Archives de Tag: Plan économie 2020

Les Danois et l’adversité

imageAlors que le Danemark se prépare aux élections générales, programmées le 15 septembre, il peut sembler opportun de faire le point sur ce qui fait l’originalité de son modèle de société.

Courrier Danemark s’est efforcé au cours des trois dernières années de mettre en lumière une série de spécificités dans le domaine économique et social, spécificités ne faisant pas toujours consensus, même auprès d’observateurs déjà bien imprégnés de l’atmosphère ambiante.

Pour ne citer que certaines d’entre elles, la flexicurité, souvent à moitié comprise, la capacité à se spécialiser sur des niches exportatrices (éolien et technologies vertes par exemple), l’introduction de la TVA sociale, les solutions numériques (dernier article en date sur NemID), la gestion des ressources humaines, le lancement régulier de plans de prospective (« plan économie 2020 »)…Tous ces thèmes ont fait l’objet d’une attention particulière dans le cadre de ce blog.

Il serait possible de les compléter par une série d’autres, moins évidents, mais qui constituent néanmoins autant de raisons pouvant expliquer les succès rencontrés par nos amis danois. Une récente étude universitaire faisait ainsi le lien entre prospérité (et vitalité de l’Etat-providence) et la fréquence des voyages effectués à l’étranger…D’autres thèmes, tout aussi méconnus, mériteraient certainement d’être approfondis.

Il y a enfin des découvertes qu’il n’est pas possible de faire en se contentant de lire la presse et les rapports spécialisés. Des découvertes qui n’ont à priori aucun lien avec l’économie. Des découvertes que l’on ne peut faire qu’au contact des autochtones. Des découvertes qui suffisent à elles seules, dans la fulgurance d’un bref instant de vie, à extraire l’ADN d’un peuple.

Le 14 août dernier était un jour d’été qui ne se distinguait pas des précédents. Il était pluvieux (l’été n’a jamais été aussi arrosé que cette année), entrecoupé de quelques rayons de soleil. Au milieu des nuages, imposants et majestueux, qui faisaient penser à d’anciens dieux figés dans l’éternité, un arc-en-ciel est apparu, comme le signe annonciateur d’une révélation. Autour du lac Sankt-Jørgen, la pluie, soudainement battante, a contraint Courrier Danemark à trouver refuge sous un arbre. C’est également sous ce dernier que deux Danoises, équipées, elles, de vêtements de pluie appropriés, se sont installées. C’est qu’en dépit du mauvais temps elles avaient décidé de pique-niquer. Panier en osier, serviettes, pain, rosé…Rien ne manquait. Et c’est finalement là le véritable secret des Danois : la capacité à faire fi de l’adversité. Mieux, de s’en moquer.

La comparaison avec la Serbie, que Courrier Danemark a également eu l’occasion d’observer, est criante : voilà deux Etats dont les territoires ont été réduits par l’Histoire à une peau de chagrin, mais qui ont eu une manière diamétralement opposée de confronter leurs blessures.

Assez sur le Danemark. Ex oriente lux.

SLUT

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Le Danemark et le plan économie 2020

P2266896Aux yeux des Français et de beaucoup d’autres, le Danemark reste un pays largement méconnu. Cela n’empêche pas certains observateurs de lui prédire un avenir particulièrement sombre, sur la base des défis nés de la crise. Un avenir qui serait par exemple caractérisé par l’impossibilité, au vu de l’épuisement progressif des recettes issues de l’exploitation du pétrole et du gaz en Mer du Nord, de revenir à la situation d’excédent budgétaire vécue avant la crise. Or, ces mêmes excédents avaient atteint 4,8% en 2007 et 3,3% en 2008, pour des recettes pétrolières et gazières qui n’avaient jamais dépassé 2%…(1). Un avenir également marqué par le retour de la problématique du manque de main-d’œuvre, qui se heurterait aux problèmes d’intégration de la main-d’œuvre étrangère d’origine non-occidentale sur le marché du travail. Quand bien même que le taux d’emploi des personnes concernées a progressé de 10 pts entre 2001 et 2009, s’approchant désormais du taux d’emploi des femmes dans notre pays…(2).

Que n’aurait-il pas alors été dit sur le Danemark en 1993, lorsque le taux de chômage dépassait 12% et que la dette publique franchissait la barre des 80% du PIB, soit des niveaux presque deux fois plus élevés qu’aujourd’hui ?

Sur fond de campagne électorale, on ne parle aujourd’hui au Danemark que du « plan économie 2020 ». Exactement le genre de discussions qui permettent d’expliquer, au moins partiellement, ses facultés reconnues d’adaptation aux impératifs de la mondialisation. Des discussions qui mettent également en lumière, par contraste, la nécessité dans notre pays de relancer de tels exercices.

Afin d’équilibrer recettes et dépenses à l’horizon 2020, il manquerait un peu plus de 6 milliards d’euros au pays. Un montant qui dépend de tant de facteurs qu’il est nécessairement approximatif, mais qui a le mérite de préciser le cadre dans lequel chaque formation politique est censée évoluer et qui contraint l’ensemble des acteurs à chiffrer très précisément leurs propositions, en veillant à financer d’éventuelles nouvelles dépenses par, au minimum, des recettes correspondantes…

C’est dans ce contexte que le Danemark a pris conscience que le dispositif actuel de préretraite était un luxe qu’il ne pouvait plus se payer. L’âge minimum de départ en préretraite sera donc porté, conjointement à la réduction de la durée du dispositif (de 5 à 3 ans), à 62 ans en 2017 et 64 ans en 2023, l’âge de départ en retraite passant quant à lui à 67 ans en 2022.

Cette réforme vient s’ajouter au plan de redressement des finances publiques sur la période 2011-2013 (voir « le Danemark et la rigueur »). Elle est complétée par des mesures d’économies supplémentaires, notamment la réduction de 10% du budget de la défense (à compter de 2015) et de la contribution danoise au budget européen. Par contraste, qui parle aujourd’hui dans notre pays, du prix à payer pour la crise et des efforts à consentir pour équilibrer les finances publiques à moyen terme ? On préfère le bidouillage budgétaire et la mise en œuvre de mesures d’économies de bout de chandelle.

Le simple objectif d’équilibre budgétaire ne saurait toutefois assurer le dynamisme d’une économie et sa capacité à rebondir après une sévère crise. D’où les mesures de renforcement de la croissance présentées la semaine dernière, qui constituent le deuxième volet du « plan économie 2020 ».

Parmi ces mesures, la nomination d’ambassadeurs chargés de promouvoir les exportations danoises vers les pays BRIC, la mise en place d’une commission chargée d’étudier la faisabilité d’une baisse de l’impôt sur les sociétés (de 25 à 20%), la reconduction de certaines mesures de soutien aux entreprises exportatrices, la mise en concurrence des communes (entre autres mesures) dans le but de faire passer le taux d’emploi des étrangers d’origine non-occidentale de 55 à 65% en 2020, la réorganisation de l’effort public consacré à la R&D (le Danemark y consacre déjà plus de 3% de son PIB, un tiers du montant provenant du public)…

En résumé, une fois les défis budgétaires relevés, le « plan économie 2020 » contribue à libérer les énergies et les propositions de réforme, avec un impératif : laisser davantage de place au secteur privé.

En dépit d’un retour momentané en récession (qui doit notamment aux objectifs très ambitieux fixés en termes de la consommation publique et à la reconstitution de l’épargne des ménages, évolution finalement saine au vu de leur niveau d’endettement), qui s’accompagne néanmoins d’une amélioration de la situation de l’emploi depuis maintenant six mois (taux de chômage de l’ordre de 7% selon Eurostat), pas de quoi faire preuve d’un pessimisme démesuré…

(1) Recettes issues de l’exploitation du pétrole et du gaz en Mer du Nord (en % du PIB)

imageSource : ministère des Finances (décembre 2010)

(2) Selon l’Office Danois des Statistiques, le taux d’emploi des étrangers d’origine occidentale était de 54,1% en 2009 (57,3% pour l’ensemble des étrangers). Selon Eurostat, le taux d’emploi des femmes était au même moment de 60% en France.


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Det Radikale Venstre (Danemark) et Mouvement Démocrate (France), même combat!

P2196670Il est des évènements qui vous rendent fiers de vos couleurs politiques. Ce qui vient de se passer au Danemark va même plus loin, rappelant à chacun d’entre nous la conception véritable de ce que devrait être l’engagement libéré de tout calcul, de toute nécessité ou de toute hypocrisie.

Quelque mots sur le contexte politique d’abord. Une formation politique peut entrer au Parlement danois (Folketing) dès lors qu’elle a obtenu 2% des suffrages exprimés au niveau national. D’où la nécessité de former, dans la plupart des cas, des coalitions parlementaires rassemblant trois, voire quatre formations afin de disposer d’une majorité (90 sièges). C’est le cas de la coalition actuelle au pouvoir depuis 2001, composée des libéraux, des conservateurs et du parti nationaliste, coalition à laquelle s’est joint un nouveau parti ultra-libéral en 2007.

Toujours donnée gagnante d’élections pouvant désormais être convoquées dans les jours qui viennent (mais au plus tard en novembre 2011), l’opposition est quant à elle composée du parti social-démocrate, du parti socialiste et du parti social-libéral (Det Radikale Venstre), une petite formation d’extrême gauche (liste unité) pouvant la soutenir épisodiquement. La logique est donc celle d’un affrontement bloc contre bloc. Sauf lorsque, comme aujourd’hui, Det Radikale Venstre, qui ne dispose que de 9 sièges sur 179, décide unilatéralement d’en sortir en raison du contenu des discussions entourant un plan sans lequel aucune élection ne pouvait être tenue dans l’intérêt du gouvernement actuel, le “plan économie 2020”.

Première remarque: nos deux systèmes politiques sont radicalement différents, mais cela n’empêche pas certaines formations de partager, au-delà des frontières, des principes d’action sur lesquels elles ne transigent pas. Le Mouvement Démocrate dénonce un affrontement droite/gauche stérile. Comme le rappelait François Bayrou le week-end dernier, “le vrai centre n’est ni la gauche, ni la droite” (1). La leader de Radikale Venstre, Margrethe Vestager, ne se différencie en rien de cette position de principe, elle qui avait récemment les mots suivants dans la presse: “Ils (parti social-démocrate et parti socialiste) ont leur stratégie, nous en avons une autre. Il est clair pour tout le monde que nous sommes opposés à la logique de bloc contre bloc (…)” (2).

Retour sur le “plan économie 2020”. Ce dernier vise à assurer l’équilibre des finances publiques à l’horizon 2020, à travers l’adoption de réformes visant l’expansion du marché du travail. Parmi elles, la suppression progressive du dispositif de préretraite (ou un modèle qui s’en approche), qui figure justement au programme de Radikale Venstre. D’où l’accord conclu le 13 mai avec le gouvernement à ce sujet, au grand dam d’Helle Thorning Schmidt, leader du parti social-démocrate d’opposition, que Radikale Venstre  souhaite pourtant voir occuper le poste de Premier Ministre. Un accord passé quel qu’en soit le prix à partir du moment où il colle aux idées du parti: effritement de l’avance de l’opposition dans les sondages et menaces à peine voilées des partenaires socialistes.

Deuxième remarque: les menaces mentionnées précédemment pourraient déboucher, en cas de victoire de l’opposition, sur l’exclusion de Radikale Venstre d’un éventuel gouvernement composé des sociaux-démocrates et des socialistes. Une perspective à laquelle Margrethe Vestager répondait de cette manière: “Pour nous, le but ultime n’est jamais de participer à un gouvernement. C’est celui de conduire une politique estampillée radikale” (3). Une intransigeance qui ne va pas sans rappeler une autre: dans l’espoir de remporter les présidentielles afin de parvenir à changer des règles institutionnelles désuètes, le Mouvement Démocrate a toujours refusé la compromission. Ceux ayant choisi le chemin inverse, plus facile, en payent le prix (il suffit d’aller faire un tour au-delà de la Manche, chez les LibDems britanniques)…

Radikale

Seule une poignée de formations politiques restent prévisibles dans le sens où elles font preuve d’abnégation en toutes circonstances. C’est paradoxalement cette prévisibilité qui rend, dès le départ, certaines élections incertaines. N’en déplaise à certains observateurs, pour qui le scrutin danois était joué d’avance…

Troisième remarque: Moralité, mieux vaut défendre ses idées avec honnêteté et cohérence, plutôt que de jouer à la girouette (jeu qui consiste dans certains cas à aller à la soupe pour ensuite cracher dedans tout en assurant que c’est la meilleure). Il en va tout simplement du respect de l’électeur.

Un dernier point pour la route, qui nous est donné par Zenia Stampe, vice-présidente du parti social-libéral, et qui illustre bien, pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris (ou qui font semblant de ne pas comprendre), le principe d’action guidant nos deux formations: « La question n’est pas de savoir avec qui on négocie, mais ce à propos de quoi on négocie » (4). Cela s’appelle le pragmatisme, la seule arme qu’il nous reste pour remettre la France sur les rails.

(1) http://politiken.dk/politik/ECE1275779/vestager-og-thorning-er-midt-i-en-magtkamp/

(2) http://www.mouvementdemocrate.fr/medias/bayrou-europe1-080511.html

(3) http://politiken.dk/politik/ECE1273697/kommentator-der-er-kommet-uhoert-dramatik-i-dansk-politik/

(4) http://blog.politiken.dk/stampe/2011/05/12/k%c3%a6re-s-og-sf-lad-os-nu-finde-ud-af-det/

Le système éducatif français vu du Danemark

P2196672Et si les maux rencontrés par notre pays découlaient en partie de la logique sous-tendant le fonctionnement de son système éducatif? C’est la question que l’on peut légitimement se poser en parcourant un article récemment publié dans le quotidien danois Politiken (1). Précisons d’entrée qu’il ne s’agit pas ici de comparer les résultats obtenus par les jeunes élèves de nos deux pays respectifs, relativement similaires (et moyens), si l’on en croit les fameuses études PISA, mais d’établir un rapport entre la manière dont se déroule l’enseignement supérieur en France et la gestion des affaires courantes dans le monde politique (qui chacun l’aura déjà remarqué est loin d’être satisaisante).

Que nous dit l’auteur de cet article? Que vu de ses lunettes danoises, le système d’enseignement supérieur français serait avant tout caractérisé par un certain autoritarisme de l’encadrement (ce qui se traduit par exemple, dans le monde politique, par  une reprise en main de la justice, un exercice monarchique du pouvoir, une mise au pas de l’audiovisuel public, une transformation du Parlement en chambre d’enregistrement…) et par une tendance assez marquée pour l’apprentissage par coeur (qui débouche souvent, quelques années plus tard, pour ceux qui ont choisi de faire “carrière” dans la politique, par des discours convenus et/ou des réactions basées sur de “purs” réflexes idéologiques sans réel fondement).

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There is a lovely land” (civil national anthem of Denmark)

Roald Als

Le comportement autocratique des professeurs d’université français est également souligné dans cet article. C’est qu’ils ne supporteraient pas la contradiction (toute ressemblance avec les débats télévisés organisés en présence du locataire actuel de l’Elysée, au cours desquels les questions de nos concitoyens sont connues à l’avance est purement fortuite).

Ces tendances ne doivent pas être exagérées. Elles tendent néanmoins à former des étudiants soumis manquant d’indépendance d’esprit et réticents à prendre des initiatives (nos concitoyens ont beau être râleurs, leur capacité à avaler des couleuvres et à se satisfaire du degré zéro de la politique est sans limites).

Pour l’auteur de l’article, les étudiants français seraient angoissés face à l’avenir. Une angoisse que l’on retrouve là aussi dans le monde politique: à l’heure où le Danemark se prépare au “plan économie 2020”, de plus en plus conscient des immenses défis qui l’attendent, qui ose encore aborder ce genre de problématique dans notre pays?

Dernière caractéristique regrettable pointée du doigt, le peu d’accent mis sur le travail de groupe. “Tous ceux qui ont essayé de résoudre un problème avec un Français savent que le travail de groupe est à leurs yeux une spécificité scandinave bien étrange” (2). Transposé dans le cadre  administratif français, cela donne un dédale d’organismes ou d’agences qui, au lieu de travailler ensemble, se font de la concurrence.

Tout cela ne constitue bien sûr qu’une vision danoise purement subjective. Sans doute pas de quoi entamer ne serait-ce que le début d’un travail introspectif…

(1) http://politiken.dk/debat/ECE1226473/den-franske-skole-skaber-angste-individer/

(2) Aske Munck, http://politiken.dk/debat/ECE1226473/den-franske-skole-skaber-angste-individer/

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Gestion de la crise: leçons danoises à tous les étages

PC275459Rien de tel qu’un début d’année pour se livrer au jeu des pronostics. De la même manière qu’il ne fallait pas être devin pour prévoir que 2009 serait une « année grise », il n’est pas difficile de prédire que 2011 sera une année de vérité : celle où les masques finiront par tomber. Pour l’UE, les difficultés actuelles pourraient bien se traduire par une implosion de fait en deux groupes bien distincts. Ceux (pays nordiques et Allemagne) qui auront pris la mesure des défis nés de la crise et les autres, condamnés à une interminable gueule de bois.

En annonçant, lors de son discours du Nouvel An, la  suppression progressive de la préretraite, le Premier Ministre danois a peut-être renversé une situation qui, dans les sondages, semblait désespérée dans la perspective des élections, attendues pour le printemps. Pas seulement parce qu’une claire majorité de la population, consciente des enjeux actuels, soutient précisément cette réforme, mais parce que cette dernière a subitement donné à une frange encore indécise de l’électorat un sens et une cohérence à l’ensemble de l’action gouvernementale depuis le déclenchement de la crise. Parmi les principes élémentaires suivis:

1) La mise à profit de la période 2004-2007, particulièrement favorable, pour diviser la dette publique par deux, permettant l’adoption d’un plan de relance ayant compté, en proportion du PIB, parmi les plus importants du monde développé.

2) La mise à profit des exercices de prospective lancés à intervalles réguliers (dans ce cas précis le “plan économie 2015”) pour relancer l’économie. Programmée dès 2007, la réforme de la fiscalité, entrée en vigueur au 1er janvier 2010, est sous-financée dans un premier temps tout en consolidant les finances publiques à plus long terme.

3) L’implication de l’ensemble de la population dans le plan de redressement des finances publiques (réduction de 4 à 2 ans de la durée de perception des allocations chômage, plafonnement des allocations familiales, repoussement des allègements d’impôt accordés aux plus hauts revenus, réduction du salaire des ministres…).

4) L’annonce, depuis l’automne 2010, de réformes structurelles de long terme visant l’expansion du marché du travail, face au retour annoncé du manque de main-d’oeuvre: pension d’invalidité et aujourd’hui préretraite.

5) Le lancement complémentaire d’un nouvel exercice de prospective, le “plan économie 2020” incorporant ces réformes structurelles et appelé à inclure d’autres initiatives destinées à s’assurer de l’atteinte d’objectifs par avance définis. Une manière efficace de renforcer la cohésion nationale en mettant au point une cartographie des obstacles à surmonter sur le chemin menant à la préservation du niveau actuel d’Etat-providence…

En résumé, face à l’incontournabilité du “travailler plus nombreux, plus et plus longtemps”, les autorités danoises ont, en l’espace d’un an et demi, remis à plat le fonctionnement du service de l’emploi (communalisation des jobcenter, réforme du mode de placement des demandeurs d’emploi), incité au travailler plus en abaissant la fiscalité sur le travail, réduit de moitié la durée de perception des allocations chômage et annoncé leur intention d’interdire l’octroi d’une pension d’invalidité pour les personnes de moins de 40 ans et de supprimer la préretraite pour les personnes aujourd’hui âgées de moins de 45 ans (avec comme objectif final d’augmenter l’âge de départ effectif moyen à la retraite, aujourd’hui de 61,3 ans).

Ces efforts ne seront pas suffisants pour assurer la soutenabilité des finances publiques danoises à plus long terme. Le Conseil des Sages pointait cette semaine du doigt le risque d’un déficit public augmentant de manière constante entre 2020 et 2050, date à laquelle il serait proche de 3%. “Nous ne croyons pas qu’un déficit continuel évoluant autour de 3% du PIB pendant 30 ans soit tenable” estimait son directeur dans la presse (1). D’où l’utilité du “plan économie 2020”…

Les réflexions sont donc désormais clairement orientées sur le long terme et la correction des déséquilibres qui risquent de survenir. Par contraste, a t-on une idée des défis budgétaires que la France rencontrera après 2013, année marquée par le très hypothétique retour du déficit budgétaire sous la barre des 3%? A t-on une idée sur la manière de réduire l’écart de près de 200 milliards d’euros constaté avec l’Allemagne en termes de solde de la balance commerciale (2)?

(1) http://www.business.dk/oekonomi/underskud-forsvinder-ikke-med-efterloennen

(2) http://bercy.blog.lemonde.fr/2011/01/07/commerce-exterieur-france-457-milliards-allemagne-141-milliards/

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De l’affaiblissement des idéologies au Danemark

photo (2)Les élections approchant à grands pas, gouvernement et opposition tendent naturellement à essayer d’accentuer leurs différences. Par exemple sur la question de la pression fiscale: alors que le pouvoir en place, au nom du renforcement de la compétitivité, a accordé au cours des dernières années des allègements d’impôt sur le revenu et d’impôt sur les sociétés, l’opposition se déclare prête à repartir, même de manière limitée, dans l’autre sens. Un examen attentif de la vie économique et politique danoise indique néanmoins que ce jeu, bien plus qu’ailleurs, est une illusion. Le pragmatisme qui caractérise bon nombre de réformes adoptées au cours de ces dernières années traduit en réalité l’affaiblissement marqué des idéologies et constitue un facteur explicatif sous-estimé de l’émergence du modèle danois depuis la période de grandes difficultés rencontrée au cours des années 80.

Une des conséquences de cet affaiblissement des idéologies est le brouillage des identités des uns et des autres. Être libéral au Danemark n’a par exemple pas la même signification que dans le Sud de l’Europe. L’ère du libéral Anders Fogh Rasmussen (2001-2009) a par exemple été marquée par une croissance de la consommation publique semblable à celle constatée au cours des deux décennies précédentes, la crise s’étant même traduite par une croissance des effectifs dans le secteur public…Un secteur public dont la taille est jugée aujourd’hui non soutenable par de nombreux observateurs.

Sur de nombreux thèmes faisant l’originalité du Danemark, il est frappant de constater le consensus qui émerge une fois levé le voile trompeur des manoeuvres politiciennes destinées à faire croire le contraire:

– Lorsque Helle Thorning-Schmidt, leader du parti social-démocrate (opposition) déclare, à propos de la politique d’immigration qu’elle entend mener dans le cas où elle devenait Premier Ministre en 2011, ne pas souhaiter de durcissement supplémentaire des règles aujourd’hui en vigueur, elle admet implicitement que les mesures prises en termes d’immigration choisie depuis 2001, impulsées par le parti nationaliste, n’étaient pas si mauvaises.

– Afin d’assurer la soutenabilité des finances publiques à moyen et long terme, gouvernement et opposition s’accordent également sur la nécessité de viser l’expansion du marché du travail et sur le “travailler plus”. C’est dans ce contexte que doivent être appréhendées la réforme de la fiscalité, entrée en vigueur depuis le 1er janvier (allègement de l’imposition sur le revenu), les négociations actuelles encadrant les conventions collectives du secteur public (le gouvernement souhaitant parvenir à une hausse du temps de travail) et le programme de l’opposition, basé sur le slogan “12 minutes de plus par jour”.

– Le consensus trouvé en 2006 en termes de retraites, qui prévoit une élévation, de 60 à 62 ans de l’âge minimum de départ en préretraite entre 2019 et 2022 et une élévation de 65 à 67 ans de l’âge de départ en retraite entre 2024 et 2027 tient toujours malgré les effets de la crise. Un constat qui doit à l’obstination des deux plus grandes formations politiques, l’une au pouvoir, l’autre dans l’opposition.

Ce dépassement des idéologies se retrouve également dans les activités des groupes de réflexion récemment établis ou en voie de l’être:

– Commentant les contributions apportées au débat par deux grands groupes de réflexion (le CEPOS, à forte orientation libérale et CEVEA, orienté à gauche), le directeur de Concito, premier think-tank vert indépendant du pays (2008) avait récemment les commentaires suivants dans le journal à grand tirage Politiken : « J’ai du mal à voir autre chose que le fait qu’ils s’accrochent irrémédiablement au schéma de pensée du siècle précédent. Aux vieilles idéologies et à la logique politique s’appliquant à une vieille société industrialisée dans le cadre de laquelle la question la plus importante est de savoir comment le gâteau, d’une taille sans cesse croissante, devrait et pourrait être divisé de la meilleure des manières » (1).

– Le lancement prochain du groupe de réflexion Kraka sera conjointement financé par LO, la première confédération syndicale et DI, première organisation patronale. Le patron de Dansk Landbrug og Fødevarer (organisation privée représentant les intérêts des agriculteurs et des entreprises appartenant au secteur agroalimentaire) décrivait dans la presse le projet comme une “idée géniale” et confirmait son intention d’y contribuer, notamment financièrement (2).

En un sens, le resserement des positions défendues par les uns et les autres est critiquable. Comme souligné par certains, elle peut contribuer à limiter le jeu démocratique. A la question de savoir si les prochaines élections, qui seront au plus tard tenues à l’automne 2011 (mais plus probablement au printemps de la même année, une fois présenté le “plan économie 2020”) seraient centrées sur les questions économiques, le sociologue danois Henrik Dahl avait il y a quelques mois un avis très tranché sur la question : « Je ne le pense pas. Car il existe un consensus macroéconomique dans le cadre duquel chaque parti politique susceptible de faire partie d’un gouvernement accepte d’écouter les économistes nationaux et, dans une certaine mesure, de suivre leurs avis. Certains ont leurs économistes respectables préférés. D’autres en ont d’autres. Mais c’est une question extrêmement apolitique, car il s’agit d’avoir de l’ordre dans les affaires » (3).

Cette évolution est, selon certains, allée trop loin, les partis politiques se copiant les uns les autres et les membres du Folketing changeant de formation à une fréquence jusqu’ici inégalée.

En même temps, elle traduit dans une certaine mesure l’appropriation par les différentes formations politiques de la complexité des enjeux auxquels elles doivent répondre et leur volonté de coller le plus possible à la réalité. En cela, elle place aussi le Danemark aux avant-postes de la modernité, loin des visions binaires souvent basées sur des réflexes dans lesquelles les formations politiques traditionnelles de notre pays sont enfermées…

(1) « CEPOS og CEVEA kæmper fortidens kampe » Politiken, 14 décembre 2009 www.politiken.dk/debat/article859518.ece

(2) “Politiken tænketank deler vandene”, Berlingske Tidende, 18 décembre 2010 http://www.berlingske.dk/danmark/politiken-taenketank-deler-vandene

(3) Henrik Dahl, Ræson, 9 décembre 2009 page 3 http://www.raeson.dk/raeson091209.pdf

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Le Mouvement Démocrate Danemark en ordre de marche

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Le Mouvement Démocrate Danemark a tenu dimanche 1er mars son assemblée générale fondatrice. L’occasion d’un premier bilan d’étape après son lancement officiel à l’été 2008. L’occasion également de préparer les échéances cruciales de cette année (élections européennes, conférence internationale sur le climat), sans oublier le suivi, toujours instructif, de l’actualité économique danoise et  des réformes structurelles prévues dans le domaine de la fiscalité et de l’emploi.

A ce propos, les articles de ce blog qui ont été publiés sur différents sites d’information en France (Bétapolitique, Agoravox, La fusion ANPE-Unedic pour les nuls…) ont donné lieu à des commentaires instructifs. Dans le domaine de l’emploi par exemple, ils ont permis à certains de prendre conscience du gouffre existant entre les décisions prises par nos dirigeants actuels (peut-être devrais-je plutôt dire par notre hyper-président actuel…) et les engagements passés au niveau européen en termes de flexicurité. Ils ont également parfois suscité quelques doutes, surtout lorsqu’ils appelaient avec insistance à tendre, sous certains aspects, vers le modèle danois.

Des interrogations légitimes, très souvent liées à la taille du pays. Il est vrai que comparer la France (63 millions d’habitants) avec le Danemark (5,5 millions) peut paraître incongru. Mais soyons clairs: sur quasiment aucun des thèmes jusqu’ici abordés, une transposition telle quelle des dispositifs en vigueur au Danemark n’est possible vers notre pays. En revanche, une comparaison France/Danemark sur des sujets économiques permet, sur certains points pouvant s’avérér décisifs, de se rendre compte de différences d’approche face aux problèmes communs rencontrés par nos sociétés, de différences de mentalité, de comportements, de culture, qui lorsqu’elles sont correctement exposées, appellent à un sursaut de notre part.

Depuis le lancement de Courrier Danemark en juin 2008, 33 articles ont été publiés. Une contribution parmi tant d’autres (la blogosphère MoDem prend de l’ampleur, n’en déplaise à certains qui nous reprochent d’être aussi pauvres en idées que ne le sont aujourd’hui un PS divisé et inaudible et une UMP verrouillée par son grand chef), qui débouche sur les propositions suivantes: (1)

1) L’incontournable priorité donnée, lors des prochaines présidentielles, à la mise au point d’un “plan économie 2020” comportant, à l’heure où le déficit public devrait atteindre 100 milliards d’euros, une stratégie réaliste mais indéfectible de désendettement, des objectifs précis en termes d’expansion du marché du travail ainsi qu’une une forte dimension sociale (2). Le refus de redonner toute sa place à la prospective symbolise à lui seul l’échec programmé du gouvernement actuel: il ne viendrait à l’idée de personne de lui reprocher un quelconque manque d’activisme, mais comment naviguer sans boussole?

2) Après la boussole, la méthode de gouvernement. Comment peut-on encore croire à des résultats tangibles de la part de l’”équipe” actuellement au pouvoir lorsqu’elle s’efface chaque jour davantage derrière un seul personnage, fut-il président, qui prétend disposer de la science infuse? Tout simplement inenvisageable au Danemark, car rétrograde, inefficace et, doit-on le rappeler, anti-démocratique. Rappelons que les ministres eux-mêmes font désormais étalage de leurs états d’âme. Morceaux choisis: « Nicolas Sarkozy doit faire ce qu’il ne sait pas faire : travailler en équipe et valoriser ses ministres”. « Le seul type non humilié, c’est l' »ami » du président, Brice Hortefeux. Sinon, vous n’êtes rien. Ce système détruit l’idée de gouvernement ». Ou la phrase qui résume tout: “Ce ne sont pas les gens qui sont faibles, c’est l’organisation” (3).

3) L’adoption de réformes structurelles face à la crise actuelle. La version finale du “paquet de printemps” danois est singulière. Elle prépare le pays, à travers une réforme fiscale, à une série de défis de moyen terme (évolutions démographiques négatives sur le marché de l’emploi, amélioration de la place du Danemark en termes de concurrence fiscale, atteinte des objectifs ambitieux en termes d’environnement et de climat…). Elle ouvre également la voie, à travers les mesures proposées en termes de relance de la consommation privée, à une forte reprise dès lors que la crise sera surmontée. Pour résumer, bien que le Danemark soit une petite économie très ouverte sur l’extérieur, son gouvernement n’hésite pas à miser également sur une relance par la consommation. Loin des mesures prises par notre gouvernement, qui se sert de l’échec de la relance mitterrandienne du début des années 80, uniquement basée sur la relance par la consommation, pour masquer le fait qu’au vu de la situation des finances publiques, il n’a en vérité pas les moyens d’une telle politique, pourtant souhaitable…

4) La gestion responsable des finances publiques. La dette publique danoise est passée de plus de 80% en 1993, soit exactement le niveau attendu de la dette française d’ici la fin de l’année 2009, à moins de 30% aujourd’hui. Petite précision: sans jamais que les recettes pétrolières ne dépassent plus de la moitié des excédents budgétaires. Chez nous, l’irresponsabilité débouche sur le graphique suivant:

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5) La nécessité d’une réforme des collectivités territoriales de grande envergure, basée sur la réduction du nombre de communes et la suppression d’au moins un échelon administratif (département ou région). Une réforme allant donc bien au-delà des recommandations de la Commission Balladur…Enseignement important de l’expérience danoise en la matière, l’exigence d’un large tour de table avant toute décision. En dépit de la taille réduite du pays, il a fallu pas moins de 5 ans entre l’instauration de la “Skrukturkommissionen” et l’entrée en vigueur effective de la réforme au 1er janvier 2007…

6) La remise à plat de la fiscalité. Les Danois montrent aussi la voie dans ce domaine, la réforme tant attendue en ces temps difficiles ayant fait l’objet d’un accord politique dimanche 1er mars. A peine 50% des contribuables francais s’acquittent de l’impôt sur le revenu contre 90% au Danemark…Dans ces conditions, comment oser se vanter d’un modèle social basé sur la solidarité?

7) Le réel rapprochement avec le modèle de flexicurité. Un rapprochement passant notamment par la priorité donnée à une vaste politique de formation continue qui soit autant centrée sur les personnes les moins qualifiées que sur les plus qualifiées comme c’est malheureusement le cas aujourd’hui. Rappelons que chaque salarié danois dispose de deux semaines de formation par an dans le cadre des conventions collectives. La formation continue est donc un droit que les organisations syndicales de notre pays seraient bien inspirées d’inscrire tout en haut de leur liste de revendications. Le droit de devenir meilleur au bénéfice de tous.

8) La stratégie tous azimuts en termes d’emploi des séniors. A l’heure où le taux de chômage repart vers les sommets, il serait plutôt malvenu d’initier une telle stratégie. Mais la crise finira bien un jour par être surmontée. Ce jour-là, il sera alors temps de mettre au point une stratégie d’envergure (campagnes de sensibilisation, mise en place de groupes de réflexion, incitations fiscales, cumul emploi/retraite…) visant à faire décoller le ridicule taux d’emploi des 55-64 ans dans notre pays. Avec le mot d’ordre suivant: l’emploi des séniors, c’est l’avenir de notre Etat-Providence…ou de ce qu’il en reste au vu du fourvoiement de nos dirigeants au cours des trente dernières années.

9) La stratégie numérique. Le site www.borger.dk est un modèle du genre. Il résulte de la collaboration étroite entre l’Etat danois, l’Association des Communes (KL) et l’organe représentant les régions (Danske Regioner). Cette collaboration vaut pour tous les aspects du numérique aujourd’hui, notamment la stratégie numérique 2007-2010. Elle se retrouve également dans l’existence d’une structure de coordination rassemblant des employés de différents ministères et des collectivités territoriales. Une collaboration et un regroupement des efforts enfin compris aujourd’hui par les autorités françaises. Mais point de site internet de qualité similaire pour nos concitoyens…

10) Last but not least, la révolution culturelle ou l’analyse des causes culturelles du retard de croissance de notre pays. Un condensé des difficultés rencontrées par la France face à la mondialisation (rejet idéologique de tout processus de délocalisation, absence de véritable dialogue social, irresponsabilité de nos dirigeants dans la conduite du pays, mode de management “préhistorique”, refuge hypocrite derrière la grandeur de la langue française et la nécessité de la défendre face à l’anglais pour éviter de lancer un véritable débat sur le retard en termes de connaissance des langues étrangères…). A quand un réel calcul de l’impact de ces blocages sur la santé du pays?

Regardez bien ces dix points, inspirés des bonnes pratiques danoises. Il est probable qu’aucun ne suscite de levée générale de bouclier. Parce que dans la situation dans laquelle se trouve notre pays, il est indispensable de les mettre en application. Demandez-vous maintenant combien d’entre eux ont réellement été pris en compte par le gouvernement actuel. Quasiment aucun. De plus en plus de gens comprennent pourtant leur importance. La force du Mouvement Démocrate est d’être aujourd’hui capable de les rassembler.

(1) Pour de plus amples informations sur la stratégie internet du Mouvement Démocrate, voir l’article suivant: “Bayrou veut rassembler les intelligences sur internet”, Le Figaro, 26 février 2009 http://www.lefigaro.fr/politique/2009/02/25/01002-20090225ARTFIG00508-bayrou-veut-rassembler-les-intelligences-sur-internet-.php

(2) Outre le “plan économie 2015” auquel s’accroche désespérément le gouvernement danois, un bon exemple de plan de prospective dans le domaine social est donné par Det Radikale Venstre: http://www.radikale.dk/CMS/forside04.aspx?SiteID=78566

(3) “Les ministres doutent de la méthode Sarkozy”, Le Monde, 27 février 2009 http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/02/27/l-hyperpresidence-de-nicolas-sarkozy-suscite-des-critiques-grandissantes-dans-son-camp_1161149_823448.html

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