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Le Danemark et le plan économie 2020

P2266896Aux yeux des Français et de beaucoup d’autres, le Danemark reste un pays largement méconnu. Cela n’empêche pas certains observateurs de lui prédire un avenir particulièrement sombre, sur la base des défis nés de la crise. Un avenir qui serait par exemple caractérisé par l’impossibilité, au vu de l’épuisement progressif des recettes issues de l’exploitation du pétrole et du gaz en Mer du Nord, de revenir à la situation d’excédent budgétaire vécue avant la crise. Or, ces mêmes excédents avaient atteint 4,8% en 2007 et 3,3% en 2008, pour des recettes pétrolières et gazières qui n’avaient jamais dépassé 2%…(1). Un avenir également marqué par le retour de la problématique du manque de main-d’œuvre, qui se heurterait aux problèmes d’intégration de la main-d’œuvre étrangère d’origine non-occidentale sur le marché du travail. Quand bien même que le taux d’emploi des personnes concernées a progressé de 10 pts entre 2001 et 2009, s’approchant désormais du taux d’emploi des femmes dans notre pays…(2).

Que n’aurait-il pas alors été dit sur le Danemark en 1993, lorsque le taux de chômage dépassait 12% et que la dette publique franchissait la barre des 80% du PIB, soit des niveaux presque deux fois plus élevés qu’aujourd’hui ?

Sur fond de campagne électorale, on ne parle aujourd’hui au Danemark que du « plan économie 2020 ». Exactement le genre de discussions qui permettent d’expliquer, au moins partiellement, ses facultés reconnues d’adaptation aux impératifs de la mondialisation. Des discussions qui mettent également en lumière, par contraste, la nécessité dans notre pays de relancer de tels exercices.

Afin d’équilibrer recettes et dépenses à l’horizon 2020, il manquerait un peu plus de 6 milliards d’euros au pays. Un montant qui dépend de tant de facteurs qu’il est nécessairement approximatif, mais qui a le mérite de préciser le cadre dans lequel chaque formation politique est censée évoluer et qui contraint l’ensemble des acteurs à chiffrer très précisément leurs propositions, en veillant à financer d’éventuelles nouvelles dépenses par, au minimum, des recettes correspondantes…

C’est dans ce contexte que le Danemark a pris conscience que le dispositif actuel de préretraite était un luxe qu’il ne pouvait plus se payer. L’âge minimum de départ en préretraite sera donc porté, conjointement à la réduction de la durée du dispositif (de 5 à 3 ans), à 62 ans en 2017 et 64 ans en 2023, l’âge de départ en retraite passant quant à lui à 67 ans en 2022.

Cette réforme vient s’ajouter au plan de redressement des finances publiques sur la période 2011-2013 (voir « le Danemark et la rigueur »). Elle est complétée par des mesures d’économies supplémentaires, notamment la réduction de 10% du budget de la défense (à compter de 2015) et de la contribution danoise au budget européen. Par contraste, qui parle aujourd’hui dans notre pays, du prix à payer pour la crise et des efforts à consentir pour équilibrer les finances publiques à moyen terme ? On préfère le bidouillage budgétaire et la mise en œuvre de mesures d’économies de bout de chandelle.

Le simple objectif d’équilibre budgétaire ne saurait toutefois assurer le dynamisme d’une économie et sa capacité à rebondir après une sévère crise. D’où les mesures de renforcement de la croissance présentées la semaine dernière, qui constituent le deuxième volet du « plan économie 2020 ».

Parmi ces mesures, la nomination d’ambassadeurs chargés de promouvoir les exportations danoises vers les pays BRIC, la mise en place d’une commission chargée d’étudier la faisabilité d’une baisse de l’impôt sur les sociétés (de 25 à 20%), la reconduction de certaines mesures de soutien aux entreprises exportatrices, la mise en concurrence des communes (entre autres mesures) dans le but de faire passer le taux d’emploi des étrangers d’origine non-occidentale de 55 à 65% en 2020, la réorganisation de l’effort public consacré à la R&D (le Danemark y consacre déjà plus de 3% de son PIB, un tiers du montant provenant du public)…

En résumé, une fois les défis budgétaires relevés, le « plan économie 2020 » contribue à libérer les énergies et les propositions de réforme, avec un impératif : laisser davantage de place au secteur privé.

En dépit d’un retour momentané en récession (qui doit notamment aux objectifs très ambitieux fixés en termes de la consommation publique et à la reconstitution de l’épargne des ménages, évolution finalement saine au vu de leur niveau d’endettement), qui s’accompagne néanmoins d’une amélioration de la situation de l’emploi depuis maintenant six mois (taux de chômage de l’ordre de 7% selon Eurostat), pas de quoi faire preuve d’un pessimisme démesuré…

(1) Recettes issues de l’exploitation du pétrole et du gaz en Mer du Nord (en % du PIB)

imageSource : ministère des Finances (décembre 2010)

(2) Selon l’Office Danois des Statistiques, le taux d’emploi des étrangers d’origine occidentale était de 54,1% en 2009 (57,3% pour l’ensemble des étrangers). Selon Eurostat, le taux d’emploi des femmes était au même moment de 60% en France.


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Le Danemark neutre en CO2 en 2050?

SPM_A0066 La conférence internationale sur le changement climatique approchant à grands pas, Courrier Danemark se propose désormais d’aborder de manière régulière les thèmes de l’énergie, du climat et de l’environnement.  Des thèmes pour lesquels le Danemark, pays hôte de cette conférence, obtient des résultats contrastés. Tantôt encensé (du fait du développement de  l’énergie éolienne, du niveau d’intensité énergétique…), tantôt critiqué (niveau élevé d’émissions par habitant), le pays entend quoi qu’il en soit profiter de la COP 15 pour accélérer son entrée dans l’ère de la croissance verte.

Consommation d’énergie, PIB et intensité énergétique (Energi Styrelsen)

image

Consommation brute d’énergie par source (Energistyrelsen)

Données corrigées 1980 1990 2000 2007
Consommation brutte (PJ) 814 819 837 874
Pétrole 67% 43% 44,7% 40%
Gaz naturel 0% 10% 22,9% 20%
Charbon 29,6% 39,9% 21% 22%
Déchêts (non bio-dégradable) 0,4% 0,6% 0,8% 1%
Energie renouvelable 3% 6,5% 10,6% 17%

A ce propos, les attentes liées à la COP 15, qui se tiendra du 7 au 18 décembre, ne doivent pas être exagérées. En premier lieu, le contexte économique actuel ne semble malheureusement pas se prêter à l’adoption d’un compromis ambitieux. Mais surtout, les conférences passées de ce type (Rio et Kyoto) n’ont donné lieu qu’à une succession d’engagements de réduction d’émissions qui n’ont à l’arrivée pas été tenus. Cela n’empêche pas le Danemark d’avoir récemment présenté, à trois mois d’intervalle, deux projets poursuivant cette logique de fixation d’objectifs clinquants à long terme.

La municipalité de Copenhague a tout d’abord rendu public au mois de mars un plan visant l’objectif “zéro émissions” d’ici 2025 (1). Un effet d’annonce, puisqu’avec les mesures présentées (recours accru à l’énergie éolienne, développement des voitures électriques et à hydrogène auxquelles serait accordé un stationnement gratuit, création de postes de consultants censés orienter les citoyens, efforts dans le domaine éducatif, notamment envers les enfants, programme de rénovation des bâtiments communaux…), les émissions ne passeraient finalement “que” de 2,5 à 1,1 million de tonnes de CO2. Mais un plan qui vient opportunément compléter l’usage de plus en plus répandu du vélo dans la vie de tous les jours (2).

Plus complet et du coup sans doute plus réaliste est celui présenté au début du mois de juin par Dansk Energi, organisation professionnelle regroupant les entreprises du secteur (3). Le titre du rapport, « Power to the people » illustre le rôle central joué par l’électricité dans le but de rendre l’ensemble du pays neutre en CO2 d’ici 2050. L’atteinte de cet objectif final serait permis par 4 grandes orientations:

1) La réduction d’un tiers de la consommation d’énergie (par rapport à aujourd’hui) et l’accroissement de la part de l’électricité dans la consommation d’énergie, de 20% aujourd’hui à un peu plus de 50% en 2050.

2) La part de l’électricité verte s’accroît à travers le recours à 600 000 voitures électriques en 2025 (25% du parc), aidé en cela par une exemption des taxes d’immatriculation jusqu’à 2015 avant une disparition progressive de cette mesure après cette date. Le transport  automobile est à 80% électrique d’ici 2050. Le reste du parc automobile a recours aux biocarburants. Utilisation accrue des pompes à chaleur, censées couvrir 20% des besoins de chauffage en 2050. 50% de la consommation d’énergie est couverte par l’électricité d’ici 2050.

3) La part de l’énergie renouvelable (éoliennes, biomasse et biogaz) sur la consommation totale d’énergie passe de 17% aujourd’hui à 40% en 2025 et 80% en 2050. 15% de la consommation de pétrole et de gaz réalisée par le secteur de l’industrie est remplacée par l’électricité (4).

Part de l’énergie renouvelable sur la consommation finale d’énergie en 2006 (Energi Styrelsen)

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Sources d’énergie renouvelable en 2007 (Energi Styrelsen)

En bleu: énergie éolienne, en vert: bois, en jaune: paille, en orange: gaz naturel, en violet: déchêts bio-dégradables et en gris: pompes à chaleur.

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4) La capture et stockage des rejets de CO2 (CSC).

Que les objectifs de ces deux plans soient ou non respectés, l’essentiel est finalement ailleurs: dans le renforcement marqué des moyens accordés à la recherche au développement, orientation permettant ainsi de déboucher sur la mise au point de technologies susceptibles de réduire de manière drastique les émissions de CO2.

A ce propos, si le  Danemark est un des plus gros émetteurs par habitant de CO2 de la planète, il le doit à son refus  du nucléaire et à la place accordée en conséquence au charbon, qui représente environ 20% de la consommation finale d’énergie. Un refus jusqu’à présent handicapant mais qui n’est pas dénué d’avantages à plus long terme au vu de la recomposition du paysage industriel liée au développement des nouvelles technologies (5).

Au-delà du refus du nucléaire et de la réduction progressive de la dépendance vis-à-vis du pétrole, d’autant plus souhaitable en raison de l’épuisement des réserves  en Mer du Nord, il convient donc d’effectuer un petit tour d’horizon des domaines dans lesquels les efforts du Danemark méritent d’être relevés:

– L’énergie éolienne. La réputation du Danemark dans ce domaine n’est plus à faire. Les rendements sont toutefois par nature fluctuants (6) et comme indiqué précédemment, la part de l’éolien en tant que source d’énergie renouvelable est finalement modeste. Le récent licenciement de 1200 employés du groupe Vestas, en dépit des bons résultats enregistrés en 2008, a de plus attiré l’attention sur le fait que le secteur est désormais quasiment exclusivement tourné vers l’export (+20% en 2008, pour un montant de 5,6 milliards d’euros, soit 7,2% du total des exportations et 70% du total des exportations de technologies énergétiques…(7). Le nombre d’éoliennes tend en effet à stagner au Danemark: le Portugal a par exemple installé 20 fois plus d’éoliennes l’année dernière…(8).

– Le recours aux voitures électriques. Il est aujourd’hui basé sur un projet de coopération entre Better Place, Renault-Nissan et DONG Energy, avec un objectif de 500 000 utilisateurs en 2020 (25% du parc automobile). Renault-Nissan s’est engagé à livrer les voitures électriques sur le marché danois d’ici 2011, le Projet Better Place installant quant à lui dès cet automne un réseau de bornes de recharge à travers le pays. La fiscalité automobile étant particulièrement incontournable au Danemark, le think-tank environnemental danois Concito propose de supprimer les taxes sur ces voitures tant qu’elles ne représentent pas 20% du parc automobile, promouvant ainsi le principe du “premier arrivé premier servi” (9). Concito insiste par ailleurs sur la nécessité de développer les voitures hybrides pour arriver à l’objectif de 20% du kilométrage couvert par les voitures électriques. A cela vient s’ajouter la récente proposition du Maire de Copenhague, Ritt Bjerregaard, de rendre gratuits les 11 bus électriques de la ville (CityCirkel) lors du débat budgétaire de septembre (10).

– L’énergie solaire en remplacement de l’énergie éolienne? C’est en tous les cas le sens du message de l’ancien prix Nobel de physique Jack Steinberger (1988), qui appelle les gouvernements à investir massivement (entre 20 et 25 milliards d’euros) en Afrique du Nord. Un effort susceptible de couvrir 80% de la consommation d’énergie de l’UE. En attendant son éventuelle réalisation, le Danemark poursuit ses efforts de recherche dans ce domaine. Un exemple est donné par le développement de nouvelles cellules solaires en plastique par une entreprise danoise, Mekoprint Electronics, en coopération avec le centre de recherche de Risø. Un nouveau débouché pour les exportations? (11).

– L’énergie provenant de la biomasse. Elle est l’incontestable source dominante d’énergie renouvelable au Danemark (près de quatre fois plus importante que l’énergie éolienne). Selon le plan conclu en février 2008 pour la période 2008-2011, son recours accru devrait permettre d’atteindre l’objectif de 20% d’énergie renouvelable en 2011. Sans compter le savoir-faire danois dans ce domaine, qui s’exporte de plus en plus (12).

Avec encore plus de 80% de sa consommation brute d’énergie assurée par le pétrole, le gaz et le charbon, le Danemark est donc encore loin de l’ère de croissance verte caractérisée par la renonciation totale aux énergies fossiles telle que souhaitée par Anders Fogh Rasmussen quelques semaines avant son départ. Cela n’empêche toutefois pas le pays d’être parvenu, comme à son habitude, à se positionner sur des niches porteuses et d’être souvent bien placé dans des domaines promis à un bel avenir…

Croissance comparée du PIB, de la consommation brutte d’énergie et des exportations de technologies dans le domaine de l’énergie (indice 100 en 1980)

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(1) Le plan est disponible (en danois) sur le site de la commune de Copenhague www.kk.dk

(2) Des données relatives à l’usage du vélo dans la capitale sont disponibles sur la page suivante: http://www.kk.dk/Borger/ByOgTrafik/cyklernesby/Cykeltal.aspx

(3) Le rapport en danois est disponible à l’adresse suivante: http://www.danskenergi.dk/Indblik/Power_to_the_people.aspx Pour de plus amples informations sur les entreprises membres de  Dansk Energi, consulter http://www.danishenergyassociation.com/AboutUs.aspx

(4) Selon l’accord sur l’énergie de février 2008, les énergies renouvelables doivent représenter 22% de la consommation finale d’énergie en 2011 et au moins 33% en 2025. D’autre part, selon Energi Styrelsen, 28,9% de la fourniture d’électricité provenait en 2007 de l’énergie renouvelable.

(5) A ce propos, lire l’excellent article de Corinne Lepage sur l’erreur historique constituée par le choix du nucléaire en France: http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/06/05/le-choix-nucleaire-erreur-historique-par-corinne-lepage_1202870_3232.html

(6) Il semble en effet que la réduction des émissions de CO2 soit conforme aux engagements de Kyoto, mais cela s’explique par le fait qu’il y a eu beaucoup de vent et de pluie en 2007…De plus, les hivers sont plus doux. Corrigées de ces facteurs, les émissions ont en fait augmenté selon WWF. Voir “Danmark har EU-rekord i CO2- reduktion”, Berlingske Tidende, 30 mai 2009 http://www.berlingske.dk/article/20090530/klima/90530026/

(7) Klimaupdate (portail d’information sur le climat), 29 mai 2009 http://www.klimaupdate.dk/default.asp?newsid=560&opt=1&note=2008%20blev%20rekordår%20for%20vindmølleindustrien

(8) Les chiffres sont avancés par The European Wind Energy Association http://www.dr.dk/Nyheder/Indland/2009/02/04/052417.htm?rss=true

(9) “Danske bilister skal lokkes med afgiftsfrie elbiler” Berlingske Tidende, 4 juin 2009 http://www.business.dk/article/20090604/transport/706030100/

(10) “Ritt vil have gratis elbusser” Berlingske Tidende, 12 juin 2009 http://www.berlingske.dk/article/20090612/koebenhavn/90612144/

(11) “Solceller åbner for eksporteventyr”, Jyllands-Posten, 25 mai 2009 http://epn.dk/brancher/energi/alternativ/article1703250.ece

(12) Les exportations de technologies dans le domaine de l’énergie ont atteint près de 8 milliards d’euros en 2007. http://www.dr.dk/Nyheder/Penge/2009/04/30/064758.htm

Les deux premiers graphiques sont tirés du site de la COP 15: http://en.cop15.dk/files/images/Articles/Danish-example/danske%20eksempel%20engelsk.pdf. Le tableau et le troisième graphique sont tirés d’un document disponible sur le site d’Energi Styrelsen http://www.ens.dk/da-DK/Info/TalOgKort/Statistik_og_noegletal/Maanedsstatistik/Documents/Energi%20i%20DK2007.pdf. Le dernier graphique provient également d’Energi Styrelsen, d’un rapport intitulé “Energipolitik redegørelse 2009″.

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La sauvegarde de l’Etat-providence: le défi numéro un pour l’économie danoise

SPM_A0033La publication la semaine dernière des dernières prévisions économiques du Ministère des Finances danois ne laisse plus de place au doute: le Danemark n’est pas moins affecté par la crise que ne le sont les autres Etats membres de l’UE (1). Les prévisions gouvernementales tablent en effet désormais sur un recul du PIB compris entre 2,5 et 3,5% en 2009 après celui de 1,1% enregistré en 2008. Seule éclaircie dans le contexte actuel, la perspective d’une légère reprise pouvant atteindre, dans le meileur des cas, 1% en 2010. Parmi les autres indicateurs économiques:

2009 2010
Taux de chômage 3,6% 5%
Solde public (% du PIB) -1,3% -3,3%
Dette publique (% du PIB) 36,1% 38,8%
Exportations -7,25% +1,25%
Revenu disponible des ménages +4,5% +2%
Consommation privée -1,25% +2,5%
Solde balance des paiements (% du PIB) 1% 0,75%

Une dégradation marquée de la situation qui ne saurait éclipser le fait que le pays a tout de même la chance de pouvoir profiter de la politique d’assainissement des finances publiques menée sous l’ère Anders Fogh Rasmussen. Comme le rappelait cette semaine le quotidien Børsen, le Danemark a tiré parti des marges de manoeuvre dont il disposait au moment de l’éclatement de la crise pour mener une politique budgétaire expansionniste caractérisée notamment par le sous-financement initial de la réforme de la fiscalité ou par l’autorisation donnée aux Danois de recourir à une partie de leur épargne-retraite (2). D’où la croissance historique du revenu disponible des ménages en 2009 et le redémarrage espéré de la consommation privée qui pourrait en résulter en 2010. Le moins que l’on puisse dire est que certains pays n’ont pas la chance d’être dans la même situation, la France étant par exemple désormais contrainte de mener une politique de rigueur susceptible de ralentir la sortie de crise…

Dans ce contexte, le véritable défi pour l’économie danoise, au-delà de la crise actuelle, est constitué par la conservation à moyen terme d’un niveau d’Etat-Providence proche de celui constaté aujourd’hui en dépit d’évolutions démographiques défavorables. Le problème étant que le financement de cet Etat-Providence se heurte à deux contraintes majeures:

1) La disparition progressive des recettes liées de l’extraction du gaz et du pétrole, recettes dont l’impact est souvent exagéré, sans toutefois être négligeable (3).

2008 2009 2010 2011 2012
Pétrole  (millions de m3) 16,4 15,0 15,7 15,2 14,1
Gaz (milliards de Nm3) 8,6 8,6 8,2 7,2 6,1

Le graphique ci-dessous montre en effet qu’à l’exception des années 2003 et 2004, les recettes liées à l’extraction du pétrole et du gaz en Mer du Nord (bleu foncé) n’ont jamais représenté plus de la moitié  des excédents budgétaires réalisés au cours de la période 1999-2007 (4).

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La disparition progressive de ces précieuses recettes est inévitable. Les premières à être épuisées seront celles de gaz. Mærsk estime en effet que les réserves actuelles seront taries d’ici un horizon de 10 à 12 ans (5). Les réserves pétrolières s’épuiseront un peu plus tard, mais ne pourront être remplacées par celles situées au Groenland puisque le statut d’autonomie renforcée dont il bénéficie à partir du 21 juin 2009 stipule que l’ensemble des ressources en hydrocarbures lui appartiendront à 100% (moyennant il est vrai la déduction de la moitié de ces éventuelles ressources du montant de subventions accordées aujourd’hui par le Danemark au Groenland).

2) L’impératif, conformément à la philosophie entourant le “plan économie 2015”, d’accroître le nombre de personnes présentes sur le marché du travail afin de compenser les effets du vieillissement de la population. Un impératif renforcé par la crise actuelle, qui tend à contracter la main-d’oeuvre totale (certains sont en effet incités, du fait de la crise, à quitter prématurément du marché du travail). Un impératif qui s’impose de lui-même, puisque les deux autres voies possibles pour assurer la pérennité des finances publiques à moyen terme, à savoir l’augmentation de la pression fiscale et la réduction du niveau des prestations, semblent inconcevables. La première en raison d’un taux de prélèvements obligatoires déjà élevé, estimé à 46,6% en 2009, la deuxième se heurtant au renforcement constant des attentes des citoyens danois vis-à-vis de leur Etat-providence.

Afin de sauvegarder son modèle, le Danemark est donc “condamné” à une fuite en avant permanente en termes d’expansion du marché du travail, et ce en dépit de la première place qu’il occupe déjà au sein de l’UE en termes de taux d’emploi (78% en 2008). Un objectif atteignable si l’on considère que ce même taux d’emploi avait dépassé les 80% au cours des années 80. Mais un objectif qui passe par une série de réformes impopulaires que la commission sur l’emploi devrait néanmoins proposer de mettre en oeuvre lors de la présentation de ses conclusions le 20 août prochain…

Il s’agit de réduire le nombre de personnes exclues aujourd’hui du marché du travail, ce qu’Anders Fogh Rasmussen n’a atteint que bien trop partiellement malgré les conditions très favorables constatées ces dernières années sur le front de l’emploi. Les chiffres sont connus: la population active danoise comptait fin 2008 légèrement plus de 2,8 millions d’individus, alors que 768 800 personnes âgées de 16 à 64 ans bénéficiaient au même moment d’un revenu de transfert de la part de l’Etat ou des communes (6).

48% des individus cités précédemment sont soit en préretraite (près de 140 000 personnes concernées), soit en pension d’invalidité (235 000). D’où les propositions, incontournables, d’élever sans attendre (contrairement aux dispositions prises dans le cadre de l’Etat-providence de 2006, dispositions selon lesquelles il n’y aurait pas de changement en la matière avant…2019) l’âge à partir duquel un individu peut partir en préretraite (60 ans aujourd’hui) et de ne plus accorder des pensions d’invalidité que sur une base temporaire. Parmi les autres pistes envisageables: l’éventuelle réduction de la durée de perception des allocations chômage (4 ans aujourd’hui), la lutte accrue contre les arrêts maladie, l’instauration d’une allocation étudiante modulable en fonction du temps mis à terminer ses études, sans oublier le recours à la main-d’oeuvre étrangère qualifiée.

Le contexte politique (les prochaines élections sont en principe programmées à l’automne 2011) n’est pas favorable à l’adoption de vastes réformes. Le Danemark a néanmoins déjà démontré à maintes reprises sa capacité à se remettre en cause au niveau économique. La dégradation des finances publiques est une occasion que le gouvernement serait bien inspiré de saisir pour convaincre les Danois de la nécessité de réformer le fonctionnement du marché du travail.  C’est à ce prix et à ce prix seulement que le Danemark évitera de “rentrer dans le rang”.

(1) Økonomisk Redegørelse Maj 2009, Ministère des Finances http://fm.dk/Publikationer/2009/~/media/Files/Publikationer/2009/OER%20maj%2009/OER_maj_09_web.ashx

(2) “Regeringen kunne have gjort mere” Editorial de Børsen, 27 mai 2009

(3) “Opdatering af Energistyrelsens 5års prognose for dansk olie- og gasproduktion” Energistyrelsen, novembre 2008 http://193.88.185.141/Graphics/Olie_Gas/Prognoser/produktionsprognoser/5aarsprognose-olie_gas_nov08.pdf

(4) Source: Energistyrelsen http://www.ens.dk/da-DK/UndergrundOgForsyning/Olie_og_gas/felter_produktion/Oekonomi/betydning/statindtaegt/Sider/Forside.aspx

(5) “Mærsk: Gas i Nordsøen 10-12 år endnu” Jyllands-Posten, 29 mai 2009 http://epn.dk/brancher/energi/olie/article1708514.ece

(6) “768 800 på offentlige forsørgelse blandt 16-64-årige” Danmarks Statistik, 25 mai 2009 http://www.dst.dk/pukora/epub/Nyt/2009/NR237.pdf A noter que sur ces 768 800 personnes, un peu plus de 80 000 sont bien présentes sur le marché du travail mais appartienent à la catégorie des emplois aidés.


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