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Récession: la flexicurité pour airbag

IMG_0258Ci-après un article récemment paru dans le quotidien économique Børsen sur l’utilité du modèle de flexicurité en période de récession. L’auteur est Flemming Sundø, directeur de Nordisk Kellogg’s. Il a l’avantage d’avoir travaillé dans de nombreux pays (Europe et Asie), ce qui lui permet de mettre en relief avec d’autant plus de vigueur la singularité du modèle danois (1).

Avec quelle force le ralentissement de la croissance va t-il nous toucher? La question remplit en ce moment les discussions dans les couloirs des directions à l’heure où l’économie danoise, ainsi qu’une majorité des pays du G7, sont en récession. Une partie de la réponse doit à mon sens être trouvée dans un aspect que tous les danois prennent pour donné, à savoir la mobilité de la main-d’oeuvre.

J’ai travaillé pendant 10 ans au Japon et dans plusieurs pays d’Europe de l’Ouest et d’Europe de l’Est. Au cours de cette période, j’ai pu constater de près à quel point beaucoup de ces pays étaient marqués par le manque de souplesse de leurs marchés du travail, l’exemple japonais du « Life long employment » étant le cas le plus extrême. Dans ces pays, les entreprises rencontrent des difficultés pour ajuster la main d’oeuvre à la baisse de leur chiffre d’affaires, ce qui signifie qu’une conjoncture en berne les touche durement.

A titre de comparaison, l’ancienneté moyenne sur le marché du travail danois était d’à peine 5 ans en 2005. C’est la plus basse au sein de l’Union Européenne et elle ne représente que la moitié de celle qui prévaut en Allemagne. Le modèle de flexicurité offre au marché du travail danois une flexibilité unique qui, couplée à la capacité des danois à trouver des solutions alternatives et créatives, peut aider à parer les effets les plus néfastes de la crise.

Lorsque les personnes présentes sur le marché de l’emploi sont en mesure d’utiliser leur mobilité en fonction des changements qui interviennent en termes de conditions et d’opportunités, il est également beaucoup plus facile pour les entreprises de faire de même. La flexibilité constitue ainsi l’airbag de l’économie danoise contre un éventuel ralentissement. Entrer en « mode résistance » est une bonne chose, mais passer à l’offensive est encore mieux. Dans ce pays, un de nos points faibles est que nous sommes enclins à manquer d’ambition. Si nous voulons vraiment récolter les fruits de nos capacités d’adaptation, nous devons également être prêts à voir plus grand et à nous fixer des objectifs plus élevés, surtout dans un contexte mondialisé.

Lorsque la peur du licenciement est surmontée, la motivation à saisir les opportunités  qui se présentent devient plus grande. Un des avantages liés à l’existence d’une main-d’oeuvre mobile est que les employés n’attendent pas tous de la même manière que toutes les idées et les décisions soient prises d’en haut. Les employés danois n’ont pas peur de proposer des solutions alternatives et créatives et de les suivre.

Lorsque les employés eux-mêmes co-définissent les buts et les solutions et que les employeurs osent donner leur accord à leur implication, la motivation de se battre et de naviguer vers une destination commune est beaucoup plus forte. Ceci est une force que nous devons utiliser […].

Les périodes de vaches maigres viennent et disparaissent. Nous devons tirer profit de la flexibilité qui existe dans notre pays et de nos capacités d’adaptation. Si nous parvenons à combiner ces deux éléments avec des visions de long terme et le courage d’investir juste avant que la conjoncture économique ne se retourne, nous n’avons pas seulement la recette pour nous défendre mais aussi la recette du succès. Les entreprises danoises sont en mesure d’être en haut de la vague au moment où nos concurrents à l’étranger seront encore fixés sur des questions d’ajustement des coûts.

Que retenir d’une telle tribune libre?

1) Qu’il ne serait pas surprenant que le Danemark, premier pays de l’Union Européenne touché par la récession (amplifiée par le récent mouvement de grève de huit semaines dans le secteur public), soit également le premier à sortir de la période difficile actuelle, la mobilité de la main-d’oeuvre n’y étant pas étrangère.

2) Qu’au-delà des caractéristiques habituellement mises en avant pour le définir (flexibilité, filet de sécurité constitué par les allocations chômage, formation continue développée, fort taux de syndicalisation…), le modèle danois de flexicurité est un état d’esprit basé sur un rapport employeur/employé très éloigné de notre système de management, schlérosé par une hiérarchie tellement présente qu’elle ne fait que décourager l’esprit d’initiative.

(1) Flemming Sundø « Recession: Flexicurity er stødpuden« , Børsen, 19 août 2008.

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Comment on fait face à une récession

DrapeauLa prévision de la récession

La manière dont un pays fait face à une récession dépend pour une part de l’ampleur de l’effet de surprise. A ce propos, on ne peut que constater que la France n’a rien vu venir, la prévision de croissance contenue dans la loi de finances 2008 (2,25%, comme en 2007) pouvant s’avérer au final trois fois supérieure à la croissance réelle. A ce jeu là, nos amis danois ont été plus chanceux (si toutefois c’est bien uniquement de chance dont il s’agit): en raison des élections législatives anticipées de novembre 2007, la loi de finances 2008 n’a été adoptée qu’en avril, ce qui a permis d’y intégrer le recul du PIB constaté au 4ème trimestre 2007 et de faire donc preuve de davantage de prudence (hypothèse de croissance de 1,4%, croissance aujourd’hui attendue de 1%).

La préparation à la récession

La résurgence d’une récession étant inévitable, la meilleure manière d’y faire face est de s’y préparer: dans quel état nos deux pays abordent la période de vaches maigres actuelle? Une comparaison des grands agrégats macroéconomiques s’impose (1):

2008 France Danemark
Taux de chômage 7,2% (1er trimestre) 1,6% (juin)
Solde budgétaire (loi de finances) -2,5% +3,8%
Dette publique (loi de finances) 64% 21,6%
Balance commerciale (1er semestre) – 24,4 milliards € +1,7 milliard €
Inflation (juillet) en glissement annuel 3,6% 4%

Au-delà des chiffres du chômage et du commerce extérieur, une chose saute aux yeux: les finances publiques danoises sont bien mieux armées que les nôtres. La raison? Le consensus existant au Danemark  depuis 2001 selon lequel les périodes fastes doivent être mises à profit pour dégager des excédents budgétaires et réduire ainsi la dette publique (y compris les périodes moins favorables si l’on en croit le plan économie 2015).

La négation de la récession

S’il est un point que partagent nos deux gouvernements, c’est bien celui de nier l’évidence. Du côté danois, Anders Fogh Rasmussen déclarait encore récemment qu’il ne croyait pas à la récession, préférant mettre l’accent sur les réformes à venir en termes d’emploi et de fiscalité, susceptibles selon lui d’assurer à son pays un taux de croissance moyen inchangé lors de la décennie à venir malgré les prévisions très réservées des organismes internationaux (il est vrai qu’après deux trimestres consécutifs à la baisse, le PIB est reparti à la hausse). De l’autre, Francois Fillon, qui affirme qu' »il n’est pas raisonnable de parler de récession » en dépit d’un premier recul du PIB et d’un troisième trimestre qui, selon Christine Lagarde, « ne sera pas bon » (2).

La gestion de la récession

Après deux années passées à craindre une surchauffe de l’économie, la récession est presque bénéfique au Danemark. Cela n’empêche pas l’opposition de jouer son rôle en affirmant que certaines réformes auraient du être mises en oeuvre dès les premiers signes de ralentissement de l’économie. Mais le sentiment qui domine est celui de confiance. Pour preuve, les deux commissions sur la fiscalité et sur l’emploi, instaurées en 2007, rendront comme prévu leurs travaux vers la mi-2009, l’objectif central étant de faire face au manque de main-d’oeuvre.

Autrement dit, pas de réunion théâtrale et maladroite entre un premier ministre et « l’ensemble des ministres en charge de l’économie » qui, sous couvert de rassurer et tenter de donner l’illusion du contrôle, ne fait finalement que confirmer que le gouvernement est pris de court (mais comment pourrait-il en être autrement avec une hypothèse de croissance de 2,25%?) et qui accentue la séparation entre les ministres qui comptent et les autres (désastreuse hiérarchie quand tu nous tiens…Comment expliquer que des secteurs aussi importants que la santé, l’environnement ou encore la prospective soient encore considérés comme hors du champ de l’économie?).

Un point commun tout de même dans la gestion de la crise entre nos deux pays: la volonté  bienvenue de se concentrer sur l’approfondissement des réformes et non sur la mise au point d’un plan de relance. Il n’y a qu’un PS irresponsable et peu inspiré pour en demander un…

La concertation lors de la récession

La récession qui s’annonce dans notre pays met une nouvelle fois en lumière notre rapport schizophrénique avec le monde extérieur, ici l’Union Européenne. Résumons: avant l’annonce des chiffres décevants du deuxième trimestre, on fait comme si la France s’en sortait mieux que ses partenaires européens (ce qui n’empêche pas de « taper » sur la BCE par l’intermédiaire de notre président), pour demander une action concertée une fois les chiffres confirmés…(3) Pourtant, une rapide comparaison des situations des uns et des autres suffit à montrer que les remèdes, à savoir les réformes, ne sauraient être les mêmes pour tous.

Prévisions à l’emporte pièce, laxisme dans la gestion des finances publiques en période de croissance, refus d’admettre la réalité, réflexes élitistes lorsque l’existence d’une crise ne peut plus être réfutée, inconsistance dans nos rapports avec nos partenaires européens…Et si la France manquait tout simplement de culture économique?

(1) Données de l’INSEE pour la France, de Danmarks Statistik et du Ministère des Finances pour le Danemark.

(2) « Fogh: jeg tror ikke på recession » Børsen, 19 août 2008, http://borsen.dk/okonomi/nyhed/138342/newsfeeds_rss/

« Francois Fillon se refuse à parler de récession » La Tribune, 18 août 2008, http://www.latribune.fr/info/Francois-Fillon-se-refuse-a-parler-de-recession-529-~-FRANCE-FILLON-ECONOMIE-20080818TXT-$Db=News/News.nsf-$Channel=Bourse

(3) Interview de Madame Christine Lagarde à Europe 1, 20 mars 2008, http://discours.vie-publique.fr/texte/083000930.html

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