Archives mensuelles : mai 2010

Le Danemark et la rigueur

P1010001Dans le cadre de l’effort de redressement des finances publiques mené actuellement dans de nombreux pays européens, le Danemark vient de franchir une première étape. La perspective d’un retour du déficit budgétaire sous la barre des 3% en 2013 n’est en effet qu’un objectif secondaire. Si la dette publique a pu être divisée par deux entre 2001 et 2007, c’est parce que les Danois ne se sont jamais contentés de respecter les critères en vigueur au sein de l’UE. Le véritable objectif est ainsi de ramener le solde structurel à l’équilibre en 2015 et de sauvegarder le niveau actuel d’Etat-providence. Parmi les mesures aujourd’hui annoncées, qui viennent s’ajouter au principe de croissance réelle nulle de la consommation publique au cours de la période 2011-2013 (1):

– La réduction de 4 à 2 ans de la durée de perception des allocations chômage à compter du 1er juillet 2010.

– Le report au 1er janvier 2014 d’une partie des baisses d’impôt accordées aux plus hauts revenus dans le cadre de la réforme de la fiscalité (“paquet de printemps 2.0”) entrée en vigueur au 1er janvier 2010.

– Le plafonnement des allocations familiales à 4700 euros par an à compter du 1er janvier 2011 et la baisse de leur montant de 5% d’ici 2013.

– Le gel du montant consacré à l’aide au développement sur la période 2011-2013.

– Le plafonnement à 400 euros de la déductibilité du revenu imposable de la cotisation d’adhésion à une organisation syndicale.

En débat depuis déjà quelques mois, la réduction de la durée de perception des allocations chômage est permise par l’amélioration des perspectives entourant le marché de l’emploi (taux de chômage officiel de 4,1% en avril). Elle répond de plus à la priorité numéro un de l’économie danoise: l’expansion du marché du travail. La mesure est toutefois critiquée car adoptée sans concertation avec les partenaires sociaux. Elle pourrait de plus décourager certains de s’assurer contre le chômage, la cotisation versée à une caisse d’assurance-chômage (600 euros par an en moyenne) voyant en effet son montant inchangé pour une durée d’indemnisation qui devient donc deux fois moins longue.

Une bonne partie de la population danoise contribue à l’effort de redressement des finances publiques: demandeurs d’emploi, familles, revenus les plus élevés…A l’exception notable des retraités.

Ce plan ne semble pas être de nature à remettre en cause le redémarrage de l’économie (croissance du PIB de 0,6% au 1er trimestre). La plupart des indicateurs sont en effet revenus au vert: taux de chômage, exportations (+10% entre février et mars) consommation et confiance des ménages (à son niveau le plus élevé depuis la fin 2007)…Le gouvernement danois peut désormais se consacrer entièrement à la traduction concrète des réflexions menées dans le cadre du Forum de la Croissance, structure informelle de prospective ayant pour but de mettre un terme au glissement relatif du pays dans les classements internationaux, et d’adapter le modèle danois aux défis à venir.

Et la rigueur en France? Plutôt que de s’engager sur l’élaboration de plans de prospective permettant une certaine continuité dans l’engagement de réduire les déficits publics (plans non juridiquement non-contraignants mais repris par l’opposition en cas d’alternance), notre pays privilégie aujourd’hui la voie de l’inscription dans la constitution d’une règle budgétaire certes contraignante, mais qui n’empêcherait en rien un gouvernement de viser un déficit budgétaire en fin de législature (2). Le choix entre les deux formules est pourtant évident…

(1) http://fm.dk/Publikationer/2010/Aftale%20om%20genopretning%20af%20dansk%20oekonomi.aspx

(2) http://blogs.lesechos.fr/article.php?id_article=4010

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La responsabilité sociétale des entreprises, un thème incontournable au Danemark

P5110455Organisée  à Copenhague entre les 14 et 21 mai, la 8ème réunion de l’ISO (International Organization for Standardization) sur la responsabilité sociétale a permis de mettre un terme à la rédaction, engagée il y a cinq ans, de lignes directrices ISO 26000 visant à définir plus précisément un concept de responsabilité sociétale désormais censé pouvoir s’appliquer à l’ensemble des institutions du public et du privé (entreprises, collectivités territoriales…).

La tenue de cette réunion est l’occasion de mettre en lumière un autre domaine dans lequel le Danemark a accompli un effort soutenu au cours des dernières années. Preuve de son engagement en la matière, le pays va plus loin que la simple définition de lignes directrices purement indicatives, annonçant l’entrée en vigueur, d’ici la fin 2010, d’un standard proprement danois, le DS 26001. Ce dernier précise un certain nombre d’exigences et de principes que les entreprises doivent scrupuleusement respecter afin de pouvoir prétendre agir de manière socialement responsable.

Cette réunion internationale fait suite à toute une série d’initiatives destinées à promouvoir la responsabilité sociétale dans le pays et qui font suite à la présentation, en mai 2008, d’un vaste plan d’action par les autorités danoises (1):

– Le Ministère de l’Economie a mis sur pied, en 2009, le Conseil de la Responsabilité Sociétale (www.csrgov.dk) chargé d’inciter les entreprises à intégrer le thème de la responsabilité sociétale dans la conduite de leurs affaires. Ce Conseil est composé de membres provenant de l’ensemble des secteurs d’activité (organisations syndicales et patronales, agriculture, artisanat, secteur bancaire, Conseil à la consommation…).

– Les 1100 plus grandes entreprises danoises sont d’autre part tenues, également depuis 2009, de faire un bilan de leurs activités en termes de responsabilité sociétale dans le cadre de la publication de leurs rapports annuels. Dans un premier temps perçue comme une charge, cette obligation, qui a fait l’objet d’une loi, a permis à certaines d’entre elles de mettre au point une stratégie spécifique dépassant le simple état des lieux de leurs activités en la matière.

– L’organisation patronale DI (Confédération des Entreprises Danoises), en coopération notamment avec le ministère de l’Economie et l’Institut Danois des Droits de l’Homme, propose un instrument, la “boussole CSR”, destiné aux entreprises danoises opérant sur les marchés émergents et dans les pays en développement (2). Le recours à cet instrument vise à aider les entreprises danoises concernées à inciter leurs fournisseurs à agir de manière responsable en s’engageant publiquement, au moyen par exemple d’un code de conduite, à respecter toute une série de principes en termes de responsabilité sociétale. DI propose de plus une série d’autres instruments permettant aux entreprises qui le souhaitent de débuter leurs activités dans ce domaine (3).

– Toutes ces initiatives ont été complétées ces derniers mois par la mise en place, dans le cadre des Nations-Unies, d’un réseau nordique, le Global Compact Nordic Countries, dont le but est de promouvoir la responsabilité sociétale et d’échanger les bonnes pratiques dans la région (4).

Afin de comparer les résultats obtenus en termes de responsabilité sociétale au sein des pays développés, un indice (Responsible Competitiveness Index) a été lancé par AccountAbility (organisation à but non lucratif) en 2003. Le premier classement a été opéré en 2007, donc bien avant les initiatives décrites précédemment. Cela n’empêchait pas la Suède d’occuper la première place devant le Danemark. La France apparaîssait alors à la 17ème place, distancée par l’Allemagne (11ème) et le Royaume-Uni (5ème) (5). Peut-être évitera t-on cette fois-ci d’avancer l’argument de la taille du pays pour justifier un énième retard dans un domaine pourtant devenu incontournable?

(1) http://www.samfundsansvar.dk/sw49284.asp

(2) http://www.csrkompasset.dk/

(3) http://di.dk/Marked/CSR/komgodtigang/Pages/Komgodtigang_.aspx

(4) http://www.gcnordic.net/index.php?r=page/show&id=3

(5) http://www.accountability21.net/responsibleCompetitiveness.aspx?id=3488

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Les destins croisés de la France et du Danemark

P5050352 (2) - KopiAprès avoir un temps payé le prix de sa non-appartenance à la zone euro au cours de l’automne 2008, sous la forme de taux d’intérêts plus élevés que ceux pratiqués par la BCE, le Danemark voit désormais sa méfiance instinctive vis-à-vis de la monnaie unique justifiée, en dépit de l’arrimage de la couronne à l’euro. Une méfiance en partie basée sur le constat que certains pays de la zone ont une fâcheuse tendance à manquer de discipline budgétaire. Il est vrai que dans ce domaine, les résultats obtenus par le Danemark au cours des dernières années se passent de commentaires:

Evolution de la dette publique danoise entre 1993 et 2007 (% du PIB)

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Bien que largement endettée, la France est aujourd’hui second contributeur au prêt accordé à la Grèce (le Danemark en ayant été exempté du fait de sa non-appartenance à la zone euro). Un pays avec lequel elle partage, quoi qu’on en dise, certaines caractéristiques. Rappelons par exemple que les intérêts de la dette, deuxième poste budgétaire, aspirent désormais la quasi-totalité des recettes de l’impôt sur le revenu. Fait tout aussi inquiétant, la dette est détenue en majorité par des étrangers, ce qui n’est par exemple pas le cas du Japon. Espérons dans ce contexte que les premiers “investissements” programmés en juin dans le cadre du grand emprunt ne sont plus qu’une mauvaise blague…(1).

Refusant d’employer le terme de rigueur, les élites de notre pays ne semblent toujours pas avoir pris la mesure de la gravité de la situation. “Comparez les indicateurs économiques de la France avec ceux de ses partenaires!” s’écriait vendredi Henri Guaino, le conseiller spécial du Président (2). Chiche! La dette publique: qui vient après la Grèce, la Belgique et l’Italie? Le système de retraite: qui se place à la 22ème place sur 25, juste devant…la Grèce? Le taux d’emploi en général et celui des séniors en particulier? Avons-nous par ailleurs des raisons d’être fiers des résultats du commerce extérieur? Sommes-nous à la pointe pour tous les autres indicateurs (chômage, niveau des salaires…)?

Mais il n’y a pas que sur le thème de l’endettement, aujourd’hui central, que nos deux pays continuent de diverger. Vestas vient ainsi de conclure deux contrats (dont un est le plus important jamais signé dans l’histoire de la compagnie, d’un montant de près de 2,2 milliards d’euros!) dans un contexte marqué par le maintien des exportations d’éoliennes au cours de l’année écoulée (5,5 milliards d’euros). Leur part dans le total des exportations danoises est même passé de 7,2 à 8,5% (3). Pendant ce temps-là, le retard français en la matière a trouvé, sur la base du rapport Ollier, des justifications que nous connaissons parfois déjà très bien. Par exemple, la pollution visuelle (4).

Un argument déjà utilisé pour justifier le refus de diffuser des films et séries en VO à la télévision (les sous-titres constitueraient en effet, au même titre que les éoliennes, une pollution visuelle). Savez-vous que le directoire d’Euronews propose d’organiser la première journée du multilinguisme le 23 mai? (5) Encore un débat crucial dont nous feront l’économie…Mais rassurez-vous, comme le déclarait il y a peu le locataire actuel de l’Elysée, “Après, fin 2011, on ne fera que de la politique” (6).

La France ne sait pas où elle va. Mais elle y va tout droit.

(1) “Grand emprunt: les premiers investissements auront lieu en juin” Le Monde, 3 mai 2010 http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/05/03/grand-emprunt-les-premiers-investissements-auront-lieu-en-juin_1346091_3234.html

(2) “Guaino: il faut garder son sang-froid” Le Figaro, 7 mai 2010 http://www.lefigaro.fr/politique/2010/05/07/01002-20100507ARTFIG00611-guaino-il-faut-garder-son-sang-froid.php

(3) “Vindkraft udgør 72 pct. af den samlede danske energieksporthttp://www.windpower.org/da/presse/nyheder.html

(4) “Coup d’arrêt aux projets d’éoliennes en France” Le Figaro, 28 avril 2010 http://www.lefigaro.fr/sciences-technologies/2010/04/28/01030-20100428ARTFIG00720-coup-d-arret-aux-projets-d-eoliennes-en-france-.php

(5) “La journée du multilinguisme, par Philippe Cayla” Le Monde, 4 mai 2010 http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/05/04/la-journee-du-multilinguisme-par-philippe-cayla_1346228_3232.html

(6) “Sarkozy: “Fin 2011, on ne fera que de la politique” Le Point, 5 mai 2010 http://www.lepoint.fr/actualites-politique/2010-05-05/rencontre-avec-les-deputes-sarkozy-fin-2011-on-ne-fera-que-de-la-politique/917/0/451422

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