehors de la maîtrise de la consommation publique, tous les objectifs inclus dans ce plan ont été atteints dès 2007. Pour sa part, le « plan économie 2015 » fixe deux objectifs centraux, à savoir l’augmentation de la main-d’œuvre de 20 000 personnes et le maintien du temps de travail moyen d’ici cette date.

3) Dans la mesure où ces exercices s’efforcent d’être rassembleurs, l’instauration d’éventuelles commissions en leur sein renforce la légitimité de ces dernières, un aspect non négligeable dont l’absence explique d’ailleurs les prises de distance avec la récente commission Attali (malgré l’indéniable qualité de certaines des propositions avancées). A ce propos, deux commissions pour le moins complémentaires, l’une sur l’emploi, l’autre sur la fiscalité, sont chargées de réfléchir aux meilleurs moyens d’atteindre les objectifs définis dans le « plan économie 2015 ». Elles rendront leurs conclusions en 2009.

4) Ces exercices de prospective permettent de parvenir à un consensus entre gouvernement et opposition sur des thèmes cruciaux. Le « plan économie 2010 » a ainsi permis de déboucher sur un accord stipulant le maintien d’excédents budgétaires au cours des périodes favorables (le « plan économie 2015 », prenant acte du ralentissement de l’économie, vise « seulement » l’équilibre dans le pire des cas!), ainsi que l’utilisation des périodes de croissance pour réduire la dette publique.

C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles que la dette publique danoise a pu être abaissée à 25% du PIB fin 2007, contre 50% en 2003 et 82% en 1993!  (les autres raisons feront ultérieurement l’objet d’une analyse spécifique dans le cadre d’autres entrées). Le « plan économie 2015 » reconduit cette politique vertueuse (qu’il est, soit dit en passant, indispensable de mener afin de faire face aux défis posés par le vieillissement de la population), en visant une réduction supplémentaire à 15% d’ici cette date.

D’où les propositions suivantes :

A l’heure où notre dette publique atteint les 1250 milliards d’euros et que les dépenses en intérêts qui lui sont associées dépassent les recettes apportées par l’impôt sur le revenu (!), réduisant chaque jour  davantage les marges de manoeuvre de nos gouvernements (et par là l’abstentionnisme au moment des élections…), ne serait-il pas temps de dégager un consensus sur la nécessité d’élaborer, dans le cadre d’un exercice de prospective de moyen terme, un plan raisonnable mais constant de désendettement ?

– Une fois admise cette necessité, pourquoi ne pas ajouter à ce plan de prospective (comprenant au Danemark, outre le choix du désendettement et les deux objectifs cités précédemment, des objectifs en termes d’environnement, de maîtrise de la consommation publique, d’éducation…) une dimension sociale, comme proposé  aujourd’hui par le parti radical danois, afin de ne laisser personne sur le bord de la route (2) ?

(1) Pour en savoir plus sur le « plan économie 2015 » (en danois): www.stm.dk/publikationer/2007/mod_nye_maal_danmark_2015.pdf

(2) Radikale Venstre, parti d’opposition (bien que le terme ne soit pas tout à fait exact, dans la mesure où, agissant d’une manière responsable, il lui arrive de voter en faveur des propositions du gouvernement), est d’orientation centre-gauche: www.radikale.dk

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Prospective

IMG_0303L’abandon de tout exercice de projection depuis 1992 a logiquement coïncidé avec l’affaiblissement de la capacité des différents gouvernements qui se sont succédés depuis lors à conduire les réformes dont notre pays a aujourd’hui cruellement besoin.

L’activisme forcené dont fait preuve la majorité actuelle ne saurait changer ce constat tant qu’il n’existe pas de véritable vision qui le sous-tende.

Dans ce contexte, la présentation, au cours du mois d’avril, de l’exercice de prospective « France 2025 », censé aboutir d’ici la fin de l’année,  semble à première vue aller dans le bon sens puisqu’elle tente de combler un manque et de faire de la concertation le maître mot.

Conscient des insuffisances de notre pays dans ce domaine, Eric Besson, Secrétaire d’Etat chargé de la prospective, de l’évaluation des politiques publiques et du développement de l’économie numérique, soulignait le point suivant : « Malgré son expérience en matière de planification, la France  s’est laissée distancer, pour tout ce qui concerne la prospective, par différents pays, au nombre desquels le Royaume-Uni et le Danemark, qui conduisent des exercices de planning stratégique » (1).

La référence faite au Danemark dans le cadre du lancement de « France 2025 » pose néanmoins deux problèmes majeurs :

1) Elle repose exclusivement sur la stratégie mondialisation présentée par le gouvernement Rasmussen en avril 2006, quand bien même ce dernier thème ne constitue qu’un des huit angles d’approche de « France 2025 ». La note de veille du Centre d’Analyse Stratégique sur ce sujet fait preuve de la même omission : le Danemark n’est cité que dans la mesure où il a mis en œuvre cette stratégie (2). Or, la véritable référence danoise en termes de prospective est au moins autant sinon plus constituée par le « Plan Economie 2015 », présenté en  août 2007. C’est bien ce dernier, basé sur le cadrage à moyen terme des grandes variables macroéconomiques, qui doit être mis en évidence, étant bien entendu qu’il vient en complément d’autres réformes qui l’ont précédé (notamment l’accord sur l’Etat-Providence de 2006).

2) Une fois prise en compte l’échéance des exercices de projection (que ce soit la stratégie mondialisation ou le « plan économie 2015 », l’horizon est le même, à savoir 2015), il est d’ores et déjà permis de douter de la pertinence des prévisions avancées dans le cadre de « France 2025 ». Il faut en effet convenir qu’entre une projection sur 8/9 ans et une autre sur 17 ans, dans le monde particulièrement changeant qu’est le nôtre, le choix devrait être évident…

Certains objecteront que les danois se projettent bien jusqu’à 2027 dans le cadre de l’accord sur l’Etat-Providence de 2006 (l’âge de la retraite devant ainsi passer de 65 à 67 ans entre 2024 et 2027, à raison de 6 mois par an), mais ce bond dans le temps est limité à des évolutions démographiques qui sont parmi les seules à pouvoir être modélisées relativement précisément.

En résumé, entre les petits calculs politiques de court terme et une (trop) imprévisible « France 2025 », la France refuse toujours de suivre la seule voie qui soit raisonnable. Comme si, décidément, notre pays avait une peur bleue de l’avenir.

D’où la proposition suivante : A quand un « plan économie 2020 », Monsieur Bayrou, lorsque vous aurez conquis la Présidence de la République en 2012?

(1) « Lancement de France 2025 – diagnostic stratégique », discours d’Eric Besson, http://www.premier-ministre.gouv.fr/chantiers/lancement_diagnostic_strategique_france_59804.html

(2) « Le diagnostic stratégique France 2025 », La note de veille numéro 97, Centre d’Analyse Stratégique, avril 2008 http://www.strategie.gouv.fr/article.php3?id_article=81

Le rapport France 2025: http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/084000246/index.shtml

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