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Défense de la retraite à 60 ans (France) versus défense de la préretraite à 60/62 ans (Danemark)

P7251849Avant de poursuivre la revue (presque inépuisable une fois admise la thèse du délitement accéléré de notre pays) de ce que les Danois ont à nous apprendre, il peut sembler utile, à l’heure où la France est une nouvelle fois paralysée par la grève, de faire un dernier point sur le thème des retraites. Histoire de bien comprendre l’absurdité de la situation actuelle.

Pendant qu’une majorité de nos concitoyens apporte son soutien à un mouvement social dont les formes d’action sont en grande partie inacceptables en sans égal en Europe, une majorité de Danois se dit convaincue de la disparition, d’ici une dizaine d’années, du dispositif de préretraite. Autrement dit, au moment même où les organisations syndicales, non-représentatives, et le parti socialiste, décidément arriéré dans ses prises de position, s’accrochent au principe intenable de la retraite à 60 ans, une partie non négligeable de la population danoise se prépare à la suppression de la préretraite, dont il est aujourd’hui possible de bénéficier à partir de…60 ans.

Sous certains aspects, la réforme des retraites aujourd’hui proposée en France est critiquable. Le Mouvement Démocrate en a d’ailleurs pointé les injustices. La taille de la pilule à avaler est toutefois proportionnelle à l’inactivisme des gouvernements successifs, de droite comme de gauche, sur le sujet. La réforme actuelle est loin de régler les problèmes de manque de financement…D’où le retour du thème des retraites dès 2013 (1).

D’un autre côté, on ne peut s’empêcher de souligner le cruel manque de pédagogie de la part du gouvernement: les expériences vécues à l’étranger, y compris au Danemark, n’ont été véritablement mises en avant qu’une fois le conflit déclenché. Les carences habituelles de nos gouvernants sont d’autant plus criantes dans le contexte actuel: pas de véritable prise en compte de ce qui marche à l’étranger (dans le domaine des retraites, il aurait fallu davantage se pencher sur le modèle suédois…), absence de tout débat sur les sujets inséparables du thème des retraites (emploi des jeunes, emploi des séniors…).

Courrier Danemark s’efforce depuis plus de deux ans de mettre en lumière la répétition de travers qui sautent aux yeux vus de l’étranger. La situation actuelle dans notre pays est si mauvaise que la réforme actuelle des retraites cristallise à elle seule tous les mécontentements. Ce sera le cas tant que l’on nous reservira les mêmes plats.

Un autre exemple pour la route? La Commission Attali. Pourquoi toujours choisir la même personne pour diriger une commission dont les 42 autres membres sont invariablement mis dans l’ombre en raison de la personnification excessive du travail accompli? Le résultat est pourtant prévisible: aussi intéressantes que puissent être les propositions émises (par exemple la TVA sociale), elles ne trouveront que très peu d’écho dans la mesure où nos concitoyens ne se reconnaissent plus dans le “modèle” du navire à un seul capitaine.

Pour la petite histoire, ni les 71% de Français qui soutiennent le mouvement social actuel, ni les Danois se déclarant pour la suppression immédiate de la préretraite, n’ont raison. Les premiers parce qu’ils ne saisissent plus la marche du monde, empêtrés dans des réflexes idéologiques totalement dépassés, les seconds parce que les économies promises par une telle mesure (le coût du dispositif est d’environ 3 milliards d’euros par an) ne sont qu’une illusion: dans le contexte actuel, marqué par une timide amélioration de l’emploi, les quelque 130 000 bénéficiaires de la préretraite seraient dans leur majorité contraints de toucher l’allocation chômage, ce qui ne profiterait absolument pas aux finances publiques (en nette amélioration par ailleurs, un retour sous la barre de 3% de déficit étant envisageable dès 2012). Sans compter que la préretraite permet de prendre en compte le facteur de la pénibilité du travail.

A l’arrivée, les blocages actuels, qui résultent en partie de notre refus de prendre en compte la réalité des évolutions démographiques, nous empêchent logiquement d’exploiter les opportunités qui y sont associées. Un rapport publié au Danemark dès 2006, au moment même où les formations politiques parvenaient à un accord en termes d’élévation progressive de l’âge de départ en préretraite (de 60 à 62 ans entre 2019 et 2022) et en retraite (de 65 à 67 ans entre 2024 et 2027), les pointait justement du doigt en appelant à l’avènement d’une société dans laquelle le rôle joué par individu dans la société n’est pas déterminé par son âge, mais par ses capacités physiques et psychologiques (2).

Le Danemark n’a certes pas encore integré toutes les promesses des travaux menés au cours de ces dernières années, mais comment ne pas faire le lien entre ces réflexions et son très bon placement en termes de “velfærdsteknologi” (solutions technologiques principalement centrées sur les personnes âgées), par ailleurs nouveau succès à l’export?

(1)http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/10/22/pour-le-vrai-debat-rendez-vous-en-2013_1429763_3232.html

(2) Det Strategiske Forskningsråd www.fi.dk/…aldrendesamfund…/det-aldrendesamfund-2030.pdf Autre recommandation du rapport en question, la généralisation du rôle de mentor joué par les séniors sur le marché du travail, en direction notamment des étrangers. Une manière de transmettre ses connaissances et son expérience aux jeunes générations.

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Le Mouvement Démocrate Danemark en ordre de marche

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Le Mouvement Démocrate Danemark a tenu dimanche 1er mars son assemblée générale fondatrice. L’occasion d’un premier bilan d’étape après son lancement officiel à l’été 2008. L’occasion également de préparer les échéances cruciales de cette année (élections européennes, conférence internationale sur le climat), sans oublier le suivi, toujours instructif, de l’actualité économique danoise et  des réformes structurelles prévues dans le domaine de la fiscalité et de l’emploi.

A ce propos, les articles de ce blog qui ont été publiés sur différents sites d’information en France (Bétapolitique, Agoravox, La fusion ANPE-Unedic pour les nuls…) ont donné lieu à des commentaires instructifs. Dans le domaine de l’emploi par exemple, ils ont permis à certains de prendre conscience du gouffre existant entre les décisions prises par nos dirigeants actuels (peut-être devrais-je plutôt dire par notre hyper-président actuel…) et les engagements passés au niveau européen en termes de flexicurité. Ils ont également parfois suscité quelques doutes, surtout lorsqu’ils appelaient avec insistance à tendre, sous certains aspects, vers le modèle danois.

Des interrogations légitimes, très souvent liées à la taille du pays. Il est vrai que comparer la France (63 millions d’habitants) avec le Danemark (5,5 millions) peut paraître incongru. Mais soyons clairs: sur quasiment aucun des thèmes jusqu’ici abordés, une transposition telle quelle des dispositifs en vigueur au Danemark n’est possible vers notre pays. En revanche, une comparaison France/Danemark sur des sujets économiques permet, sur certains points pouvant s’avérér décisifs, de se rendre compte de différences d’approche face aux problèmes communs rencontrés par nos sociétés, de différences de mentalité, de comportements, de culture, qui lorsqu’elles sont correctement exposées, appellent à un sursaut de notre part.

Depuis le lancement de Courrier Danemark en juin 2008, 33 articles ont été publiés. Une contribution parmi tant d’autres (la blogosphère MoDem prend de l’ampleur, n’en déplaise à certains qui nous reprochent d’être aussi pauvres en idées que ne le sont aujourd’hui un PS divisé et inaudible et une UMP verrouillée par son grand chef), qui débouche sur les propositions suivantes: (1)

1) L’incontournable priorité donnée, lors des prochaines présidentielles, à la mise au point d’un “plan économie 2020” comportant, à l’heure où le déficit public devrait atteindre 100 milliards d’euros, une stratégie réaliste mais indéfectible de désendettement, des objectifs précis en termes d’expansion du marché du travail ainsi qu’une une forte dimension sociale (2). Le refus de redonner toute sa place à la prospective symbolise à lui seul l’échec programmé du gouvernement actuel: il ne viendrait à l’idée de personne de lui reprocher un quelconque manque d’activisme, mais comment naviguer sans boussole?

2) Après la boussole, la méthode de gouvernement. Comment peut-on encore croire à des résultats tangibles de la part de l’”équipe” actuellement au pouvoir lorsqu’elle s’efface chaque jour davantage derrière un seul personnage, fut-il président, qui prétend disposer de la science infuse? Tout simplement inenvisageable au Danemark, car rétrograde, inefficace et, doit-on le rappeler, anti-démocratique. Rappelons que les ministres eux-mêmes font désormais étalage de leurs états d’âme. Morceaux choisis: « Nicolas Sarkozy doit faire ce qu’il ne sait pas faire : travailler en équipe et valoriser ses ministres”. « Le seul type non humilié, c’est l' »ami » du président, Brice Hortefeux. Sinon, vous n’êtes rien. Ce système détruit l’idée de gouvernement ». Ou la phrase qui résume tout: “Ce ne sont pas les gens qui sont faibles, c’est l’organisation” (3).

3) L’adoption de réformes structurelles face à la crise actuelle. La version finale du “paquet de printemps” danois est singulière. Elle prépare le pays, à travers une réforme fiscale, à une série de défis de moyen terme (évolutions démographiques négatives sur le marché de l’emploi, amélioration de la place du Danemark en termes de concurrence fiscale, atteinte des objectifs ambitieux en termes d’environnement et de climat…). Elle ouvre également la voie, à travers les mesures proposées en termes de relance de la consommation privée, à une forte reprise dès lors que la crise sera surmontée. Pour résumer, bien que le Danemark soit une petite économie très ouverte sur l’extérieur, son gouvernement n’hésite pas à miser également sur une relance par la consommation. Loin des mesures prises par notre gouvernement, qui se sert de l’échec de la relance mitterrandienne du début des années 80, uniquement basée sur la relance par la consommation, pour masquer le fait qu’au vu de la situation des finances publiques, il n’a en vérité pas les moyens d’une telle politique, pourtant souhaitable…

4) La gestion responsable des finances publiques. La dette publique danoise est passée de plus de 80% en 1993, soit exactement le niveau attendu de la dette française d’ici la fin de l’année 2009, à moins de 30% aujourd’hui. Petite précision: sans jamais que les recettes pétrolières ne dépassent plus de la moitié des excédents budgétaires. Chez nous, l’irresponsabilité débouche sur le graphique suivant:

Cliquez ici

5) La nécessité d’une réforme des collectivités territoriales de grande envergure, basée sur la réduction du nombre de communes et la suppression d’au moins un échelon administratif (département ou région). Une réforme allant donc bien au-delà des recommandations de la Commission Balladur…Enseignement important de l’expérience danoise en la matière, l’exigence d’un large tour de table avant toute décision. En dépit de la taille réduite du pays, il a fallu pas moins de 5 ans entre l’instauration de la “Skrukturkommissionen” et l’entrée en vigueur effective de la réforme au 1er janvier 2007…

6) La remise à plat de la fiscalité. Les Danois montrent aussi la voie dans ce domaine, la réforme tant attendue en ces temps difficiles ayant fait l’objet d’un accord politique dimanche 1er mars. A peine 50% des contribuables francais s’acquittent de l’impôt sur le revenu contre 90% au Danemark…Dans ces conditions, comment oser se vanter d’un modèle social basé sur la solidarité?

7) Le réel rapprochement avec le modèle de flexicurité. Un rapprochement passant notamment par la priorité donnée à une vaste politique de formation continue qui soit autant centrée sur les personnes les moins qualifiées que sur les plus qualifiées comme c’est malheureusement le cas aujourd’hui. Rappelons que chaque salarié danois dispose de deux semaines de formation par an dans le cadre des conventions collectives. La formation continue est donc un droit que les organisations syndicales de notre pays seraient bien inspirées d’inscrire tout en haut de leur liste de revendications. Le droit de devenir meilleur au bénéfice de tous.

8) La stratégie tous azimuts en termes d’emploi des séniors. A l’heure où le taux de chômage repart vers les sommets, il serait plutôt malvenu d’initier une telle stratégie. Mais la crise finira bien un jour par être surmontée. Ce jour-là, il sera alors temps de mettre au point une stratégie d’envergure (campagnes de sensibilisation, mise en place de groupes de réflexion, incitations fiscales, cumul emploi/retraite…) visant à faire décoller le ridicule taux d’emploi des 55-64 ans dans notre pays. Avec le mot d’ordre suivant: l’emploi des séniors, c’est l’avenir de notre Etat-Providence…ou de ce qu’il en reste au vu du fourvoiement de nos dirigeants au cours des trente dernières années.

9) La stratégie numérique. Le site www.borger.dk est un modèle du genre. Il résulte de la collaboration étroite entre l’Etat danois, l’Association des Communes (KL) et l’organe représentant les régions (Danske Regioner). Cette collaboration vaut pour tous les aspects du numérique aujourd’hui, notamment la stratégie numérique 2007-2010. Elle se retrouve également dans l’existence d’une structure de coordination rassemblant des employés de différents ministères et des collectivités territoriales. Une collaboration et un regroupement des efforts enfin compris aujourd’hui par les autorités françaises. Mais point de site internet de qualité similaire pour nos concitoyens…

10) Last but not least, la révolution culturelle ou l’analyse des causes culturelles du retard de croissance de notre pays. Un condensé des difficultés rencontrées par la France face à la mondialisation (rejet idéologique de tout processus de délocalisation, absence de véritable dialogue social, irresponsabilité de nos dirigeants dans la conduite du pays, mode de management “préhistorique”, refuge hypocrite derrière la grandeur de la langue française et la nécessité de la défendre face à l’anglais pour éviter de lancer un véritable débat sur le retard en termes de connaissance des langues étrangères…). A quand un réel calcul de l’impact de ces blocages sur la santé du pays?

Regardez bien ces dix points, inspirés des bonnes pratiques danoises. Il est probable qu’aucun ne suscite de levée générale de bouclier. Parce que dans la situation dans laquelle se trouve notre pays, il est indispensable de les mettre en application. Demandez-vous maintenant combien d’entre eux ont réellement été pris en compte par le gouvernement actuel. Quasiment aucun. De plus en plus de gens comprennent pourtant leur importance. La force du Mouvement Démocrate est d’être aujourd’hui capable de les rassembler.

(1) Pour de plus amples informations sur la stratégie internet du Mouvement Démocrate, voir l’article suivant: “Bayrou veut rassembler les intelligences sur internet”, Le Figaro, 26 février 2009 http://www.lefigaro.fr/politique/2009/02/25/01002-20090225ARTFIG00508-bayrou-veut-rassembler-les-intelligences-sur-internet-.php

(2) Outre le “plan économie 2015” auquel s’accroche désespérément le gouvernement danois, un bon exemple de plan de prospective dans le domaine social est donné par Det Radikale Venstre: http://www.radikale.dk/CMS/forside04.aspx?SiteID=78566

(3) “Les ministres doutent de la méthode Sarkozy”, Le Monde, 27 février 2009 http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/02/27/l-hyperpresidence-de-nicolas-sarkozy-suscite-des-critiques-grandissantes-dans-son-camp_1161149_823448.html

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La retraite volontaire à 70 ans n’est pas une régression sociale

IMG_0333On ne peut pas toujours être d’accord avec les positions adoptées par la direction du parti politique auquel on appartient. Après avoir pris connaissance de la réaction de François Bayrou à l’amendement, adopté par les députés le 1er novembre, qui laisse la possibilité aux salariés qui le souhaitent de partir à la retraite jusqu’à 5 ans plus tard, soit jusqu’à 70 ans (qualifié de “régression sociale”), je réalise que nous tenons là un véritable sujet de divergence sur le plan économique (1). Mais plutôt que de rester sur ce constat, profitons de l’occasion pour initier un débat sur les retraites et sur l’emploi des séniors, des thèmes à propos desquels le Danemark offre une nouvelle fois des éléments de comparaison utiles.

Les caractéristiques du modèle danois

1) L’accord sur l’Etat-Providence de juin 2006: l’âge minimum pour bénéficier du dispositif de préretraite passe de 60 à 62 ans entre 2019 et 2022 (à raison de 6 mois par an), tandis que l’âge légal de la retraite passe de 65 à 67 ans entre 2024 et 2027 (également à raison de 6 mois par an). Après cette date, l’évolution de l’âge minimum de départ anticipé à la retraite (62 ans) suivra celle de l’espérance de vie moyenne, un écart de 19 ans et demi devant être conservé entre les deux. Autrement dit, l’espérance de vie moyenne augmentant, l’âge légal de la retraite suivra la même évolution (rappelons que tous les partis politiques qui comptent ont approuvé cette logique implaccable).

2) Pour percevoir la retraite d’Etat (Folkepension) dans sa totalité à partir de 65 ans, il suffit d’avoir vécu dans le pays pendant 40 ans entre l’âge de 15 ans et de 65 ans (2). Une personne ayant vécu seulement 35 ans dans le pays entre ces deux âges percevra donc 35/40ème de cette même retraite. La retraite d’Etat ne suit donc pas une logique d’annuités de cotisations.

3) Une nouvelle loi portant sur les discriminations vécues sur le marché du travail est entrée en vigueur au 1er janvier 2008. Elle stipule, comme aujourd’hui en France, que la mise à la retraite d’office passe de 65 à 70 ans (3). Bien qu’également adoptée à la va-vite, cette loi n’a à aucun moment été interprétée comme une “régression sociale”, tous les acteurs étant conscients de la logique anti-discrimination qu’elle porte (de la même manière, une personne de moins de 70 ans ne peut faire l’objet d’une discrimination à l’embauche sur son âge). Adoptée après l’accord sur l’Etat-Providence, elle ne signifie en aucun cas que « l’âge de la retraite est insidieusement repoussé à 70 ans » (4).

4) Accentué par le manque de main-d’oeuvre, l’effort du Danemark envers les séniors se reflète dans leur taux d’emploi. Ce dernier est ainsi supérieur à la moyenne nationale pour les 55-59 ans (78%), tandis qu’il dépasse légèrement les 40% pour les 60-64 ans malgré l’existence d’un dispositif de préretraite important (5). Pour l’ensemble de la catégorie des 55-64 ans, il atteint quasiment 60% au Danemark contre 38% en France. Il n’est donc pas possible de prétendre mener une véritable politique favorisant l’emploi des séniors sans recourir au minimum à des mesures basées sur le volontariat (nous analyserons dans un prochain article que le Danemark obtient de meilleurs résultats que la France du fait de mesures qui vont plus loin que la loi citée précédemment). Ajoutons qu’au vu des évolutions démographiques actuelles (vieillissement de la population), il n’est jamais trop tôt pour mettre en place une politique bénéfique à long terme, quand bien même le chômage repart aujourd’hui fortement à la hausse.

La retraite volontaire à 70 ans: un impératif

Le départ volontaire à la retraite à 70 ans ne peut être considéré comme une “régression sociale” lorsqu’il est regardé du point de vue de l’employé. Ne désirons-nous pas avoir le choix de prendre notre retraite quand bon nous semble? Combien ont déjà été empêchés par un système archaïque de pouvoir poursuivre leur activité après 65 ans (quand bien même leur nombre serait limité, cette situation a un coût qui ne peut être toléré au vu de l’état de nos finances publiques)?

Il n’y a qu’à voir la réaction de la partie employeur pour se convaincre des bienfaits de cet amendement pour les employés: la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises (CGPME) déclarait ainsi au cours de la semaine qu’ “imposer le maintien d’un salarié contre la volonté de son employeur, c’est ouvrir à la porte à toutes les dérives » (6). Sans jamais préciser lesquelles…

Dans un des mes précédents articles, intitulé “Offre raisonnable d’emploi: le Danemark mis hors jeu”, je fustigeais la philosophie du projet de loi adopté par le gouvernement dans ce domaine. Mais il faut reconnaître qu’une des dispositions adoptées est toutefois bénéfique si nous voulons faire des séniors des employés comme les autres: la levée progressive, à partir de 2009, de la dispense de recherche d’emploi (DRE) accordée jusqu’ici aux chômeurs de plus de 57 ans et demi. Dans cette optique, soumettre ceux de plus de 57 ans et demi aux mêmes conditions que tous les autres demandeurs d’emploi tout en laissant perdurer, en s’opposant notamment à l’idée d’une retraite volontaire à 70 ans, un système caractérisé par la forte discrimination dont sont victimes les séniors sur le marché de l’emploi, c’est de la pure hypocrisie.

En conclusion, peut-être faudrait-il arrêter de raisonner en termes d’avancée ou de régression par rapport à un modèle social français qui n’est plus qu’une illusion. Le plus tôt nos dirigeants le comprendront, le plus loin ils iront dans les réformes et le mieux notre pays se portera. La retraite volontaire à 70 ans n’est ni une avancée, ni une régression, c’est un impératif.

La régression sociale de la semaine: les déclarations de Xavier Bertrand sur la GB

La régression sociale de la semaine n’est peut-être finalement pas celle que l’on croit. En visite cette semaine en Grande-Bretagne, Xavier Bertrand, le Ministre du Travail, ne tarissait pas d’éloges sur un “modèle” britannique de l’emploi marqué selon lui par une “approche globale” et une volonté “d’aider à trouver un emploi et à le conserver” (7). Une conception bien limitée de “l’approche globale” lorsque l’on sait qu’au vu du manque de main-d’oeuvre, certaines caisses d’assurance chômage danoises proposent désormais d’intervenir à l’avance afin d’éviter que leurs membres perdent leur emploi (voir “Le Danemark dans l’ère post-chômage”).

Et le Ministre d’ajouter, toujours à propos du “modèle” britannique, que “leur seule logique, c’est celle du client, du demandeur d’emploi. C’est de lui offrir les prestations, les services nécessaires pour qu’il retrouve un emploi et qu’il le garde, grâce à une logique de guichet unique”. Une manière de légitimer une nouvelle fois la fusion ANPE/Unedic…

Autant dire que malgré les engagements pris au niveau européen de suivre le modèle dit de flexicurité (qui n’est pas britannique, à moins que quelque chose m’ait échappé), la France s’en éloigne chaque jour davantage. Dans ce contexte, le véritable combat que le Mouvement Démocrate doit mener n’est pas celui sur l’amendement, somme toute pragmatique, adopté sur la retraite volontaire à 70 ans, mais celui sur le refus du « modèle » de l’emploi britannique au bénéfice d’un autre, basé sur les expériences danoises et nordiques.


(1) “Travail jusqu’à 70 ans: une régression sociale” François Bayrou, 7 novembre 2008. http://www.mouvementdemocrate.fr/actualites/bayrou-deplacement-epinal-061108.html

(2) La retraite d’Etat est composée d’un montant de base de 680€ par mois et d’un montant additionnel pouvant atteindre jusqu’à 690€, dépendant de critères comme la fortune personnelle ou la situation familiale.

(3) “Automatisk pensionsalder blev hævet fra 65 til 70” Dansk Erhverv, 28 novembre 2007. http://www.danskerhverv.com/1+JuraRaadgivning/1.13+Ansaettelsesvilkaar/1.13.08+Forskelsbehandling/2007.01.18+Automatisk+pensionsalder+haevet+fra+65+til+70.htm?mode=Print

(4) “La retraite à 70 ans, nouvelle entaille dans notre modèle social” Rue 89, 2 novembre 2008. http://www.rue89.com/2008/11/02/la-retraite-a-70-ans-nouvelle-entaille-dans-notre-modele-social

(5) Données Danmarks Statistik www.dst.dk

(6) “Retraite à 70 ans?” Le Monde, 4 novembre 2008. http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/11/04/retraite-a-70-ans_1114469_3232.html

(7) “Emploi: Xavier Bertrand séduit par la GB” Le Figaro, 6 novembre 2008. http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2008/11/06/01011-20081106FILWWW00673-emploi-bertrand-seduit-par-la-gb.php

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Le Danemark dans l’ère post-chômage?

IMG_0227En affirmant récemment, d’une manière bien maladroite, que l’économie danoise tirerait bénéfice d’un taux de chômage plus élevé, Niels Bernstein, Directeur de la Banque Nationale, traduisait bien la situation de l’emploi inédite à laquelle le Danemark semble devoir s’habituer: le manque de main-d’oeuvre (1).

Trois données viennent illustrer ce constat: un taux de chômage de seulement 1,6%, un nombre d’offres d’emplois non pourvues estimé à 39 000 et surtout l’exigence, formulée par la commission sur l’emploi, d’accroître la main-d’oeuvre de 50 à 100 000 personnes afin de parvenir à maintenir le niveau actuel d’Etat-Providence à l’horizon 2015.

Le fort ralentissement économique qui prévaut à l’heure actuelle (le taux de croissance ne pourra excéder 1% cette année et ne devrait atteindre que 0,5% en 2009) ne saurait remettre en cause le manque de main-d’oeuvre à moyen-long terme, même si les économistes prédisent logiquement une légère remontée du chômage d’ici la fin de l’année.

L’équation semble en tous les cas difficile à résoudre. Le recours à la main-d’oeuvre étrangère devrait être quelque peu facilité par la liberté totale donnée aux ressortissants des nouveaux pays membres de l’UE de venir travailler au Danemark à partir du 1er mai 2009 mais également limité pour des raisons politiques (présence du parti nationaliste danois dans la coalition parlementaire au pouvoir). Le dispositif de préretraite, considéré comme un droit qu’aucun gouvernement ne semble pouvoir remettre en cause (qui rassemble aujourd’hui 146 000 personnes) a de plus déjà fait l’objet d’un durcissement dans le cadre de l’accord sur l’Etat-Providence de 2006 (l’âge pour en bénéficier doit en effet passer de 60 à 62 ans entre 2019 et 2022)…Une chose reste certaine: le taux d’emploi des 55-59 ans atteignant le même niveau, pour le moins élevé, que la moyenne nationale (environ 77%), tout accroissement significatif de la main-d’oeuvre passe par l’élévation du taux d’emploi des 60-64 ans (40,5%) (2).

Dans ce contexte, outre les entreprises danoises, dont la compétitivité prix est affectée par la hausse des salaires résultant du manque de main-d’oeuvre, les caisses d’assurance chômage perdent des membres (150 000 depuis 2000), également victimes de la baisse du taux de couverture des allocations chômage par rapport au salaire moyen (environ 60%). Tenues de regrouper au moins 10 000 membres pour poursuivre leurs activités, elles n’ont d’autre choix que d’élargir leur offre de services et de multiplier les avantages liés à une adhésion. La caisse d’assurance chômage CA a-kasse vient ainsi de lancer une campagne dans ce sens (3). Parmi les avantages proposés, en plus de frais d’adhésion déjà parmi les moins élevés du marché (50€ par mois):

– 50% de réduction sur deux des plus grands quotidiens du pays (Jyllands-Posten et Politiken).

– Des rencontres gratuites avec les conseillers de la caisse d’assurance chômage (conseil personnalisé, coaching, préparation à des entretiens d’embauche, participation à des formations/cours…).

– Des rencontres gratuites dites de networking avec des membres de la caisse d’assurance chômage appartenant à un même secteur d’activité.

– Une analyse gratuite de personnalité/profil.

– Un entretien gratuit avec un bureau de recrutement.

– Des réductions allant jusqu’à 50% sur les prix de formations proposées par des intervenants extérieurs dans les domaines de la communication, du développement personnel, du marketing, de l’économie, de la vente ou de l’informatique.

– Des réductions sur les livres.

– Des prix réduits dans le domaine des banques et des assurances (taux d’intérêts attractifs, commissions réduites, assurance complémentaire contre le chômage qui peut, dans certains cas, venir compléter de plus de 4 000€ les quelques 2 040€ correspondant au plafond actuel des allocations chômage.

CA a-kasse

Selon Christian Friis, Directeur de CA a-kasse, le but de cet activisme est clair: “L’idée est de proposer une aide lorsque nos membres en ont besoin. Stress, problèmes avec la direction, développement des compétences trop limité…Il y a des choses qui partent de rien mais qui peuvent déboucher sur la perte d’emploi. Nous proposons notre aide afin de remédier immédiatement aux problèmes, de sorte que nos membres puissent relever les défis auxquels ils sont confrontés et aller plus loin dans leur carrière sans passer par la case chômage” (4). Preuve s’il en est que le Danemark est entré dans une nouvelle ère…

Le marché du travail danois étant l’un des plus flexibles et des plus efficaces au monde, il n’est pas étonnant de le voir arriver parmi les premiers dans cette situation inédite,  favorisée par un vieillissement de la population auquel aucun pays européen n’échappe et dont une des autres conséquences est l’accroissement de la pression sur les quelques milliers de chômeurs restants (44 000 au mois d’août). La baisse de la durée de perception des allocations chômage de 4 à 2 ou 2 ans et demi est ainsi acquise pour 2009 alors qu’elle était encore d’une dizaine d’années à la fin des années 90.

Les politiques mises en oeuvre au Danemark envers les séniors sont aujourd’hui cruciales et doivent donc être suivies attentivement dans notre pays, en ayant bien à l’esprit que cette catégorie de population constitue l’axe essentiel de la préservation de nos Etats-Providence. Avec un taux d’emploi des 55-64 ans de seulement 38% (contre environ 60% au Danemark), nous avons en effet tout intérêt à nous inspirer au plus vite des pratiques danoises dans ce domaine.

(1) “Bernsteins bommert” Berlingske Tidende, 12 juin 2008.

http://www.berlingske.dk/article/20080612/ledere/706120028/

(2) Données Danmarks Statistik, www.dst.dk

http://www.statistikbanken.dk/statbank5a/default.asp?w=1024

(3) CA a-kasse compte aujourd’hui 31 000 membres, la plupart diplômés en économie. www.ca.dk

(4) “A-kasse vil stoppe flugt med rabatter” Berlingske Tidende, 5 septembre 2008.

http://www.business.dk/article/20080904/karriere/709040044/

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