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La France et le Danemark à la croisée des chemins

P7141654Suivre le Danemark a ceci d’intéressant qu’en tant que pays parmi les plus avancés de la planète, il joue le rôle d’éclaireur face au tsunami asiatique qui se prépare. Les projections de classement du PIB par habitant en 2020 indiquent par exemple que quatre pays asiatiques pourraient figurer dans le top 15 d’ici cette date (Singapour, Hong-Kong, Taïwan et la Corée du Sud). La Chine et l’Inde n’atteindront pas encore ces niveaux mais attirent, autre exemple, une part croissante des fonctions de R&D de nos grandes entreprises.

Face aux défis posés par l’émergence de l’Asie, il importe de réagir, à travers notamment l’adoption d’ambitieuses réformes structurelles. Cela vaut pour la France, comparativement moins affectée par la crise, et pour le Danemark, où la reprise semble néanmoins plus vigoureuse (croissance de 1,7% au second trimestre 2010, de 3,7% sur un an).

A propos de réformes structurelles, les défis s’accumulent pour le Danemark. La faute à un contexte politique figé (la coalition parlementaire au pouvoir ne dispose pas de la majorité au Folketing) dans l’attente de la tenue des prochaines élections, au plus tard à l’automne 2011. Le Danemark est en effet contraint, pour préserver le niveau actuel d’Etat-providence, de réformer en profondeur son marché du travail (allongement de la durée du travail, suppression de la préretraite, réforme de la pension d’invalidité, recours accru à la main-d’œuvre étrangère qualifiée…), de mettre un terme à l’envolée de la consommation publique (record mondial dans ce domaine), de relancer la productivité, à la base du glissement du pays dans les divers classements internationaux, sans compter tout un arsenal de mesures destinées à renforcer sa compétitivité. Le tout afin de répondre aux sombres perspectives dessinées par l’OCDE sur la période 2012-2025.

Taux de croissance moyen attendu au cours de la période 2012-2025 (OCDE)

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En résumé, le Danemark n’a pas d’autre choix que de prendre davantage conscience, au cours de la période de transition actuelle, de sa vulnérabilité et du sentiment d’urgence censé l’accompagner. La question qui doit alors naturellement se poser est la suivante: si un pays aussi avancé que le Danemark est confronté à des défis d’une aussi grande ampleur avec des fondamentaux pourtant bien plus solides que la plupart de ses partenaires européens, qu’en est-il de se qui attend la France?

Cette question a de quoi faire peur. Pensez un instant aux défis qui attendent notre pays lorsqu’il doit par avance faire face aux handicaps suivants:

La dette publique était de 82,9% à la fin du premier semestre 2010. Elle attendra vite la barre des 90% (contre 50% au Danemark). Autrement dit, notre pays ne dispose d’aucune marge de manoeuvre budgétaire.

A peine 50% des contribuables s’acquittent de l’impôt sur le revenu (90% au Danemark). Difficile dans ce cadre de convaincre qui que ce soit que le pays navigue vers une destination commune où la solidarité bénéficie d’une place de choix.

Le marché du travail est caractérisé par un taux d’emploi plus faible de plus de 10 pts par rapport au Danemark, le fonctionnement du service de l’emploi est plombé par la fusion ANPE-Unedic et l’alignement sur le modèle de flexicurité reste largement à accomplir.

L’organisation des collectivités territoriales est à revoir entièrement. A titre d’exemple, le Danemark ne dispose plus que de 98 communes et de 5 régions depuis 2007. En prenant en compte l’effet taille, l’équivalent serait d’environ 1200 communes dans notre pays. Pas 37 000…

Nos échanges extérieurs sont déséquilibrés et la mondialisation continue de faire peur. Un joli contraste avec le Danemark, qui ne jure en ce moment que par la Chine, appréhendée non pas comme une menace, mais comme un océan d’opportunités.

La réforme actuelle des retraites, perçue comme peu ambitieuse à l’étranger (mais comme inacceptable par des syndicats archaïques accrochés au dogme de la retraite à 60 ans) ne règle pas les problèmes de financement (en comparaison, le Danemark dispose du système de retraite le plus solide de l’UE avec la Suède).

Le nombre de travailleurs pauvres augmente (quoi de plus normal avec un salaire médian d’à peine 1600 euros par mois?). Les danois ont depuis longtemps compris qu’il n’y a pas que la compétitivité des salaires qui compte. Les employeurs payent d’autre part très peu de charges sociales, tandis que le taux de l’IS est dans la moyenne européenne (25%, contre 33% en France).

A société moderne, formes de management modernes (pas de cas France-Télécom au Danemark). La coupure entre les élites et le reste de la population n’est plus à démontrer, de même que la lourdeur des hiérarchies. En visite au Danemark la semaine dernière, Robin Sharma, expert dans ce domaine, soulignait notamment l’impérieuse  nécessité de faire de tous les employés des “leaders”.

La société française est atteinte d’un certain immobilisme: vérouillage des postes clés (pas ou peu de trentenaires ou de quadragénaires, faible présence des femmes, remise en cause de l’indépendance de la justice, impartialité de la presse attaquée, capitalisme de connivence), ascenseur social bloqué et sentiment répandu de déclassement. Or, qui dit faible mobilité dit faible dynamisme…

Définition de plus en plus exclusive du pays par opposition: à la mondialisation, aux réformes (avec souvent une vision étriquée des dossiers: combien de fois a t-on entendu dire, lors des négociations entourant la réforme des retraites, qu’au lieu de modifier l’âge de départ à la retraite, il valait mieux faire de la place aux jeunes?), à la Turquie dans l’UE…

Alors que l’immobilisme du gouvernement danois commence à irriter une frange croissante de la population (une majorité de citoyens serait par exemple favorable à une intervention sur les préretraites), de plus en plus consciente de l’ampleur des sacrifices nécessaires à la préservation du niveau de vie actuel, une partie des Français est dans la rue pour la conservation “d’acquis” qui n’existent déjà plus dans des pays ayant un niveau de vie comparable…Avons-nous seulement conscience de ce qui nous attend?

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Le référendum danois sur l’euro repoussé, mais pas aux calendes grecques

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Le lancement, le 22 janvier 2009, de consultations entourant une éventuelle adoption de l’euro semblait prometteuse. Les difficultés posées par le parti socialiste danois (SF), bien que sérieuses, étaient jugées surmontables, et les sondages indiquaient, à défaut d’un raz-de-marée en faveur du “oui”, une issue favorable, en raison notamment du coût représenté par le spread de taux d’intérêt entre la BCE et la Banque Centrale Danoise, qui résultait des attaques spéculatives contre la couronne danoise durant l’automne 2008 (1). Depuis lors, la crise s’est révélée être d’une ampleur telle qu’elle mobilise aujourd’hui toutes les énergies. D’où la mise au point faite le 6 octobre dernier par le Premier Ministre, Lars Løkke Rasmussen, lors du discours qui marquait l’ouverture de la session parlementaire.

Au-delà du besoin de davantage de clarté sur le Traité de Lisbonne, un référendum sur une question aussi importante que celle des exemptions danoises exige une large et solide majorité au Folketing. Cela n’a jusqu’ici pas été le cas. La crise économique a souligné qu’il serait avantageux pour le Danemark de prendre part à la zone euro. Nous avons pu constater la capacité de réaction de l’UE, qui est restée unie pour combattre la crise. Nous avons vu confirmé le fait qu’une participation à la zone euro est tout à fait conciliable avec une politique promouvant la croissance et l’emploi.

Mais, de manière paradoxale, la crise signifie aussi que le Danemark se dirige vers une situation où il n’est plus du tout certain qu’il puisse être admis dans la zone euro. L’année prochaine, le Danemark aura, tout comme une série d’autres pays, un fort déficit public en raison de la crise économique. Il est prévisible que le Danemark ne puisse, pendant une certaine période, remplir les critères d’adhésion à la zone euro. Ni les conditions politiques ni les conditions économiques ne sont donc remplies pour un référendum sur l’euro à l’heure actuelle. Nous nous trouvons dans une situation nouvelle où nous sommes contraints de réévaluer la manière avec laquelle nous abordons la question des exemptions danoises. Le gouvernement va par conséquent appeler les partis, au début de cette année parlementaire, à des discussions approfondies afin de déterminer de manière claire la position de chacun” (2).

Le discours du Premier Ministre danois appelle les remarques suivantes:

– Très ouvert sur l’extérieur (les échanges extérieurs représentaient les 2/3 du PIB en 2008), le Danemark devrait subir une récession de l’ordre de 4% en 2009. Même si les perspectives sont bien meilleures pour 2010, avec une croissance attendue comprise entre 1 et 1,5%, la crise ne sera réellement considérée comme surmontée qu’à partir du moment où le chômage repartira à la baisse, ce qui n’interviendra sans doute pas avant la fin 2010, date à laquelle le nombre de demandeurs d’emploi devrait approcher le chiffre de 170 000 (contre près de 105 000 aujourd’hui).

Les prochaines élections parlementaires étant prévues à l’automne 2011, il est prévisible que le gouvernement,  qui a grandement besoin du parti nationaliste pour gérer la période de turbulence actuelle, repousse le plus possible la date de leur tenue afin de profiter au maximum de la reprise espérée. Dans ce contexte, l’hypothèse d’un référendum sur l’euro semble donc exclue avant la fin 2011.

– L’argument du déficit public est nouveau dans le débat. Il devrait effectivement atteindre au moins 5% en 2010 et donc dépasser la limite autorisée dans le cadre du Pacte de Stabilité et de Croissance. Cet argument est également critiquable (quel pays membre de l’UE respecte encore ce critère aujourd’hui?) et traduit davantage le peu d’entrain du gouvernement à prendre des risques inconsidérés dans un contexte marqué par un retour en force des “nonistes”, comme l’indiquait un sondage réalisé au mois de mai pronostiquant pour la première fois depuis longtemps la victoire, même courte, du camp du “non” (3).

Pour autant, l’argument de doit pas être pris à la légère. Le Danemark a affiché une série d’excédents budgétaires depuis 2003, parvenant à faire passer la dette publique sous la barre des 30% au moment du déclenchement de la crise. Le pays pourrait certes demander son admission dans la zone euro sans nécessairement respecter, au moment de sa demande, le critère de déficit public, mais les Danois pourraient également faire du respect du seul critère qui leur échappera à partir de 2010 (rappelons que la France ne respecte pas non plus celui de la dette publique, qui ne repassera pas de sitôt sous la barre des 60%…) une question de fierté nationale au vu de leur réputation en la matière.

Or, poussé jusqu’au bout de sa logique, l’argument du non respect du déficit public indique qu’il est possible qu’un référendum sur l’euro ne puisse être organisé avant 2013. La Banque Centrale Danoise anticipe en effet un déficit public de l’ordre de 4,6% fin 2011, ce qui signifie que le Danemark pourrait manquer l’opportunité constituée par la présidence de l’Union Européenne, qu’il occupera au cours du premier semestre 2012, pour organiser un référendum (4).

Un raisonnement qui ne vaut toutefois que si la majorité actuelle est reconduite en 2011. Dans le cas contraire, l’argument du déficit public serait susceptible d’être levé, ouvrant la voie à un référendum au cours du premier semestre 2012. En revanche, la donne politique reste la même: au sein de l’opposition ou au pouvoir avec les socio-démocrates, le parti socialiste danois détient les clés de cette “majorité large et solide au Folketing” dont le pays ne semble pouvoir se passer…

(1) le spread de taux d’intérêt a atteint 175 point de base à l’automne 2008. Il a été réduit à 25 points depuis.

(2) http://stm.dk/_p_12951.html

(3) “Flertal siger nej til euroen” Berlingske Tidende, 14 mai 2009 http://www.berlingske.dk/politik/flertal-siger-nej-til-euroen

(4) http://www.bm.dk/da-DK/Tal%20og%20tendenser/~/media/BEM/Files/Dokumenter/Tal%20og%20tendenser/Konjunktur%20og%20arbejdsmarked/2009/Konjunktur_og_arbejdsmarked_uge_39.ashx

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