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Danemark: vers la fin de la retraite?

PC055114La question est un brin provocante. Elle illustre néanmoins les divergences croissantes dans les perspectives entourant les marchés du travail français et danois à moyen/long terme. En dépit d’une situation de l’emploi encore tendue (le taux de chômage est aujourd’hui compris entre 4 et 8% selon l’indicateur retenu), le Danemark se prépare depuis déjà quelques mois à l’avènement programmé de cette “ère post-chômage” dont il avait eu un bref avant-goût juste avant que la crise financière ne survienne.

Afin de s’y préparer et d’assurer la soutenabilité des finances publiques (comprenez préserver le niveau actuel d’Etat-providence), le Premier Ministre danois entend notamment supprimer le droit à la préretraite pour les personnes aujourd’hui âgées de moins de 45 ans. Un droit introduit en 1979 et qui concerne aujourd’hui près de 130 000 Danois, soit près de 5% de la population en âge de travailler. L’accord passé en 2006 entre la plupart des formations politiques danoises, qui prévoyait notamment d’élever, entre 2019 et 2022, de 60 à 62 ans l’âge minimum pour en bénéficier, n’est en effet plus jugé suffisamment ambitieux.

âge moyen de départ effectif à la retraite

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Il s’agit pour le Danemark d’élever l’âge moyen de départ effectif à la retraite (61 ans), qui place le pays en milieu de peloton au sein de l’UE, et de rattraper le retard sur les autres pays nordiques, notamment la Suède, en termes de taux d’emploi des 60-64 ans. Le gouvernement propose ainsi de supprimer progressivement le dispositif de préretraite à partir de 2014 (avec une suppression effective en 2034) et d’élever l’âge de départ à la retraite dès 2019 avec pour objectif de le porter à 67 ans en 2022 et 68 ans en 2030 (1).

Si elle est adoptée, la réforme pourrait déboucher sur une hausse du nombre de bénéficiaires de la pension d’invalidité. On estime en effet qu’environ 20% des personnes allant perdre leur droit à la préretraite devraient être amenées à bénéficier, dans le cas où elles ne peuvent continuer à travailler, d’un dispositif censé les y conduire. La réforme a néanmoins le mérite de mettre fin à une particularité bien danoise qui est de payer des individus, souvent en bonne santé, pour quitter le marché du travail dès 60 ans (il est vrai qu’à l’origine, le dispositif avait pour objectif de lutter contre le chômage…).

Le principe de l’indexation de l’âge de départ à la retraite sur l’espérance de vie étant conservé, on estime aujourd’hui qu’un nouveau-né  sera appelé à partir en retraite…à 74 ans.

Les Danois semblent comprendre les enjeux associés à une telle réforme. Il faut dire qu’elle a été présentée dans des termes très clairs par le Premier Ministre, qui insiste sur l’impératif de ne pas laisser passer le taux d’activité brut sous la barre des 50%.

Les logiques traversant nos deux marchés du travail sont donc très différentes. Il n’est dès lors pas surprenant de constater que l’approche danoise sur le vieillissement de la population débouche sur l’envolée des exportations de “welfare technologies” et que les séniors soient régulièrement qualifiés “d’or gris”, alors que par contraste notre gouvernement annonce pour cette année une réforme de la “dépendance”.

Nous ne parviendrons à réduire ces divergences qu’en nous inspirant davantage des ressorts d’un modèle, la flexicurité, que nous croyons, à tort, bien connaître. En termes de retraites, il est également utile de rappeler que toute réforme, aussi ambitieuse qu’elle soit en termes de repoussement de l’âge légal de départ à la retraite, ne peut en aucun cas être déconnectée des questions d’emploi.

(1) http://fm.dk/Publikationer/2011/Vi%20kan%20jo%20ikke%20laane%20os%20til%20velfaerd.aspx

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Le Danemark et la rigueur

P1010001Dans le cadre de l’effort de redressement des finances publiques mené actuellement dans de nombreux pays européens, le Danemark vient de franchir une première étape. La perspective d’un retour du déficit budgétaire sous la barre des 3% en 2013 n’est en effet qu’un objectif secondaire. Si la dette publique a pu être divisée par deux entre 2001 et 2007, c’est parce que les Danois ne se sont jamais contentés de respecter les critères en vigueur au sein de l’UE. Le véritable objectif est ainsi de ramener le solde structurel à l’équilibre en 2015 et de sauvegarder le niveau actuel d’Etat-providence. Parmi les mesures aujourd’hui annoncées, qui viennent s’ajouter au principe de croissance réelle nulle de la consommation publique au cours de la période 2011-2013 (1):

– La réduction de 4 à 2 ans de la durée de perception des allocations chômage à compter du 1er juillet 2010.

– Le report au 1er janvier 2014 d’une partie des baisses d’impôt accordées aux plus hauts revenus dans le cadre de la réforme de la fiscalité (“paquet de printemps 2.0”) entrée en vigueur au 1er janvier 2010.

– Le plafonnement des allocations familiales à 4700 euros par an à compter du 1er janvier 2011 et la baisse de leur montant de 5% d’ici 2013.

– Le gel du montant consacré à l’aide au développement sur la période 2011-2013.

– Le plafonnement à 400 euros de la déductibilité du revenu imposable de la cotisation d’adhésion à une organisation syndicale.

En débat depuis déjà quelques mois, la réduction de la durée de perception des allocations chômage est permise par l’amélioration des perspectives entourant le marché de l’emploi (taux de chômage officiel de 4,1% en avril). Elle répond de plus à la priorité numéro un de l’économie danoise: l’expansion du marché du travail. La mesure est toutefois critiquée car adoptée sans concertation avec les partenaires sociaux. Elle pourrait de plus décourager certains de s’assurer contre le chômage, la cotisation versée à une caisse d’assurance-chômage (600 euros par an en moyenne) voyant en effet son montant inchangé pour une durée d’indemnisation qui devient donc deux fois moins longue.

Une bonne partie de la population danoise contribue à l’effort de redressement des finances publiques: demandeurs d’emploi, familles, revenus les plus élevés…A l’exception notable des retraités.

Ce plan ne semble pas être de nature à remettre en cause le redémarrage de l’économie (croissance du PIB de 0,6% au 1er trimestre). La plupart des indicateurs sont en effet revenus au vert: taux de chômage, exportations (+10% entre février et mars) consommation et confiance des ménages (à son niveau le plus élevé depuis la fin 2007)…Le gouvernement danois peut désormais se consacrer entièrement à la traduction concrète des réflexions menées dans le cadre du Forum de la Croissance, structure informelle de prospective ayant pour but de mettre un terme au glissement relatif du pays dans les classements internationaux, et d’adapter le modèle danois aux défis à venir.

Et la rigueur en France? Plutôt que de s’engager sur l’élaboration de plans de prospective permettant une certaine continuité dans l’engagement de réduire les déficits publics (plans non juridiquement non-contraignants mais repris par l’opposition en cas d’alternance), notre pays privilégie aujourd’hui la voie de l’inscription dans la constitution d’une règle budgétaire certes contraignante, mais qui n’empêcherait en rien un gouvernement de viser un déficit budgétaire en fin de législature (2). Le choix entre les deux formules est pourtant évident…

(1) http://fm.dk/Publikationer/2010/Aftale%20om%20genopretning%20af%20dansk%20oekonomi.aspx

(2) http://blogs.lesechos.fr/article.php?id_article=4010

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Les femmes sur le marché du travail danois

SPM_A1294Bien que la croissance soit repartie dans nos deux pays (+0,3% en France et +0,6% au Danemark au 3ème trimestre 2009), la crise continuera de peser de tout son poids au cours de l’année 2010, obligeant nos gouvernements respectifs à prendre des mesures visant à lutter contre la hausse du chômage et celle des déficits (1). Au vu de l’ampleur de la tâche qui nous attend dans ces deux domaines, le principal défi, en France comme au Danemark, sera donc de parvenir à rester concentré sur les autres problématiques susceptibles de déterminer, à plus long terme, la prospérité de nos deux nations. Parmi ces problématiques figurent en bonne place la reconversion de la majeure partie des activités de nos industries dans les technologies vertes et le développement de la coopération économique avec l’Asie, et notamment avec la Chine.

Concernant le secteur des technologies vertes, le Danemark a déjà fait ses preuves, puisque les exportations de ces dernières représentaient déjà 3,5% du PIB en 2008, un chiffre plaçant le pays loin devant tous les autres (2). La situation est plus contrastée en termes de coopération avec l’Asie, mais il semble que le retard relatif du Danemark dans ce domaine soit dans une large mesure en passe d’être rattrapé, notamment depuis la présentation de la stratégie Chine en février 2008 (3).

Mais un autre domaine déterminant dans le cadre de l’exacerbation de la compétition au niveau mondial est la place accordée aux femmes sur le marché du travail. D’une manière générale, le Danemark est dans ce domaine souvent distancé par les autres pays nordiques mais dispose d’une longueur d’avance appréciable par rapport à la France. Un simple coup d’oeil au taux d’emploi prévalant dans nos deux pays suffit à s’en convaincre: 75% au Danemark contre 60% en France, avec un écart un peu plus marqué entre hommes et femmes dans notre pays (4). Au Danemark, le taux d’emploi des femmes d’origine étrangère est certes moins élevé (53,5% en 2008) mais reste supérieur à celui de l’ensemble des femmes en Italie…(5).

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La présence massive des femmes sur le marché du travail danois est avant tout à relier au modèle de flexicurité. La pérennité de son financement requiert en effet un taux d’emploi élevé au niveau national. La Banque Centrale Danoise avançait ainsi que les dépenses liées à la flexicurité représentaient 4,26% du PIB danois en 2006 (6). Les avantages négociés dans le cadre des conventions collectives sont également un facteur permettant d’expliquer cette forte présence. Les congés maternités sont par exemple de 29 semaines dans le privé et de 38 semaines dans le public, soit beaucoup plus que le minimum garanti depuis peu au niveau de l’UE (18 semaines). Un minimum que la France ne parvient à dépasser de manière significative qu’à partir du troisième enfant (26 semaines)…La diffusion du télétravail tend également à renforcer cette présence, même si les hommes semblent en bénéficier davantage que les femmes.

Il est vrai que d’énormes progrès peuvent encore être réalisés au Danemark lorsque l’on dépasse le seul thème du taux d’emploi des femmes. Le mouvement de grève ayant émaillé la renégociation des conventions collectives encadrant le secteur public au printemps 2008 a débouché sur l’instauration d’une commission sur les salaires chargée, au cours de l’année 2010, d’examiner les écarts de salaire entre les deux sexes. Selon SFI (Danish Social Research Centre), ces écarts sont restées stables tout au long de la période 1997-2006 et ne peuvent être expliqués qu’à hauteur de 70-80% (différences dans les postes occupés et différences de temps de travail). Les hommes gagneraient ainsi entre 17 et 21% de plus que les femmes (7). D’où le lancement par le Ministère de l’Emploi d’une page internet, www.ligelon.dk, destinée à identifier les meilleures pratiques en la matière au sein des entreprises danoises et à informer sur la situation des hommes et des femmes sur le marché du travail (8).

Qui dit inégalités salariales sur le marché du travail dit inégalités en termes de retraite. De manière surprenante, les différences dans le montant des versements effectués au titre de la retraite se sont mêmes creusées entre 2001 et 2006 si l’on en croit ATP, le plus grand fonds de pension du pays, chargé notamment de gérer la retraite complémentaire des Danois (9).

Enfin, s’il est un thème à propos duquel le Danemark se voit distancé par l’ensemble de ses voisins nordiques, c’est bien celui de la présence des femmes aux postes de direction des grandes entreprises et au sein des conseils d’administration. Les dernières données disponibles indiquent toutefois une amélioration marquante de la situation: 28% des postes clés sont désormais occupés par des femmes (10). On se rapproche donc petit à petit de l’influence dont dispose aujourd’hui les femmes au sein du monde politique (38% des sièges au Folketing). Une évolution qui a été renforcée par la signature, en mars 2008, d’une charte appelant à la hausse du nombre de femmes occupant des postes de direction. Cette charte, résultat de la coopération entre le ministère des Affaires Sociales et de l’Egalité des Droits, cinq entreprises du privé et cinq organisations du public, a constitué le début d’une campagne visant à rassembler au moins une centaine d’entreprises en 2010. Un site internet lui est consacré: www.kvinderiledelse.dk

Concernant la présence des femmes au sein des conseils d’administration, l’exemple est donné par la Norvège, qui a imposé un quota de 40%. Un exemple sans doute à suivre, quoiqu’avec un peu plus de souplesse, l’expérience ayant montré que ce niveau s’est révélé quelque peu excessif…

Nul doute que la forte proportion d’étudiantes au sein de l’enseignement supérieur (plus de 60%) contribuera à renforcer le mouvement. Persister à exclure les femmes des postes stratégiques revient à ne voir le monde que d’un seul oeil. Et pourtant le thème de la parité est une autre révolution que la France est loin de mener…

(1) Le taux de chômage atteignait au Danemark 4,4% au mois de novembre 2009 (7,2% selon Eurostat), contre 10% en France (également selon Eurostat). Le déficit budgétaire attendu pour 2010 est de 5% au Danemark contre 8% en France.

(2) WWF, 11 décembre 2009 http://www.wwf.dk/dk/Menu/Nyheder/Danmark+i+front+med+gr%C3%B8n+teknologi

(3) http://vtu.dk/site/forside/publikationer/2008/strategi-for-vidensamarbejde-mellem-danmark-og-kina

(4) Les graphiques sont tirés d’un article de The Economist, “Female power”, 30 décembre 2009 http://www.economist.com/displaystory.cfm?story_id=15174418

(5) Danmarks Statistik http://www.statistikbanken.dk/statbank5a/default.asp?w=1280

(6) “Flexicurity – Den danske arbejdsmarkeds – model” Danmarks Nationalbank kvartaloversigt, quatrième trimestre 2007 http://www.nationalbanken.dk/C1256BE2005737D3/side/Kvartalsoversigt_2007_4_kvartal/$file/kap04.htm

(7) “Lønforskelle mellem mænd og kvinder 1997-2006” SFI http://www.sfi.dk/Default.aspx?ID=4820

(8) “Kvinder og mænd på arbjedsmarked i 2008http://www.ligelon.dk/sw2188.asp

(9) “Stigende forskel mellem kønnenes pensionsindbetalinger: mænds pensionsforspring vokser” ATP Faktum, numéro 60, septembre 2008 http://www.atp.dk/X5/wps/wcm/connect/ATP/atp.dk/om/omatp/press/Nyhedsbrev/Nyhedsbrev-faktum

(10) “Flere kvinder vælger et job som topleder” Berlingske Tidende, 23 juin 2009 http://www.ruc.dk/ruc/presseklip/alle/95a4f43c-1a6d-4d10-ba80-7b0be9715f29/

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Samsø, ou « l’île du nirvana vert »

SPM_A1387La COP15 constitue une opportunité unique pour le Danemark d’exposer son savoir-faire en termes de technologies vertes. Cela n’a évidemment pas échappé au gouvernement danois, qui a pris ces dernières semaines un certain nombre d’initiatives destinées à s’assurer que le pays tire pleinement profit de l’attention qui lui est aujourd’hui portée. Parmi elles, la mise en place d’un partenariat public-privé dénommé “Alliance Verte”, censé promouvoir le développement des technologies de l’environnement. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la première des cinq réunions programmées en 2010 dans le cadre du Forum de la Croissance, la nouvelle structure informelle de prospective, aura pour thème la croissance verte (1). Un thème sur lequel le Danemark dispose souvent d’une longueur d’avance: les exportations de technologies ont représenté pas moins de 3,5% du PIB en 2008, un résultat qui place le pays à la première place mondiale. Pour le Brésil, second du classement, cette part atteint…1%, les autres pays industrialisés étant encore plus distancés (2). Le résultat d’investissements judicieux qui ont débuté il y a une vingtaine d’années…

La loupe posée aujourd’hui sur le Danemark n’aura à n’en pas douter des effets grossissants. Certains des résultats obtenus ne manqueront pas d’être exagérés avec la complicité bienveillante (et compréhensible) des autorités danoises. Il est toutefois un nom que le pays peut mettre en avant sans plus rien avoir à prouver, tant il est désormais connu internationalement: Samsø. Surnommée “l’île du futur” (New York Times) ou encore “l’île du nirvana vert” (World News Australia), Samsø a fait l’objet ces derniers mois d’un nombre incalculable de visites de journalistes et d’environnementalistes du monde entier (3). Notre pays n’a pas échappé à l’engouement: France 3 y est par exemple allée de sa petite contribution (4).

La raison de l’intérêt porté à Samsø tient au pari, fait en 1997, de rendre l’île indépendante énergétiquement dans les dix ans. Un pari atteint dès 2003, l’île, d’une surface de 114 kilomètres carrés et peuplée par quelque 4000 habitants,  “exportant” même de l’électricité depuis lors, ce qui permet d’investir dans de nouveaux projets à forte connotation énergétique et de financer les activités de Samsø Energiakademi (5). Inaugurée en mai 2007, cette “académie” a pour objectif de rassembler les connaissances en termes d’économies d’énergie et d’énergie renouvelable et d’accueillir des chercheurs du monde entier dont les travaux sont axés sur ces thèmes. Elle organise régulièrement des conférences et se propose également d’accueillir élèves et touristes.

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Pour atteindre l’objectif d’indépendance énergétique, Samsø a dû investir pas moins de 368 millions de couronnes (environ 50 millions d’euros) dans une série de projets. L’installation d’éoliennes a évidemment joué un rôle primoridial dans la politique qui a été mise en place. 11 éoliennes ont ainsi été installées en 2000 pour 66 millions de couronnes (environ 9 millions d’euros), permettant de couvrir plus que la totalité des besoins de l’île en électricité (les agriculteurs de l’île sont propriétaires de 9 d’entre elles). 10 autres éoliennes de plus grande taille ont ensuite été installées au large de l’île en 2003, la commune devenant alors propriétaire de cinq d’entre elles. Ces éoliennes produisent plus d’énergie que l’île n’en a besoin pour son secteur des transports (y compris les 3 ferries).

Le pari fait sur l’éolien a de plus été complété par un série d’investissements, notamment dans des stations de chauffage alimentées par la biomasse, cette dernière étant la source unique de chauffage de 75% des habitations de l’île. Le recours aux panneaux solaires a également été encouragé.

Indépendante énergétiquement, Samsø vise désormais la neutralité en CO2 grâce notamment aux revenus tirés de sa production d´électricité excédentaire (les émissions de lîle ont été réduites de 140% au cours des dix dernières années) (6). Les autorités de l’île entendent en effet concentrer leurs efforts dans deux directions: un projet intitulé “Passivhus +10” et l’introduction de la voiture électrique. Le projet “passivhus + 10” est basé sur le principe que les coûts liés à la construction d’une maison passive ne peuvent excéder de 10% de ceux liés à la construction des habitations répondant aux exigences légales de construction.

L’aventure vécue par Samsø a donc débuté par l’éolien. Un domaine dans lequel la France a heureusement accompli des progrès depuis quelques années. Les résistances à ce type d’énergie restent toutefois nombreuses et contrastent grandement avec l’appropriation dont elle a fait l’objet par la population locale de l’île et par les Danois en général (7). En pleine COP15, il serait grand temps que ses opposants prennent conscience que la “pollution” visuelle, dans le domaine de l’énergie comme dans celui du petit écran (à quand l’introduction des sous-titres à la télévision?) est un moindre mal…

(1) Site du Premier Ministre http://stm.dk/_a_2940.html

(2) “Danmark giver baghjul i grønt salg” Berlingske Tidende, 10 décembre 2009 http://www.business.dk/brancher/danmark-giver-verden-baghjul-i-groent-salg

(3) “Samsø er berømt verden over” Berlingske Tidende, 26 novembre 2009 http://www.berlingske.dk/klima/samsoe-er-beroemt-verden-over

(4) http://info.france3.fr/avenue-europe/?date=2008/03/29&id_article=130 Pour avoir un aperçu de la couverture journalistique de l’île, consulter le site de Samsø Energiakademi, http://www.energiakademiet.dk/front.asp?id=100

(5) http://www.energiakademiet.dk/

(6) http://www.teknikogviden.dk/artikelarkiv/2008/12/passiv-huse-og-elbiler-foerer-samsoe-ind-i-fremtiden-.aspx

(7) Le Danemark compte pas moins de 4800 éoliennes. Sur ces 4800, seuls 114 offrent une puissance supérieure à 2 mégawatt. Depuis 2004, l’installation d’éoliennes a fortement ralenti. De nouveaux projets sont toutefois programmés.

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Le Danemark et la réforme des jobcenter: acte II

A007711_54_27Tirer parti de la reprise, aussi limitée soit-elle. C’est l’objectif affiché par l’ensemble des gouvernements de la planète. A ce jeu-là, le Danemark est conscient qu’il souffre de certains handicaps de taille: évolutions démographiques défavorables, niveau excessivement élevé des salaires, productivité du travail en berne, poursuite de la baisse des prix sur le marché de l’immobilier…Mais le pays dispose aussi d’atouts singuliers. Il sera en premier lieu épargné par la nécessité de faire face à un endettement dont le niveau constitue désormais un véritable boulet pour la quasi-totalité des économies développées (1). La tenue de la COP15 à Copenhague représente ensuite une formidable opportunité pour les entreprises danoises de renforcer leurs positions en termes d’exportations de technologies vertes. Le nouvel exercice de prospective est bel et bien lancé avec la tenue, la semaine dernière, de la première réunion de la structure informelle de prospective chargée de libérer la croissance (2). La simplification du fonctionnement des jobcenter danois prendra enfin prochainement une nouvelle dimension, contribuant ainsi à renforcer l’efficacité du modèle de flexicurité.

La première étape du renforcement de l’efficacité du service à l’emploi a été constituée par la récente (et discrète) entrée en vigueur de la communalisation des jobcenter, qui confie leur gestion aux seules communes et qui introduit un système de refinancement des allocations chômage supposé les inciter au résultat (3). La deuxième étape interviendra à la fin du 1er trimestre 2010, à travers l’introduction d’un système simplifié de placement des demandeurs d’emploi (4).

Les 91 jobcenter vont en effet remplacer le modèle de placement actuel, basé sur le classement des demandeurs d’emploi en pas moins de 5 catégories, par un modèle n’en comprenant plus que 3. Précisions importantes, les droits et devoirs des demandeurs d’emploi resteront inchangés, de même que les attributions des caisses d’assurance-chômage en ce qui concerne leur accompagnement (entretien initial de préparation au CV, conseils à la recherche d’emploi et entretiens bilan tous les 3 mois).

Le placement des demandeurs d’emploi en trois catégories s’appliquera de plus à l’ensemble des bénéficiaires d’une allocation (y compris l’allocation maladie), alors que le modèle en cinq catégories qui prévalait jusqu’à présent n’était valable que pour les bénéficiaires de l’allocation chômage standard (“dagpenge”), de l’aide sociale de remplacement versée par les communes (“kontanthjælp”) et d’une autre allocation spécifique de montant très réduit (“starthjælp”).

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Les critères à la base du placement actuel des demandeurs d’emploi en cinq catégories étant interprétés de manière différente d’un jobcenter à l’autre, la réforme prévoit de rendre beaucoup plus objectifs ceux justifiant ce même placement en seulement trois catégories. Appartiendront ainsi à la catégorie 1 les demandeurs d’emploi jugés prêts à accepter une offre d’emploi  susceptible de les faire réintégrer le marché du travail dans un délai maximum de trois mois. Appartiendront à la catégorie 2 ceux qui ne répondent pas au critère pour entrer dans la catégorie 1 mais qui sont en mesure de suivre un processus d’activation. Appartiendront à la catégorie 3 tous les autres demandeurs d’emploi, à savoir ceux encore trop éloignés du marché du travail.

Le nouveau mode de placement des demandeurs d’emploi a donc l’avantage de rendre plus transparent le nombre de personnes en mesure de revenir sur le marché du travail, y compris celles en arrêt maladie. Il permet également de renforcer sensiblement les chances de parvenir à une égalité de traitement des demandeurs d’emploi au sein des 91 jobcenter.

Le véritable but de la réforme est d’adapter l’effort accompli en termes d’accompagnement des demandeurs d’emploi au défi du manque de main-d’oeuvre à moyen terme, en sachant que le Danemark est contraint de tendre vers une expansion du marché du travail pour pérenniser le financement de son Etat-providence.

image Prochaine étape de la réorganisation du modèle de flexicurité, le lancement, qui semble aujourd’hui difficilement évitable, d’une réflexion sur la manière d’inverser la désaffection des Danois pour les caisses d’assurance-chômage. Une désaffection qui se traduit aujourd’hui par le fait que près de 70 000 personnes, faute d’assurance chômage, se retrouvent sans aucune couverture (car elles ne sont pas éligibles à l’aide de remplacement versée par les communes). Une réflexion qui pourrait par exemple déboucher sur une baisse du montant de la cotisation annuelle à une caisse d’assurance-chômage (650 euros en moyenne).

La remise à plat du fonctionnement des jobcenter est critiquable (et critiquée), mais elle a le mérite d’être applicable et de concourir à une incontestable rationalisation de l’effort en termes d’emploi, ce qui est déjà beaucoup en comparaison avec la désormais  bien (trop) célèbre fusion ANPE-Unedic…

(1) Les dernières prévisions gouvernementales indiquent que la dette publique atteindrait 38,3% du PIB en 2009 et 42,3% en 2010 http://fm.dk/Publikationer/2009/1839-OER%20Aug%2009.aspx

(2) http://oem.dk/graphics/oem/nyheder/AndreNyheder/Danmark%20styrket%20ud%20af%20krisen.pdf

(3) L’Etat va ainsi continuer à financer à 100% le système d’allocation-chômage tout au long de l’année 2009, mais ce financement intégral ne sera assuré qu’au cours des 18 premières semaines à partir de 2010 et seulement 4 semaines à partir de 2013. Une fois passées ces 4 semaines, l’Etat refinancera les allocations chômage versées par les communes à hauteur de 75% lorsque ces dernières proposeront un programme d’activation aux demandeurs d’emploi, à hauteur de 50% si ce n’est pas le cas.

(4)http://www.ams.dk/Reformer-og-indsatser/Udvikling-og-forsog/ny-matchmodel.aspx

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Le Danemark à la conquête de la Chine

SPM_A0551La récession est terminée au Danemark. C’est en tous les cas ce que vient d’affirmer Danske Bank, le premier établissement bancaire du pays (1). Les débats se concentrent donc désormais sur la meilleure manière de gérer l’après-crise. Dans ce contexte, priorité est donnée à la relance des exportations (en recul de 19,5% sur un an) au vu de l’ouverture particulièrement marquée de l’économie danoise sur l’extérieur (les exportations représentaient près de 35% du PIB au moment de l’apparition de  la crise). Dans ce contexte, la Chine  occupe, du fait du taux de croissance insolent attendu pour 2009 (8%), une place de choix. Ce qui frappe d’entrée, en comparaison avec la France, c’est que l’Empire du Milieu n’est ici presque exclusivement perçu que par le biais des opportunités qu’il représente. Une divergence finalement conforme à la vision diamétralement opposée qu’ont nos deux peuples sur la mondialisation (2). Résultat, les Danois sont en passe de rattraper leur retard initial…

La France a par exemple exporté pour un total de 11,5 milliards d’euros vers la Chine (en incluant Hong-Kong) en 2008 (3). Les exportations danoises atteignaient au même moment 2,2 milliards d’euros. Des chiffres qui, une fois rapportés à la population, indiquent que le Danemark exporte donc vers la Chine environ deux fois plus par habitant que la France. Il est vrai que les exportations vers la Chine représentent toujours moins de 3% du total des exportations danoises et que le déficit commercial avec le géant chinois tend, comme pour la France, à se creuser. Mais preuve que le Danemark est entré dans une dynamique positive, le rythme de croissance des exportations vers la Chine est impressionnant depuis 2005 (+57%). Il devrait même, malgré la crise, rester positif en 2009. En incluant Hong-Kong, la Chine était ainsi le 9ème client du Danemark et son 4ème fournisseur en 2008.

Montant des échanges entre le Danemark et la Chine (2000-2008)

2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 Evolution

Exportations (milliards DKK)

7,3 7,4 8,6 9,0 10,5 10,5 13,6 13,9 16,5 +126%

Importations (milliards DKK)

12,7 12,8 12,8 15,2 18,2 24,6 29,4 32,1 34,7 +173%

Source: Danmarks Statistik

Taux de croissance des exportations. En noir: vers la Chine. En rouge: total. En gris: vers l’Inde (4)

image Source: DI

Les investissements chinois au Danemark (190 millions d’euros) restent très modestes. Ils étaient en 2007 sept fois inférieurs à ceux du Danemark en Chine (1,3 milliard d’euros). Le déséquilibre semble s’être creusé puisque les premiers chiffres fournis par les autorités chinoises sur l’année 2008, indiquent une progression des investissements danois vers la Chine de l’ordre de 135%, le montant constaté étant supérieur à celui de la Suède et de la Finlande réunies et faisant du Danemark le 6ème investisseur de l’UE dans le pays…(5).

L’évolution des échanges avec la Chine contraste donc avec celle entourant d’autres économies émergentes, notamment l’Inde, comme l’illustre le précédent graphique. Cette situation s’explique en grande partie par l’accent mis par les autorités danoises sur l’Empire du Milieu au cours des deux ou trois dernières années. Une stratégie Chine a par exemple été dévoilée en février 2008 (6) en tant que déclinaison de la stratégie mondialisation et de la stratégie Asie, respectivement présentées en avril 2006 et en juin 2007 (7).

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Elaborée par le Ministère de la Science, de la Technologie et de l’Innovation en collaboration avec l’Ambassade du Danemark à Pékin et d’un centre d’innovation danois installé à Shanghaï, la stratégie Chine vise à renforcer la collaboration entre les deux pays dans les domaines de l’enseignement supérieur et de la R&D, favoriser la compréhension culturelle et mieux coordonner l’action des entités danoises déjà présentes en Chine (350 entreprises). Elle succède à la signature, en septembre 2007, de deux accords bilatéraux de coopération dans le domaine de la R&D (biotechnologies, recherche médicale, énergie durable, nanotechnologies, NTIC…) et de l’éducation (reconnaissance des diplômes). Parmi les initiatives proposées:

– Le développement des échanges de chercheurs, à travers notamment l’augmentation du nombre de bourses à destination de chercheurs danois désirant aller en Chine et l’augmentation des subventions destinées aux universités danoises accueillant des chercheurs chinois.

– Le renforcement de la coopération dans le secteur de la recherche (établissement de centres de recherche et de fonds de recherche communs, accroissement du nombre de colloques et de conférences…).

– Le développement de la coopération dans le domaine de l’innovation, à travers le renforcement du rôle joué par le centre d’innovation ouvert en septembre 2007 à Shanghai (http://www.shanghai.um.dk/en). Celui-ci offre déjà une gamme élargie de services (aides aux entreprises en termes de partenariat, d’implantation, identification des meilleures pratiques dans le domaine de la R&D, renforcement de la visibilité de la communauté danoise, mise en valeur des domaines clés de compétence…) (8).

– Le renforcement de la visibilité des formations supérieures proposées au Danemark à travers le développement de deux sites internet: www.ciriusonline.dk et www.studyindenmark.dk.

– Le développement de la mobilité des étudiants entre le Danemark et la Chine, à travers l’action du DTU Student Sponsorship Program (www.dtu.dk) et l’implication du monde de l’entreprise afin de financer le séjour d’étudiants chinois au Danemark.

– L’ouverture d’une université danoise en Chine, complétée par le développement d’alliances entre universités danoises et chinoises.

La Chine n’est pas étrangère au record atteint par les exportations de technologies du secteur de l’énergie constaté en 2008 (8,5 milliards d’euros, soit le deuxième secteur à l’export, devant les produits pharmaceutiques et juste derrière les produits alimentaires) (9). Le Danemark est ainsi placé en première ligne dans le développement du secteur de l’énergie renouvelable en Chine, avec notamment la présence d’entreprises comme Vestas et Grundfos.

Les autres grandes compagnies présentes couvrent toutefois bien d’autres secteurs stratégiques tels la sécurité alimentaire (Chr. Hansen Holding et Danfoss), les médicaments (Novo Nordisk et Lundbeck) ou l’agroalimentaire (Carlsberg). Clé de la réussite de ces groupes en Chine, la nécessaire adaptation des produits au contexte local. Vestas exporte ainsi des éoliennes spécifiquement mises au point pour le marché chinois, une exigence qui ne lui avait jamais été demandé de remplir auparavant…

L’intérêt porté par le Danemark à la Chine est réciproque. Souhaitant mettre en pratique le concept de “société harmonieuse”, les dirigeants chinois se tournent naturellement vers le Danemark lorsqu’il s’agit, grâce à une croissance soutenue, de mettre en place les tous premiers éléments d’un Etat-providence (prestations sociales, aides à l’éducation, système de retraite, politique active de l’emploi, indemnisation du chômage, couverture maladie universelle, exclusion sociale…) (10).

Plus que jamais conscient que la crise actuelle est en train d’accélérer le basculement du pouvoir économique de l’Occident vers l’Asie, le Danemark entend donc donner un second souffle aux initiatives nées de la stratégie mondialisation de 2006. D’où l’appel lancé récemment par Dansk Erhverv (Danish Chamber of Commerce) en faveur de la mise en place d’une entité, “Visionsråd”, censée remplacer l’action menée jusqu’ici par le Conseil de la mondialisation (“Globaliseringsrådet”). Il va sans dire que la Chine constitue une priorité.

Au-delà du développement des échanges et des investissements avec l’Empire du Milieu, le Danemark entend profiter des initiatives décrites précédemment pour poursuivre le transfert de ses activités de R&D dans le pays, renforçant ainsi sa première place au niveau nordique en termes de délocalisations. Un rapport du Ministère de l’Economie concluait l’année dernière que 19% des entreprises danoises de plus de 50 salariés avaient recouru à des délocalisations au cours de la période 2001-2006, devant la Finlande (16%), la Norvège et les Pays-Bas (14%) et la Suède (4%) (11). On est donc à des années lumière de l’aveuglement constitué dans notre pays par “l’affaire” Alcatel-Lucent, dont la gestion par le Ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, devrait prétendument être irréprochable pour avoir souhaité et obtenu par le directeur du groupe “l’engagement formel que l’entreprise ne procèderait à aucune délocalisation à l’étranger dans le cadre de la restructuration prévue” (12). Pauvre France, qui entretient encore l’illusion que le plus important est de tout faire pour empêcher les délocalisations…

Autre enseignement à tirer des tribulations danoises en Chine, le fait que les exportations danoises sont avant tout tirées par quelques grands groupes. Un constat également valable pour l’ensemble des autres destinations et qui tend à remettre en cause l’image traditionnelle du Danemark comme un pays dont les exportations reposeraient sur un tissu de PME dynamiques à l’export. Bien que les PME représentent plus de 90% du total des entreprises, 90% du total des exportations est en effet réalisé par seulement 10% des entreprises…De manière étonnante, le nombre d’entreprises exportatrices aurait même baissé au cours des dernières années (13).

L’établissement d’une dizaine de centres d’innovation à travers le monde, dont un en Chine, repose enfin sur une coopération entre deux ministères, celui de la Science, de la Technologie et de l’Innovation et celui des Affaires Etrangères (le secteur des exportations relevant de ce dernier). Importer le principe d’établissement de centres d’innovation dans notre pays reviendrait donc à impliquer 3 ministères différents puisque le commerce extérieur relève chez nous du ministère de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi. Au vu de la culture de coopération qui prévaut dans notre pays,  le moins que l’on puisse dire est qu’il n’est pas certain que nous y parvenions…Cet obstacle organisationnel devrait-il pour autant nous empêcher d’élaborer une véritable stratégie Chine?

(1) « Recessionen er slut » Berlingske Tidende, 8 juillet 2009 http://www.business.dk/article/20090708/okonomi/90708033

(2) Eurobaromètre 67, printemps 2007 et Eurobaromètre 70, décembre 2008 http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/eb/eb67/eb67_fr_nat.pdf http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/eb/eb70/eb70_first_fr.pdf

(3) http://www.missioneco.org/documents/106/152692.pdf

(4) “Kina viser vejen for dansk eksport i krisetider”, DI, 11 mai 2009 http://di.dk/SiteCollectionDocuments/Downloadboks%20-%20lokale%20filer/2009/OPINION/DI%20Indsigt/DI%20Indsigt%20-%20Kina%20viser%20vejen%20for%20dansk%20eksport%20i%20krisetider.pdf

(5) “Danske virksomheders investeringer i Kina steg 135 pct sidste år”, 18 février 2009 http://www.npinvestor.dk/nyheder/danske-virksomheders-investeringer-i-kina-steg-135-pct-sidste-aar-182731.aspx

(6) http://vtu.dk/site/forside/publikationer/2008/strategi-for-vidensamarbejde-mellem-danmark-og-kina

(7) Stratégie mondialisation: http://www.globalisering.dk/page.dsp?area=52 Stratégie Asie: http://www.asien.um.dk/NR/rdonlyres/D4B49789-D7F6-43D7-AAC1-8BF3A2A0ABAF/0/AsienUkWeb.pdf

(8) Une dizaine de centres de ce type doivent être mis en place à travers le monde au cours des prochains mois. Deux autres centres ont déjà ouvert leurs portes, l’un dans la Silicon Valley, l’autre à Munich.

(9) “Grøn eksport slår alle rekorder”, Berlingske Tidende, 29 juin 2009 http://www.business.dk/article/20090629/transport/90629126/

(10) “Danmark som foregangsland – for Kina” Berlingske Tidende, 3 juillet 2009 http://www.berlingske.dk/article/20090702/kronikker/707020071/

(11) “Danmark i front med outsourcing til udlandet” Danmarks Statistik, 10 juin 2008 http://www.dst.dk/Vejviser/Find_rundt/Emneord/search.aspx?keyword=l%C3%B8nforhold&searchid=142

(12) “Christian Estrosi: il n’y aura pas de délocalisation” Le Point, 24 juillet 2009 http://www.lepoint.fr/actualites-economie/2009-07-24/alcatel-lucent-estrosi-va-demander-des-explications-aux-dirigeants/916/0/364143

(13) “Danmark har for få eksportvirksomheder” Berlingske Tidende, 15 juin 2009http://www.business.dk/article/20090615/transport/706150053/

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La sauvegarde de l’Etat-providence: le défi numéro un pour l’économie danoise

SPM_A0033La publication la semaine dernière des dernières prévisions économiques du Ministère des Finances danois ne laisse plus de place au doute: le Danemark n’est pas moins affecté par la crise que ne le sont les autres Etats membres de l’UE (1). Les prévisions gouvernementales tablent en effet désormais sur un recul du PIB compris entre 2,5 et 3,5% en 2009 après celui de 1,1% enregistré en 2008. Seule éclaircie dans le contexte actuel, la perspective d’une légère reprise pouvant atteindre, dans le meileur des cas, 1% en 2010. Parmi les autres indicateurs économiques:

2009 2010
Taux de chômage 3,6% 5%
Solde public (% du PIB) -1,3% -3,3%
Dette publique (% du PIB) 36,1% 38,8%
Exportations -7,25% +1,25%
Revenu disponible des ménages +4,5% +2%
Consommation privée -1,25% +2,5%
Solde balance des paiements (% du PIB) 1% 0,75%

Une dégradation marquée de la situation qui ne saurait éclipser le fait que le pays a tout de même la chance de pouvoir profiter de la politique d’assainissement des finances publiques menée sous l’ère Anders Fogh Rasmussen. Comme le rappelait cette semaine le quotidien Børsen, le Danemark a tiré parti des marges de manoeuvre dont il disposait au moment de l’éclatement de la crise pour mener une politique budgétaire expansionniste caractérisée notamment par le sous-financement initial de la réforme de la fiscalité ou par l’autorisation donnée aux Danois de recourir à une partie de leur épargne-retraite (2). D’où la croissance historique du revenu disponible des ménages en 2009 et le redémarrage espéré de la consommation privée qui pourrait en résulter en 2010. Le moins que l’on puisse dire est que certains pays n’ont pas la chance d’être dans la même situation, la France étant par exemple désormais contrainte de mener une politique de rigueur susceptible de ralentir la sortie de crise…

Dans ce contexte, le véritable défi pour l’économie danoise, au-delà de la crise actuelle, est constitué par la conservation à moyen terme d’un niveau d’Etat-Providence proche de celui constaté aujourd’hui en dépit d’évolutions démographiques défavorables. Le problème étant que le financement de cet Etat-Providence se heurte à deux contraintes majeures:

1) La disparition progressive des recettes liées de l’extraction du gaz et du pétrole, recettes dont l’impact est souvent exagéré, sans toutefois être négligeable (3).

2008 2009 2010 2011 2012
Pétrole  (millions de m3) 16,4 15,0 15,7 15,2 14,1
Gaz (milliards de Nm3) 8,6 8,6 8,2 7,2 6,1

Le graphique ci-dessous montre en effet qu’à l’exception des années 2003 et 2004, les recettes liées à l’extraction du pétrole et du gaz en Mer du Nord (bleu foncé) n’ont jamais représenté plus de la moitié  des excédents budgétaires réalisés au cours de la période 1999-2007 (4).

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La disparition progressive de ces précieuses recettes est inévitable. Les premières à être épuisées seront celles de gaz. Mærsk estime en effet que les réserves actuelles seront taries d’ici un horizon de 10 à 12 ans (5). Les réserves pétrolières s’épuiseront un peu plus tard, mais ne pourront être remplacées par celles situées au Groenland puisque le statut d’autonomie renforcée dont il bénéficie à partir du 21 juin 2009 stipule que l’ensemble des ressources en hydrocarbures lui appartiendront à 100% (moyennant il est vrai la déduction de la moitié de ces éventuelles ressources du montant de subventions accordées aujourd’hui par le Danemark au Groenland).

2) L’impératif, conformément à la philosophie entourant le “plan économie 2015”, d’accroître le nombre de personnes présentes sur le marché du travail afin de compenser les effets du vieillissement de la population. Un impératif renforcé par la crise actuelle, qui tend à contracter la main-d’oeuvre totale (certains sont en effet incités, du fait de la crise, à quitter prématurément du marché du travail). Un impératif qui s’impose de lui-même, puisque les deux autres voies possibles pour assurer la pérennité des finances publiques à moyen terme, à savoir l’augmentation de la pression fiscale et la réduction du niveau des prestations, semblent inconcevables. La première en raison d’un taux de prélèvements obligatoires déjà élevé, estimé à 46,6% en 2009, la deuxième se heurtant au renforcement constant des attentes des citoyens danois vis-à-vis de leur Etat-providence.

Afin de sauvegarder son modèle, le Danemark est donc “condamné” à une fuite en avant permanente en termes d’expansion du marché du travail, et ce en dépit de la première place qu’il occupe déjà au sein de l’UE en termes de taux d’emploi (78% en 2008). Un objectif atteignable si l’on considère que ce même taux d’emploi avait dépassé les 80% au cours des années 80. Mais un objectif qui passe par une série de réformes impopulaires que la commission sur l’emploi devrait néanmoins proposer de mettre en oeuvre lors de la présentation de ses conclusions le 20 août prochain…

Il s’agit de réduire le nombre de personnes exclues aujourd’hui du marché du travail, ce qu’Anders Fogh Rasmussen n’a atteint que bien trop partiellement malgré les conditions très favorables constatées ces dernières années sur le front de l’emploi. Les chiffres sont connus: la population active danoise comptait fin 2008 légèrement plus de 2,8 millions d’individus, alors que 768 800 personnes âgées de 16 à 64 ans bénéficiaient au même moment d’un revenu de transfert de la part de l’Etat ou des communes (6).

48% des individus cités précédemment sont soit en préretraite (près de 140 000 personnes concernées), soit en pension d’invalidité (235 000). D’où les propositions, incontournables, d’élever sans attendre (contrairement aux dispositions prises dans le cadre de l’Etat-providence de 2006, dispositions selon lesquelles il n’y aurait pas de changement en la matière avant…2019) l’âge à partir duquel un individu peut partir en préretraite (60 ans aujourd’hui) et de ne plus accorder des pensions d’invalidité que sur une base temporaire. Parmi les autres pistes envisageables: l’éventuelle réduction de la durée de perception des allocations chômage (4 ans aujourd’hui), la lutte accrue contre les arrêts maladie, l’instauration d’une allocation étudiante modulable en fonction du temps mis à terminer ses études, sans oublier le recours à la main-d’oeuvre étrangère qualifiée.

Le contexte politique (les prochaines élections sont en principe programmées à l’automne 2011) n’est pas favorable à l’adoption de vastes réformes. Le Danemark a néanmoins déjà démontré à maintes reprises sa capacité à se remettre en cause au niveau économique. La dégradation des finances publiques est une occasion que le gouvernement serait bien inspiré de saisir pour convaincre les Danois de la nécessité de réformer le fonctionnement du marché du travail.  C’est à ce prix et à ce prix seulement que le Danemark évitera de “rentrer dans le rang”.

(1) Økonomisk Redegørelse Maj 2009, Ministère des Finances http://fm.dk/Publikationer/2009/~/media/Files/Publikationer/2009/OER%20maj%2009/OER_maj_09_web.ashx

(2) “Regeringen kunne have gjort mere” Editorial de Børsen, 27 mai 2009

(3) “Opdatering af Energistyrelsens 5års prognose for dansk olie- og gasproduktion” Energistyrelsen, novembre 2008 http://193.88.185.141/Graphics/Olie_Gas/Prognoser/produktionsprognoser/5aarsprognose-olie_gas_nov08.pdf

(4) Source: Energistyrelsen http://www.ens.dk/da-DK/UndergrundOgForsyning/Olie_og_gas/felter_produktion/Oekonomi/betydning/statindtaegt/Sider/Forside.aspx

(5) “Mærsk: Gas i Nordsøen 10-12 år endnu” Jyllands-Posten, 29 mai 2009 http://epn.dk/brancher/energi/olie/article1708514.ece

(6) “768 800 på offentlige forsørgelse blandt 16-64-årige” Danmarks Statistik, 25 mai 2009 http://www.dst.dk/pukora/epub/Nyt/2009/NR237.pdf A noter que sur ces 768 800 personnes, un peu plus de 80 000 sont bien présentes sur le marché du travail mais appartienent à la catégorie des emplois aidés.


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