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Det Radikale Venstre (Danemark) et Mouvement Démocrate (France), même combat!

P2196670Il est des évènements qui vous rendent fiers de vos couleurs politiques. Ce qui vient de se passer au Danemark va même plus loin, rappelant à chacun d’entre nous la conception véritable de ce que devrait être l’engagement libéré de tout calcul, de toute nécessité ou de toute hypocrisie.

Quelque mots sur le contexte politique d’abord. Une formation politique peut entrer au Parlement danois (Folketing) dès lors qu’elle a obtenu 2% des suffrages exprimés au niveau national. D’où la nécessité de former, dans la plupart des cas, des coalitions parlementaires rassemblant trois, voire quatre formations afin de disposer d’une majorité (90 sièges). C’est le cas de la coalition actuelle au pouvoir depuis 2001, composée des libéraux, des conservateurs et du parti nationaliste, coalition à laquelle s’est joint un nouveau parti ultra-libéral en 2007.

Toujours donnée gagnante d’élections pouvant désormais être convoquées dans les jours qui viennent (mais au plus tard en novembre 2011), l’opposition est quant à elle composée du parti social-démocrate, du parti socialiste et du parti social-libéral (Det Radikale Venstre), une petite formation d’extrême gauche (liste unité) pouvant la soutenir épisodiquement. La logique est donc celle d’un affrontement bloc contre bloc. Sauf lorsque, comme aujourd’hui, Det Radikale Venstre, qui ne dispose que de 9 sièges sur 179, décide unilatéralement d’en sortir en raison du contenu des discussions entourant un plan sans lequel aucune élection ne pouvait être tenue dans l’intérêt du gouvernement actuel, le “plan économie 2020”.

Première remarque: nos deux systèmes politiques sont radicalement différents, mais cela n’empêche pas certaines formations de partager, au-delà des frontières, des principes d’action sur lesquels elles ne transigent pas. Le Mouvement Démocrate dénonce un affrontement droite/gauche stérile. Comme le rappelait François Bayrou le week-end dernier, “le vrai centre n’est ni la gauche, ni la droite” (1). La leader de Radikale Venstre, Margrethe Vestager, ne se différencie en rien de cette position de principe, elle qui avait récemment les mots suivants dans la presse: “Ils (parti social-démocrate et parti socialiste) ont leur stratégie, nous en avons une autre. Il est clair pour tout le monde que nous sommes opposés à la logique de bloc contre bloc (…)” (2).

Retour sur le “plan économie 2020”. Ce dernier vise à assurer l’équilibre des finances publiques à l’horizon 2020, à travers l’adoption de réformes visant l’expansion du marché du travail. Parmi elles, la suppression progressive du dispositif de préretraite (ou un modèle qui s’en approche), qui figure justement au programme de Radikale Venstre. D’où l’accord conclu le 13 mai avec le gouvernement à ce sujet, au grand dam d’Helle Thorning Schmidt, leader du parti social-démocrate d’opposition, que Radikale Venstre  souhaite pourtant voir occuper le poste de Premier Ministre. Un accord passé quel qu’en soit le prix à partir du moment où il colle aux idées du parti: effritement de l’avance de l’opposition dans les sondages et menaces à peine voilées des partenaires socialistes.

Deuxième remarque: les menaces mentionnées précédemment pourraient déboucher, en cas de victoire de l’opposition, sur l’exclusion de Radikale Venstre d’un éventuel gouvernement composé des sociaux-démocrates et des socialistes. Une perspective à laquelle Margrethe Vestager répondait de cette manière: “Pour nous, le but ultime n’est jamais de participer à un gouvernement. C’est celui de conduire une politique estampillée radikale” (3). Une intransigeance qui ne va pas sans rappeler une autre: dans l’espoir de remporter les présidentielles afin de parvenir à changer des règles institutionnelles désuètes, le Mouvement Démocrate a toujours refusé la compromission. Ceux ayant choisi le chemin inverse, plus facile, en payent le prix (il suffit d’aller faire un tour au-delà de la Manche, chez les LibDems britanniques)…

Radikale

Seule une poignée de formations politiques restent prévisibles dans le sens où elles font preuve d’abnégation en toutes circonstances. C’est paradoxalement cette prévisibilité qui rend, dès le départ, certaines élections incertaines. N’en déplaise à certains observateurs, pour qui le scrutin danois était joué d’avance…

Troisième remarque: Moralité, mieux vaut défendre ses idées avec honnêteté et cohérence, plutôt que de jouer à la girouette (jeu qui consiste dans certains cas à aller à la soupe pour ensuite cracher dedans tout en assurant que c’est la meilleure). Il en va tout simplement du respect de l’électeur.

Un dernier point pour la route, qui nous est donné par Zenia Stampe, vice-présidente du parti social-libéral, et qui illustre bien, pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris (ou qui font semblant de ne pas comprendre), le principe d’action guidant nos deux formations: « La question n’est pas de savoir avec qui on négocie, mais ce à propos de quoi on négocie » (4). Cela s’appelle le pragmatisme, la seule arme qu’il nous reste pour remettre la France sur les rails.

(1) http://politiken.dk/politik/ECE1275779/vestager-og-thorning-er-midt-i-en-magtkamp/

(2) http://www.mouvementdemocrate.fr/medias/bayrou-europe1-080511.html

(3) http://politiken.dk/politik/ECE1273697/kommentator-der-er-kommet-uhoert-dramatik-i-dansk-politik/

(4) http://blog.politiken.dk/stampe/2011/05/12/k%c3%a6re-s-og-sf-lad-os-nu-finde-ud-af-det/

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Poursuivre l’aventure au sein du Mouvement Démocrate

imageDes élections régionales qui viennent de s’achever, Courrier Danemark souhaite tout d’abord rappeler quelques enseignements succincts. En premier lieu qu’il est justement difficile de tirer des conclusions tranchées au vu du niveau d’abstention. Que dans ce contexte, la « victoire » du PS ne signifie pas grand-chose, même si l’issue du scrutin vient faire taire les voix des prophètes déclarant, suite aux élections européennes, que la réélection du locataire actuel de l’Elysée était quasiment assurée. Qu’on ne peut ensuite que s’offusquer du retour du Front National, bien aidé en cela par le débat sur l’identité nationale lancé par le gouvernement. Enfin, que l’échéance de 2012 donne lieu à un jeu extraordinairement ouvert, une caractéristique que les incertitudes économiques et sociales ne font que renforcer.

Il est indéniable que le score réalisé par le Mouvement Démocrate est une nouvelle fois en-dessous des attentes. Basée sur le principe d’une totale indépendance, la stratégie suivie depuis 2007 doit néanmoins être poursuivie.  Il est inconcevable de renoncer à l’objectif de briser l’alternance droite/gauche et faire voler en éclat cette “démocratie bipolaire” que certains voudraient voir gravée dans le marbre.

Ce n’est qu’à partir du moment où l’on gagne la mère des batailles, à savoir la présidentielle, que l’on est en mesure de changer des règles électorales faisant peu de cas du principe de proportionnalité et que l’on peut surfer sur une dynamique donnant des résultats électoraux plus significatifs au niveau local.

Interrogé pendant l’entre deux-tours des régionales, Jean Lassalle résumait parfaitement les choses: “Il s’agissait de notre dernière élection en souffrance, j’en fais le pari. Le tout, c’est de rester en vie” (1).

S’inscrire raisonnablement dans la durée, en considérant que les vrais bilans devraient être tirés après 2012, afin de donner un minimum de temps à notre mouvement pour se faire connaître et proposer une véritable alternative, semble donc tout à fait naturel. C’est en tous les cas conforme à la ténacité et l’authenticité que requiert tout engagement politique.

Un des impératifs auquel le Mouvement Démocrate doit désormais faire face est d’apporter de manière systématique, lorsqu’une critique à l’encontre du gouvernement actuel est formulée, une contre-proposition. C’est en effet la seule voie pour gagner en lisibilité et renforcer un projet qui reste largement à approfondir.

Les difficultés vécues aujourd’hui par la Grèce (et peut-être par d’autres demain) illustrent le manque regrettable d’attention portée à la convergence des économies européennes. Or, cette convergence ne peut se faire par le bas. Nous sommes donc contraints de regarder du côté de ceux qui s’en sortent le mieux, en premier lieu l’Allemagne et les pays nordiques. Ayons la lucidité de reconnaître que ce n’est certainement pas d’une pause dans les réformes que notre pays a besoin mais bien d’un sauvetage en bonne et due forme.

Courrier Danemark entend continuer à participer au débat d’idées, notamment par l’intermédiaire de ce blog, mais en en changeant quelque peu le format en raison du lancement de projets adjacents. Les prochains articles seront ainsi plus concis afin de gagner en accessibilité. Toutes vos suggestions d’amélioration sont les bienvenues. Merci à tous ceux qui, par leurs mots encourageants, m’ont donné les forces de débuter et surtout de poursuivre l’aventure depuis juin 2008.

(1) http://www.lejdd.fr/Politique/Elections-regionales-2010/Actualite/Lassalle-Le-tout-c-est-de-rester-en-vie-180293/

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