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Les Danois et l’adversité

imageAlors que le Danemark se prépare aux élections générales, programmées le 15 septembre, il peut sembler opportun de faire le point sur ce qui fait l’originalité de son modèle de société.

Courrier Danemark s’est efforcé au cours des trois dernières années de mettre en lumière une série de spécificités dans le domaine économique et social, spécificités ne faisant pas toujours consensus, même auprès d’observateurs déjà bien imprégnés de l’atmosphère ambiante.

Pour ne citer que certaines d’entre elles, la flexicurité, souvent à moitié comprise, la capacité à se spécialiser sur des niches exportatrices (éolien et technologies vertes par exemple), l’introduction de la TVA sociale, les solutions numériques (dernier article en date sur NemID), la gestion des ressources humaines, le lancement régulier de plans de prospective (« plan économie 2020 »)…Tous ces thèmes ont fait l’objet d’une attention particulière dans le cadre de ce blog.

Il serait possible de les compléter par une série d’autres, moins évidents, mais qui constituent néanmoins autant de raisons pouvant expliquer les succès rencontrés par nos amis danois. Une récente étude universitaire faisait ainsi le lien entre prospérité (et vitalité de l’Etat-providence) et la fréquence des voyages effectués à l’étranger…D’autres thèmes, tout aussi méconnus, mériteraient certainement d’être approfondis.

Il y a enfin des découvertes qu’il n’est pas possible de faire en se contentant de lire la presse et les rapports spécialisés. Des découvertes qui n’ont à priori aucun lien avec l’économie. Des découvertes que l’on ne peut faire qu’au contact des autochtones. Des découvertes qui suffisent à elles seules, dans la fulgurance d’un bref instant de vie, à extraire l’ADN d’un peuple.

Le 14 août dernier était un jour d’été qui ne se distinguait pas des précédents. Il était pluvieux (l’été n’a jamais été aussi arrosé que cette année), entrecoupé de quelques rayons de soleil. Au milieu des nuages, imposants et majestueux, qui faisaient penser à d’anciens dieux figés dans l’éternité, un arc-en-ciel est apparu, comme le signe annonciateur d’une révélation. Autour du lac Sankt-Jørgen, la pluie, soudainement battante, a contraint Courrier Danemark à trouver refuge sous un arbre. C’est également sous ce dernier que deux Danoises, équipées, elles, de vêtements de pluie appropriés, se sont installées. C’est qu’en dépit du mauvais temps elles avaient décidé de pique-niquer. Panier en osier, serviettes, pain, rosé…Rien ne manquait. Et c’est finalement là le véritable secret des Danois : la capacité à faire fi de l’adversité. Mieux, de s’en moquer.

La comparaison avec la Serbie, que Courrier Danemark a également eu l’occasion d’observer, est criante : voilà deux Etats dont les territoires ont été réduits par l’Histoire à une peau de chagrin, mais qui ont eu une manière diamétralement opposée de confronter leurs blessures.

Assez sur le Danemark. Ex oriente lux.

SLUT

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De l’impôt sur le revenu en France et au Danemark

P3127022Certains des chiffres illustrant le progressif délitement de notre pays sont bien connus: une dette publique approchant désormais les 90% du PIB, un déficit commercial de plus de 50 milliards d’euros ou encore un taux de chômage proche de 10% de la population active. D’autres le sont moins et ne sont révélés au grand public que grâce à la poignée d’organismes qui continuent d’accomplir le travail qui est attendu d’eux. Dans le cas présent, la Cour des Comptes, qui publiait récemment un rapport très instructif sur les évolutions comparées des systèmes fiscaux français et allemand au cours de ces dernières années (1). Un rapport qui vient éclairer d’une autre lumière le débat sur la suppression partielle de l’impôt sur la fortune voulu par le locataire actuel de l’Elysée. Une suppression qui, chacun le sait, n’aurait de sens que dans le cadre d’une réforme beaucoup plus large de notre fiscalité.

C’est évidemment l’avis de la Cour des Comptes qui, dans son rapport de synthèse, soulignait récemment que “la baisse de la taxation progressive des revenus (poids relatif de l’IR diminuant de moitié en vingt ans pour ne représenter que 2,59% du PIB en 2008) et la hausse de la taxation proportionnelle (CSG, CRDS) en France invitent à se poser la question d’une refonte d’ensemble de ces prélèvements et du niveau global de progressivité” (2).

Selon ce même rapport, le poids relatif de l’impôt sur le revenu était, au même moment, de 9,6% du PIB en Allemagne, pays vers lequel la France souhaite officiellement une convergence fiscale…La comparaison avec le Danemark est encore plus alarmante: les recettes tirées de l’impôt sur le revenu, principale recette fiscale en dépit d’un taux de TVA quasi uniforme de 25% depuis l’introduction de la TVA sociale en 1987, représentent environ 15% du PIB (3). Soit un rapport de 1 à 6…

Mais plutôt que de remédier cette situation, l’objectif de la politique suivie depuis 2007 par le locataire actuel de l’Elysée est clair comme de l’eau de roche: la fin de toute notion de solidarité, à un moment où la France n’en a pourtant jamais autant eu besoin. Les réductions d’impôt décidées avant l’apparition de la crise en faveur des plus hauts revenus et la TVA réduite sur la restauration en sont deux autres exemples éclatants.

Tout comme ces mesures, la suppression partielle de l’ISF a un coût (1,3 milliard d’euros selon le gouvernement, 2,3 milliards d’euros selon l’économiste Thomas Piketty) qu’il est suicidaire de tolérer à un moment où les économies des Etats membres de l’UE sont renversées l’une après l’autre sans que l’on sache très bien comment cela va finir (en Irlande, le taux d’intérêt associé aux obligations d’Etat à 2 ans est de 11,5%, tout comme au Portugal, tandis qu’en Grèce, il approche désormais 23%!).

La décision de distribuer une prime aux salariés en cas de hausse des dividendes dans les entreprises de plus de 50 personnes (une niche fiscale supplémentaire!) ne vient pas non plus aujourd’hui par hasard: elle n’est qu’une pilule destinée à faire passer les cadeaux qui vont être faits aux copains fortunés avant la fin du quinquennat.

A un an des élections présidentielles, Courrier Danemark ne souhaite qu’une seule chose: que la République nous soit rendue.

(1) Synthèse du rapport public thématique sur les prélèvements fiscaux et sociaux en France et en Allemagne, Cour des Comptes, mars 2011.

(2) Page 25.

(3) Økonomisk Redegørelse, Ministère des Finances, décembre 2010.

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Défense de la retraite à 60 ans (France) versus défense de la préretraite à 60/62 ans (Danemark)

P7251849Avant de poursuivre la revue (presque inépuisable une fois admise la thèse du délitement accéléré de notre pays) de ce que les Danois ont à nous apprendre, il peut sembler utile, à l’heure où la France est une nouvelle fois paralysée par la grève, de faire un dernier point sur le thème des retraites. Histoire de bien comprendre l’absurdité de la situation actuelle.

Pendant qu’une majorité de nos concitoyens apporte son soutien à un mouvement social dont les formes d’action sont en grande partie inacceptables en sans égal en Europe, une majorité de Danois se dit convaincue de la disparition, d’ici une dizaine d’années, du dispositif de préretraite. Autrement dit, au moment même où les organisations syndicales, non-représentatives, et le parti socialiste, décidément arriéré dans ses prises de position, s’accrochent au principe intenable de la retraite à 60 ans, une partie non négligeable de la population danoise se prépare à la suppression de la préretraite, dont il est aujourd’hui possible de bénéficier à partir de…60 ans.

Sous certains aspects, la réforme des retraites aujourd’hui proposée en France est critiquable. Le Mouvement Démocrate en a d’ailleurs pointé les injustices. La taille de la pilule à avaler est toutefois proportionnelle à l’inactivisme des gouvernements successifs, de droite comme de gauche, sur le sujet. La réforme actuelle est loin de régler les problèmes de manque de financement…D’où le retour du thème des retraites dès 2013 (1).

D’un autre côté, on ne peut s’empêcher de souligner le cruel manque de pédagogie de la part du gouvernement: les expériences vécues à l’étranger, y compris au Danemark, n’ont été véritablement mises en avant qu’une fois le conflit déclenché. Les carences habituelles de nos gouvernants sont d’autant plus criantes dans le contexte actuel: pas de véritable prise en compte de ce qui marche à l’étranger (dans le domaine des retraites, il aurait fallu davantage se pencher sur le modèle suédois…), absence de tout débat sur les sujets inséparables du thème des retraites (emploi des jeunes, emploi des séniors…).

Courrier Danemark s’efforce depuis plus de deux ans de mettre en lumière la répétition de travers qui sautent aux yeux vus de l’étranger. La situation actuelle dans notre pays est si mauvaise que la réforme actuelle des retraites cristallise à elle seule tous les mécontentements. Ce sera le cas tant que l’on nous reservira les mêmes plats.

Un autre exemple pour la route? La Commission Attali. Pourquoi toujours choisir la même personne pour diriger une commission dont les 42 autres membres sont invariablement mis dans l’ombre en raison de la personnification excessive du travail accompli? Le résultat est pourtant prévisible: aussi intéressantes que puissent être les propositions émises (par exemple la TVA sociale), elles ne trouveront que très peu d’écho dans la mesure où nos concitoyens ne se reconnaissent plus dans le “modèle” du navire à un seul capitaine.

Pour la petite histoire, ni les 71% de Français qui soutiennent le mouvement social actuel, ni les Danois se déclarant pour la suppression immédiate de la préretraite, n’ont raison. Les premiers parce qu’ils ne saisissent plus la marche du monde, empêtrés dans des réflexes idéologiques totalement dépassés, les seconds parce que les économies promises par une telle mesure (le coût du dispositif est d’environ 3 milliards d’euros par an) ne sont qu’une illusion: dans le contexte actuel, marqué par une timide amélioration de l’emploi, les quelque 130 000 bénéficiaires de la préretraite seraient dans leur majorité contraints de toucher l’allocation chômage, ce qui ne profiterait absolument pas aux finances publiques (en nette amélioration par ailleurs, un retour sous la barre de 3% de déficit étant envisageable dès 2012). Sans compter que la préretraite permet de prendre en compte le facteur de la pénibilité du travail.

A l’arrivée, les blocages actuels, qui résultent en partie de notre refus de prendre en compte la réalité des évolutions démographiques, nous empêchent logiquement d’exploiter les opportunités qui y sont associées. Un rapport publié au Danemark dès 2006, au moment même où les formations politiques parvenaient à un accord en termes d’élévation progressive de l’âge de départ en préretraite (de 60 à 62 ans entre 2019 et 2022) et en retraite (de 65 à 67 ans entre 2024 et 2027), les pointait justement du doigt en appelant à l’avènement d’une société dans laquelle le rôle joué par individu dans la société n’est pas déterminé par son âge, mais par ses capacités physiques et psychologiques (2).

Le Danemark n’a certes pas encore integré toutes les promesses des travaux menés au cours de ces dernières années, mais comment ne pas faire le lien entre ces réflexions et son très bon placement en termes de “velfærdsteknologi” (solutions technologiques principalement centrées sur les personnes âgées), par ailleurs nouveau succès à l’export?

(1)http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/10/22/pour-le-vrai-debat-rendez-vous-en-2013_1429763_3232.html

(2) Det Strategiske Forskningsråd www.fi.dk/…aldrendesamfund…/det-aldrendesamfund-2030.pdf Autre recommandation du rapport en question, la généralisation du rôle de mentor joué par les séniors sur le marché du travail, en direction notamment des étrangers. Une manière de transmettre ses connaissances et son expérience aux jeunes générations.

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Vu du Danemark: le bouclier fiscal ou le bal des hypocrites

IMG_0217Relancé à l’issue d’élections régionales insipides, le débat sur le bouclier fiscal auquel nous assistons ces jours-ci, d’un niveau pas plus élevé que celui des pâquerettes, a au moins un avantage: il ne fait que confirmer l’abrutissement quasi-généralisé de la classe politique française (1).

Depuis le 1er janvier 2010, le Danemark, sur la base de travaux réalisés par une commission dirigée par un ancien ministre des Impôts d’appartenance social-démocrate, a abaissé de 59 à 51,5% le bouclier fiscal (en ajoutant la contribution au marché du travail, ce même taux est en fait de 55,4%) dans le cadre d’une réforme fiscale entièrement financée à moyen terme. Il devenait en effet de plus en plus difficile de justifier qu’un individu, aussi riche soit-il, puisse verser plus des deux tiers de ses revenus aux Impôts. Il faut également préciser que l’ISF a été supprimé en 1997, par l’ancien gouvernement social-démocrate, au motif qu’il était inefficace. Une nouvelle preuve de la capacité des Danois a aborder une question sans à priori idéologique …

Revenons à la France. Pensant mettre davantage le gouvernement en difficultés, la gauche, à de rares individualités près, ne propose, sur la base d’un raisonnement exclusivement axé sur une dialectique riches/pauvres, que la simple remise en cause du bouclier fiscal. Affaiblie, la droite s’y refuse mais n’ose désormais plus proposer quoi que ce soit d’autre. En aucun cas n’est mentionnée la voie, pourtant incontournable, d’une remise à plat de notre système fiscal, basée notamment sur les points suivants:

1) Prélèvement de l’impôt à la source.

2) Réforme de l’impôt sur le revenu étant entendu que la véritable injustice fiscale réside dans le fait que seulement un foyer fiscal sur deux s’en acquitte aujourd’hui. Tous les contribuables devraient participer en fonction de leurs moyens (c’est le cas pour 90% des Danois…). Une réforme susceptible de déboucher sur la suppression de l’ISF moyennant la création d’une nouvelle tranche d’imposition pour les plus riches.

3) Suppression d’une bonne partie des quelque 500 niches fiscales.

4) Introduction de la TVA sociale: le faible niveau des charges sociales payées par les entreprises au DK (15 à 20% du coût du travail) est un des secrets de la compétitivité structurelle satisfaisante du pays.

Ajoutons qu’au vu niveau de la dette publique (77,6% du PIB en 2009, et qui atteindra sans doute les 90% d’ici 2012), le débat sur la fiscalité ne doit pas éluder celui sur la nécessaire réduction de la dépense. A ce titre, les 116 400 euros payés par le contribuable pour le voyage d’un ministre aux Antilles ne représentent ni plus ni moins qu’une insulte envers tous nos concitoyens, qui auraient tort de continuer à tolérer de telles pratiques.

Au Mouvement Démocrate de se démarquer clairement en termes de fiscalité et de préciser, en faisant preuve de pédagogie, les modalités entourant les points cités précédemment.

(1) Sur les transformations du monde politique en France, consulter l’article suivant, intitulé “Le cheval de Caligulahttp://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/04/02/le-cheval-de-caligula-par-remy-prud-homme_1328144_3232.html

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TVA sociale: le cas danois

SPM_A0024La décision, annoncée par le locataire actuel de l’Elysée lors de la réunion du Congrès du 22 juin, de recourir à un emprunt national est lourde de conséquence. Elle reflète le décalage de plus en plus flagrant entre le discours de la majorité actuelle et la réalité de ses actes. « Moi, je suis à la tête d’un État qui est en situation de faillite. Je suis à la tête d’un État en déficit chronique. Je suis à la tête d’un État qui n’a jamais voté un budget en équilibre depuis vingt-cinq ans. Moi, je dois ramener l’équilibre à la fin du quinquennat, sinon on ne bâtira plus rien » déclarait en 2007 François Fillon (1). De même, Nicolas Sarkozy appelait encore récemment à une concertation plus étroite au niveau européen afin de lutter contre la crise. Pour finalement prendre l’exact contre-pied de la politique suivie par une Allemagne déterminée à mettre de l’ordre dans ses finances publiques (2).

Il est très difficile de penser que le recours à cette mesure ne serve en fait qu’à dégager des marges de manœuvre utiles dans la perspective des présidentielles de 2012…La raison est qu’il faudra bien un jour stopper cette spirale de l’endettement : les banques ont prêté avec démesure, contraignant l’Etat, pourtant déjà lourdement endetté, à leur prêter à son tour, et c’est désormais le particulier français, prêtant déjà à EDF, qui vient boucler la boucle !

On avance souvent l’exemple du Japon, dont la dette publique dépasse les 200% du PIB, pour minimiser l’impact de l’endettement croissant de notre pays. Mais sans jamais se poser la question de savoir à partir de quel seuil d’endettement les marges de croissance se réduisent. L’économie japonaise n’est-elle pas en quasi-stagnation depuis les années 90 ?

Constatant la dégradation des comptes publics, Philippe Séguin, Président de la Cour des Comptes, jugeait cette semaine « trompeuse » la perception selon laquelle « « la France s’en tirerait mieux » que ses voisins, ajoutant que « les lendemains risquent d’y être pire qu’ailleurs » (3). Raison de plus pour faire du concept de dette soutenable une priorité…Car il existe une alternative à la « fuite en avant » proposée aujourd’hui par la tête de l’exécutif : conjointement à l’adoption d’une ambitieuse réforme des collectivités locales, susceptible de freiner les dépenses publiques, la refonte intégrale du système fiscal, refonte passant notamment par l’introduction de la TVA sociale.

Le seul véritable exemple de TVA sociale est offert par le Danemark, puisque l’Allemagne a finalement affecté les 2/3 du relèvement de 3 points (de 16 à 19%) du taux de TVA intervenu au 1er janvier 2007 à la réduction de son déficit budgétaire.

Le cas danois, constitué par le relèvement, en 1987, de trois points (de 22 à 25%) du taux de TVA moyennant la quasi-suppression des charges sociales pesant sur les entreprises, doit être analysé en prenant compte des particularités suivantes :

– Le contexte économique spécifique de 1987. L’introduction de la TVA sociale s’inscrivait dans le cadre d’une politique, initiée en 1986 (« kartoffelkur »), visant à refroidir la demande intérieure et à rétablir l’équilibre de la balance des paiements (4). La quasi suppression des charges sociales pesant sur les entreprises a donc été accompagnée par toute une série de mesures (freinage de la dépense publique, réduction du taux applicable à la déductibilité des intérêts d’emprunts, réduction de la durée de perception des allocations chômage…).

– La philosophie du système fiscal danois, dont notre pays est contraint de suivre certaines des caractéristiques avant toute introduction de la TVA sociale. Parmi elles, le rôle redistributif prépondérant joué par l’impôt sur le revenu, première source incontestée de recettes pour l’Etat danois, et le nombre très limité de niches fiscales. Rappelons également la suppression (par les socio-démocrates !) de l’ISF en 1997, impôt jugé inefficace…

Répartition attendue des recettes fiscales en 2010 (Ministère des Impôts)

Impôt sur le revenu: 52%, TVA: 23%

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– La manière dont est perçue la TVA. Son caractère proportionnel et uniforme (il existe très peu d’exemptions au taux de 25%) est accepté par la population tant que l’impôt sur le revenu occupe la première place en termes de redistribution.

– L’introduction de la TVA sociale est allée de pair avec l’engagement pris par les syndicats de modération des revendications salariales au cours des années qui ont suivi. En dépit de la quasi-suppression des charges sociales pesant sur les entreprises, le coût du travail est en effet depuis longtemps plus élevé au Danemark en raison du niveau des salaires.

L’héritage de Poul Schlüter, Premier Ministre danois de 1982 à 1993, est controversé. Suite à la « kartoffelkur », la balance des paiements est redevenue positive en 1990, pour la première fois depuis plus de 20 ans. Le taux d’inflation, qui excédait 10% en 1982, fut divisé par cinq dix ans après. Le déficit budgétaire fut quant à lui ramené de 9,1 à 2,6% sur la même période. Afin d’éviter l’emballement de l’économie, l’objectif de refroidissement la demande interne a toutefois conduit à une forte poussée du chômage, dont le pic fut atteint en 1993 (12,4%), qui a à son tour contribué au creusement de la dette publique, cette dernière dépassant à la même date la barre de 80% du PIB.

Il existe toutefois aujourd’hui un relatif consensus au Danemark sur le fait que les résultats obtenus par la suite, tant en termes de chômage (baisse de 12,4 à 5,2% du taux de chômage sous l’ère Poul Nyrup Rasmussen entre 1993 et 2001, atteinte du plein emploi sous l’ère Anders Fogh Rasmussen) qu’en termes de réduction de la dette publique (27% du PIB fin 2007), n’auraient pu être atteints sans la résolution préalable des problèmes rencontrés en termes de compétitivité. De nombreux économistes indiquent également que les effets collatéraux d’une telle réforme auraient été plus limités si elle avait été mise en oeuvre plus tôt.

De l’introduction de la TVA sociale, réalisée dans un contexte spécifique mais dont certains des éléments ne vont pas sans rappeler la situation économique prévalant aujourd’hui dans notre pays (déséquilibre des comptes extérieurs et des comptes publics), peuvent être tirés les constats suivants:

1) La compétitivité des entreprises danoises n’a jamais été démentie depuis son introduction, malgré le niveau élevé des salaires. Sur l’année 2007, le coût du travail moyen dans le secteur privé était de 36 euros par heure. Seulement 4% de ce montant était constitué de charges hors salaire (5). Les exportations représentaient avant la crise 35% du PIB, le pays affichant des excédents commerciaux et des excédents de la balance des paiements réguliers.

Evolution du solde de la balance des paiements

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Evolution du solde de la balance commerciale (Danmarks Statistik)

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2) L’introduction de la TVA sociale a permis de mener une réflexion plus large sur la manière de développer la compétitivité des entreprises. Il convient en effet une nouvelle fois de souligner que l’adaptation aux défis posés par la mondialisation est également passée par l’approfondissement de la politique de formation continue, condition indispensable de la spécialisation de la main d’œuvre sur des productions à plus haute valeur ajoutée.

3) D’autre part, l’introduction de la TVA sociale a eu le mérite de clarifier le débat sur les délocalisations. Elle permet donc, dans une certaine mesure, d’expliquer le pragmatisme danois sur un thème toujours très sensible dans notre pays, puisqu’elle a débouché sur la quasi-suppression de toute distorsion fiscale dans le coût de production entre les biens produits au Danemark et ceux produits à l’étranger.

4) L’introduction de la TVA sociale a été suivie, à partir du milieu des années 90, par une remarquable série d’excédents budgétaires que seule la crise actuelle est venue remettre en cause.

Evolution du solde public (Ministère des Finances)

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Pour résumer, le principe de TVA sociale ne peut être mis en oeuvre dans notre pays sans une réforme préalable du système fiscal, qui doit intégrer davantage d’éléments de justice sociale, et sans le lancement d’une politique globale en faveur de la compétitivité. Ajoutons qu’une coordination au niveau européen serait bien évidemment souhaitable. Jean Arthuis avance par exemple que la TVA sociale aurait le mérite de mettre un terme au débat sur le projet de Directive Européenne sur les services (6). Ouvrons également les yeux sur notre niveau d’endettement, qui nous contraint à financer notre protection sociale par des produits et services conçus à l’étranger…Rappelons enfin qu’il s’agit de réduire les charges pesant sur les entreprises, pas  de parvenir, comme au Danemark, à leur quasi-suppression.

Creuser davantage les déficits en affirmant que chaque euro d’endettement supplémentaire sera affecté à des priorités nationales, c’est reconnaître implicitement que la dérive des finances publiques n’a été jusqu’ici que le résultat d’un immense gâchis…Certes, la TVA sociale pourrait momentanément ralentir la consommation. Mais comme l’affirmait cette semaine Philippe Séguin, une dégradation encore plus marquée des comptes publics expose la France à plusieurs risques dont “un risque économique” marqué par la remontée du taux d’épargne des ménages.

Le Danemark a souvent eu recours à l’arme fiscale en temps de crise. En 1987, en instaurant la TVA sociale, ou encore aujourd’hui, à travers la réforme adoptée dans le cadre du “paquet de printemps 2.0”, qui débouche sur des changements d’une ampleur inégalée. Qu’est-ce qui nous empêche de faire de même?

(1) « Requinqué, Fillon s’offre une journée en Corse » Le Figaro, 22 septembre 2007 http://www.lefigaro.fr/politique/20070922.FIG000000937_requinque_fillon_s_offre_une_journee_en_corse.html

(2) « L’Europe divisée sur les hausses d’impôt » le Figaro, 26 juin 2009 http://www.lefigaro.fr/impots/2009/06/26/05003-20090626ARTFIG00253-l-europe-divisee-sur-les-hausses-d-impots-.php

(3) « La Cour des Comptes s’inquiète du risque d’emballement de la dette », Le Monde, 24 juin 2009 http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/06/24/la-cour-des-comptes-s-inquiete-du-risque-d-emballement-de-la-dette_1210595_3234.html#xtor=RSS-3208 Philippe Séguin précise par ailleurs que la France est le quatrième Etat le plus endetté de la zone euro et que ses dépenses publiques (plus de 52% du PIB) sont supérieures de 9 points à celles de l’Allemagne.

(4) Outre le fort déficit de la balance des paiements, l’économie danoise était caractérisée en 1986 par un taux de croissance proche de 5% et une consommation privée en hausse de 5,6%.

(5) Donnée Danmark Statistiks http://www.dst.dk/pukora/epub/Nyt/2008/NR480.pdf Les employeurs contribuent de plus au système de retraite complémentaire professionnelle (dispositifs de retraite apparus dans le cadre de conventions collectives couvrant 85% du marché du travail danois). Le montant versé chaque mois, dont les 2/3 sont à la charge de l’employeur, peut être considéré comme un élément de salaire différé. Le montant à la charge de l’employeur est variable mais équivaut en moyenne à 10% du salaire. Il faut également noter que les entreprises danoises ne contribuent pas au financement du système d’assurance-chômage.

(6) “TVA sociale et plombier polonais” http://www.jeanarthuis-blog.fr/index.php?sujet_id=2588

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